L’Arbre

Sandrine Thommen
L’Arbre

Autrement, 2012

Chef-d’œuvre inaugural

Par Dominique Perrin

 Production orientalisante par son graphisme, son imaginaire et son mode narratif, L’Arbre étonne le lecteur (pourtant habitué à être surpris) par son ampleur et sa sobriété. Le livre est de haute taille et l’épaisseur de ses couvertures leur donne la solidité de tableaux ; l’album change ici quasiment de nature, pour faire écho à la peinture de grand format, au paravent ou au mur peints. On salue les éditions Autrement d’avoir ouvert un tel espace à une première œuvre, et la confiance si bien placée dans ce très grand livre – dont la jouissance peut évoquer celle que suscitèrent, dans une esthétique fort différente,  les « grands livres des saisons » de La Joie de lire.
Quant à ce que cela figure, sur un mode intermédiaire entre narration iconique et théâtre d’ombres, c’est l’histoire de la transformation du rapport de l’homme au monde, telle qu’appelée en son temps par un intellectuel engagé comme Cornélius Castoriadis : « l’homme devrait être le jardinier de la planète ». Les yeux le constatent ici, en amont de l’intelligence : ce que calligraphie l’« arbre » infini qui court de page en page ressemble de très près aux symboles ultimes de l’alpha et de l’oméga. L’album est très conforme en cela aux savoirs botaniques les plus récents, qui attestent la nature non individuelle de l’existence végétale et son inscription dans une temporalité radicalement différente de la nôtre.

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