Comme ci ou comme ça

Comme ci ou comme ça           
Anne Terral, Bruno Gibert

Syros, 2011

La Poursuite infinie

par Charlène Minot master MESFC Saint-Étienne

Comme ci ou comme ça, par ici ou par là, celui-ci ou celui-là…autant de suggestions qui tissent la trame d’une formidable histoire sans fin, celle de cet album, celle de la vie.

Dès les premières pages, on constate que l’écriture inspirée d’Anne Terral est instantanément transcendée par l’imagerie extraordinaire de Bruno Gibert. Le lecteur dérive au fil des illustrations qui s’enchaînent, des lieux qui se suivent et se poursuivent, des scènes qui se devancent et se distancent comme pour signifier que ces images n’en feraient qu’une, en perpétuel état de création cyclique, à l’instar de la ronde des personnages en couverture. Nos yeux sont alors attirés par les rectangles blancs qui soutiennent cet art, espaces vierges sur lesquels flottent des mots étranges, presque philosophiques et, en bien des sens, poétiques.

Le sens de l’histoire, au propre comme au figuré, est le sujet-même de cet album, c’est pourquoi il est difficile de désigner un personnage principal. Peut-être est-ce ce grand félin rouge humanoïde, possible allégorie de l’écrivain qui poursuit un livre aux pages blanches qui lui échappe dans un dédale imaginatif. Peut-être s’agit-il justement de ce livre dont le relief n’égale que le vide de ses pages, si ce n’est nous, lecteur. À ce propos, le texte, plutôt adapté aux enfants dès 6 ans, a pris la liberté de tutoyer son lecteur. « Ton histoire », lirons-nous à plusieurs reprises, « Car ton histoire comme ci, toi seul l’écrit comme ça. ». Il est possible d’interpréter ce choix narratif de proximité comme une invitation pour le lecteur à laisser libre cours à son imaginaire, à s’auto-contextualiser par choix et non par nécessité existentielle.

Les illustrations retranscrivent cet état d’esprit, cette idée de multiples univers et de possibles narratifs. Dans un style pseudo-naïf, elles parviennent habillement à combiner de méticuleux collages un brin rétros, des aplats de couleurs bruts, des tampons en série et une panoplie de créatures fantastiques allant du poisson géant au super héros en passant par une sorcière ou encore un gentleman lunaire qui ravira les amateurs de surréalisme. Nous sommes encouragés à suivre ce parcours ludique, cette folle course en avant qui met en perspective une voie mais nous laisse le choix du moyen de transport et de la destination.

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