Des accords parfaits
Alexandra Zaba
Editions du Pourquoi pas ?? 2026
Faire bouger les corps, faire bouger les lignes…
Par Michel Driol
Le premier récit Temps danse, fait entendre la voix d’outre-tombe de O’Shae Sibley, danseur, vogueur, homosexuel, assassiné aux Etats Unis par un jeune homme de 17 ans. Une voix qui parle de liberté, d’acceptation de l’autre, de lutte contre les discriminations. Le second récit, Test d’humanité, se situe en 2045. Chacun doit passer un test d’humanité, destiné à vérifier sa capacité à vivre, test créé à suite de l’assassinat de O’Shey, dont le meurtrier manquait d’humanité. Mais, si Noé, le fils du concepteur du test, le réussit, Sacha, son amour, y échoue et doit partir en exil. Que va faire Noé ?
Deux récits qui se partagent le même personnage, Ali. Ali qui, dans le premier récit, fait la connaissance posthume d’O’Shae, un O’Shae plein d’espoir dans Ali dont le fils sera éduqué contre le racisme, O’Shae plein d’espoir dans cette génération à venir qui fera bouger les lignes. Or les meilleures intentions peuvent devenir des dangers pour l’humanité. Le test d’humanité, conçu par Ali, est présenté par l’autrice en des termes antagonistes qui incitent à réfléchir. Il doit, en effet, mesurer l’adéquation entre l’individu et le système, son adaptabilité aux règles, et l’aptitude à être humain, libre et d’égale dignité. Et le test exclut Sacha, qui faisait acte de résistance, faisant preuve de discernement au-delà des règles.
Si le premier récit pose un cadre, celui de la danse, s’il s’appuie aussi sur un fait réel, il prend surtout les allures et le ton d’un manifeste prônant la liberté du corps et des mouvements, une pratique culturelle soulignée comme engagée, émancipatrice. Le second récit, quant à lui, s’inscrit dans un genre bien connu, celui de l’anticipation contemporaine, souvent dystopique. Il conduit subtilement le lecteur à réfléchir sur ce qui fait humanité, et comment celle-ci peut-être conçue, envisagée par chacun. Il prône le libre arbitre, questionne le fait qu’on puisse, avec les meilleures intentions du monde, confier son sort et son destin à des machines. En creux, il invite à s’interroger sur ce qu’est une éducation humaniste. S’agit-il de façonner des individus capables de réussir des tests, de se conformer aux modèles sociaux dominants, afin d’assurer l’harmonie entre toutes et tous, ou, au contraire, d’apprendre à se révolter, à penser par soi-même, bref, à résister ? Une société se construit-elle en excluant ou, au contraire, en intégrant les différences ? Ce récit se conclut par un acte de désobéissance, montrant le libre arbitre du personnage. Courts, faciles à lire, ouverts, ces deux textes sont bien propres à ouvrir de nombreux et riches débats, montrant à quel point le réel social est complexe et que les solutions ne sauraient être simplistes, en écho à l’ambiguïté polysémique du titre : des accords parfaits ? désaccords parfaits ?
Un dyptique qui s’adresse plutôt à des adolescents, dont le second volet n’est pas sans évoquer les grands classiques tels que 1984 ou le meilleur des mondes…