Lumir et Micocouli – Micocouli perd tout
Marie Boisson
Hélium 2026
Tête de linotte ?
Par Michel Driol
Micocouli perd tout : la liste des courses, ses lunettes, ses clefs, et, au marché, elle oublie systématiquement l’achat précédent sur le stand du marchand suivant… Mais quand, au retour du marché, c’est Lumir qui a perdu son doudou, le drame commence, et tous deux partent à sa recherche, au risque de se perdre dans la forêt…
Qu’on se rassure tout de suite : il n’est pas question de maladie dans cet album, d’Alzheimer précoce, non, juste d’étourderie. Mais là, c’est l’adulte qui est tête en l’air, et qui reproche à l’enfant d’avoir perdu son doudou… Adulte, enfant, possiblement mère et enfant, bien que cela ne soit jamais explicité dans l’ouvrage. Grande sœur et petit frère peut-être aussi. L’important est dans la relation et dans la complémentarité qui existe entre les deux personnages tout aussi craquants l’un que l’autre. Pour l’essentiel, le texte est vu du point de vue de Lumir, un enfant qui ne sait pas encore lire, mais qui accepte avec philosophie et en positivant le travers de Micocouli, la recherche perpétuelle d’objets les plus divers : tickets de cinéma, voiture…
Au fond, ce qui compte, c’est l’univers dans lequel ces deux-là vivent, un univers chaleureux plein de poésie. Poésie des illustrations, qui dessinent un univers aux teintes pastel, dans une végétation luxuriante, ou dans un joyeux désordre domestique. Marie Boisson multiplie les détails, créant un monde chargé de plein de choses, des choses qui envahissent parfois l’espace mental des personnages, comme ces horloges qui encombrent les murs au moment où le texte évoque la perte de temps causée par le problème de Micocouli.
De format carré, intimiste, l’album reprend les codes rétro du genre : galerie de portraits dans les pages de garde, ex-libris « Ce livre appartient à… ». Pour autant, son contenu, sa technique d’illustration, sont très contemporains pour évoquer l’acceptation de l’autre tel qu’il est, avec ses défauts, mais aussi la solidarité de tous ceux qui vont à la rencontre des deux héros pour leur apporter ce qu’ils ont oublié ou perdu, et évoque à hauteur d’enfant les petits malheurs et les plaisirs de l’existence. Le bonheur d’aller au marché, le bonheur d’être en sécurité…