Trois baisers

Trois baisers
Maïté Bernard
Syros  (coll. Tempo+), 2010.

L’adolescence vue de Versailles

Par François Quet

3baisers.jpgIls ont seize ans, ils sont beaux, ils sont bons élèves, ils habitent Versailles, ils écoutent Tom Waits sur leur iPod, mais ils jouent de la musique classique dans un orchestre et on leur pardonne aisément de confondre parfois Schubert et Schumann qui ne sont pas de leur génération – Tom Waits non plus d’ailleurs n’est pas de leur génération. Ils ont vu Good Bye Lenine et savent que le héros de Scream porte le masque du Cri (de Munch).

Elle a 16 ans donc, elle est jolie, elle est intelligente, elle habite Versailles et elle est à Berlin avec sa classe et ses professeurs. Sa correspondante a 16 ans aussi, elle est encore plus jolie, elle est intelligente mais pas plus, elle habite une maison splendide avec son papa, une gouvernante, et un chauffeur. La maman, qui n’a jamais renoncé  à Berlin Est,  travaille dans le cinéma, elle est décoratrice et son appartement plus artiste que la demeure paternelle certes, est vraiment très bien aussi.

C’est pas mal d’avoir seize ans à Berlin qui est une jolie ville où il fait bon se promener surtout quand on commence à se demander ce que c’est qu’être amoureuse. Reprenons.

Marie-Liesse a seize ans. Un baiser volé lui apprend que sa meilleure amie préfère les filles dans l’absolu et elle, en particulier. Un deuxième baiser volé lui apprend que le père de sa correspondante, si élégant, si cultivé, préfère, lui, les lolitas. Qu’on se rassure, le troisième baiser sera moins dangereux que les précédents. Tout ce qui pouvait inquiéter la jeune fille s’arrange au mieux dans le dernier chapitre. Les vacances finissent bien.

On ne sait pas trop quoi penser de ce roman, où l’adolescence est évoquée sans grande subtilité, qui se lit sans déplaisir, mais qui agace aussi beaucoup. Marie-Liesse a son talon d’Achille (un grand frère emprisonné pour meurtre) et l’on comprend bien que l’auteur ait voulu jouer avec le côté lisse et BCBG de cet orchestre de lycéens en ballade.  Mais en adhérant trop à son personnage qui rejette immédiatement et vertueusement les deux premiers baisers, le propos de Maïté Bernard reste constamment normatif. Le personnage d’Adèle, qui se découvre homosexuelle, aurait pu être attachant. Ses hésitations, son audace, son désespoir d’avoir perdue son amie pour un baiser nous auraient intéressés. Marie-Liesse, elle-même, n’est pas indifférente au charme de Léon, le père de Louise, quand elle le voit pour la première fois. 

Pourtant l’auteur ne nous fait pas vraiment partager les troubles et les angoisses de l’adolescence. La vertu versaillaise de Marie-Liesse la protège contre toutes les tentations et elle nous prive, par la même occasion, de toute exploration réelle de la sensibilité adolescente. 

 

 

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