A l’infini

A l’infini
Suzy Chic et Cécile Weber – Illustrations de Monique Touvay
Didier Jeunesse 2021

Sans limites…

Par Michel Driol

Un petit bonhomme se réveille dans son nid de feuilles et va à  la source. Puis vient sa question à ses parents : d’où vient l’eau de la source ? puis où va-t-elle ? Ensemble ils suivent le ruisseau, qui en rencontre d’autres, devient rivière, puis fleuve, jusqu’à la mer. Le soir, c’est devant des milliers d’étoiles qu’il se demande où s’arrête le ciel.

Voilà un album riche et polysémique qui repose sur une grande simplicité de moyens textuels et graphiques. Une famille, d’espèce indéterminée, à la fois humaine par l’attitude, le langage, et animale par le nid de feuilles qui l’abrite. Un lieu, la source, point de rencontre entre le passé, l’origine, et le futur, le devenir. Un poisson, dont on envie l’agilité dans l’eau. Et un voyage le long d’une rivière, voyage commencé physiquement, mais qui se termine dans le récit du père. Des mots simples, écrits à la main, pour retracer le dialogue, les sensations, les sentiments, les questions et les rêves. Des aquarelles pleines de sensibilité et de douceur, pour évoquer un monde à la fois végétal et aquatique, la terre et le ciel, l’univers. Des illustrations qui jouent sur tous les formats possibles, de la double page à la petite vignette, comme pour rythmer le temps et l’espace. Un album donc qui ouvre la porte à de multiples interprétations, et c’est bien là sa richesse. Il y est question de grandir, de rencontrer d’autres, à l’image de ce ruisseau. Mais pour cela il faut quitter le nid. Il y est question aussi de notre place, et des questions que l’on se pose depuis toujours : qui sommes-nous dans l’univers, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand ? Il y est question aussi du plaisir des sensations, de la fraicheur de l’eau et de l’odeur de menthe, et de tout ce qui émerveille. Il y est enfin question de la complicité entre les parents – peut-être surtout la mère – et les enfants : si tu veux, je t’apprendrai à nager. C’est dire qu’enfin il y est question de transmission de savoirs, de savoir-faire, pour faire en sorte que le petit devienne autonome.

Un album qui prouve que la simplicité bien comprise laisse place à l’imaginaire du lecteur : n’est-ce pas là une belle définition en acte de la poésie ?

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