Anissa / Fragments

Anissa / Fragments
Céline Bernard
Editions Théâtrales jeunesse 2019

Fini la docilité

Par Michel Driol

Une classe de lycée, d’où se dégagent quelques individualités : Sandrine qui vit chez sa grand-mère, faute d’argent pour payer l’internat, Léa qui découvre l’amour et son identité sexuelle, Anissa, mineure isolée sans papier, qui, à la suite d’un test osseux, est menacée de devoir quitter le territoire. Que faire face à ce cas ? Ne pas s’en mêler ? Lui venir en aide ? A l’heure où l’on doit faire des vœux sur une fiche d’orientation, engager sa vie, s’engager tout simplement.

Céline Bernard propose un texte fort, issu d’une commande d’écriture pour un groupe d’adolescents dans un atelier théâtre. Elle réunit ainsi un chœur d’ados, qui peut aussi jouer tous les autres personnages (la prof principale, des parents, une éducatrice, un médecin, des policiers…). Le texte fait alterner des scènes chorales (chœur à géométrie variable, laissant grande latitude pour la distribution) et des scènes plus dialoguées de façon classique. Les scènes chorales sont écrites dans une langue poétique et métaphorique particulièrement travaillée : rythme, longueur des « répliques », faisant alterner doutes, certitudes, inquiétudes et injonctions diverses dans la scène d’ouverture construite autour des réactions face à la fiche d’orientation et ce qu’elle engage de futur et d’interrogations. Les scènes dialoguées plongent dans des univers extrêmement variés : scène de petit déjeuner familial, interrogatoire d’Anissa par la police ou le médecin… Mais, même dans ces scènes, le chœur d’ados n’est jamais loin.

Le texte est découpé en quatre mouvements porteurs de la dynamique de la pièce : disparaitre, subir, désobéir, s’enflammer, construisant ainsi comme la naissance d’une prise de conscience et d’un être différent au monde que l’on voudrait changer et dans lequel des solidarités nouvelles sont possibles.

Fragments, cela renvoie à la technique dramatique parfaitement maitrisée : des scènes courtes et des histoires individuelles déconstruites, apparaissant en lambeaux et laissant au spectateur et au chœur le loisir d’établir les liens dans ce qui apparait quelque part comme une enquête à partir de la disparition d’Anissa dont on découvre quelques épisodes de la vie : la mort de la grand-mère, qu’elle va enterrer seule, le voyage – cheveux rasés pour se faire passer pour un garçon – les hôtels, et, pour finir, la brutalité et la violence des interrogatoires médicaux et policiers.

Rien de manichéen dans ce texte : les ados ne sont pas unanimes quant à la nécessité de la solidarité envers Anissa, les adultes sont positifs, comme la prof principale, dépassés comme l’éducatrice, protecteurs comme les parents, trop zélés et sûrs d’eux comme le médecin.

Un superbe texte très contemporain dans sa forme et dans sa langue, mais aussi quant à ce qu’il dit de notre époque, pour évoquer une problématique très actuelle, avec beaucoup d’humanité, un texte finalement optimiste et plein d’espoir dans la jeunesse et sa capacité à se mobiliser et à faire preuve de maturité et d’enthousiasme.

 

L’Homme qui voulait rentrer chez lui

L’Homme qui voulait rentrer chez lui
Eric Pessan
Ecole des Loisirs Medium + 2019

Dis-moi où est la maison de mon ami 

Par Michel Driol

Jeff est un adolescent qui vit avec Norbert son frère ainé et ses deux parents dans une tour près de Nantes. Son père est au chômage et sa mère, préparatrice de commandes. Leur tour va être démolie et chacun, dans la famille, prépare, – ou ne prépare pas – le déménagement pour leur nouvel appartement. Un jour, les deux garçons découvrent dans la cave un fugitif albinos, aux yeux sans pupille. Difficile de communiquer avec cet étranger qui ne s’exprime que par des claquements de langue. Cet homme est traqué par d’autres hommes – qui semblent parler russe. Les deux frères décident de le cacher. Qui est-il ? D’où vient-il ? Pourquoi le pourchasse-t-on ?

Eric Pessan livre ici un roman complexe qui offre différents niveaux de lecture. D’abord un thriller pour tenir le lecteur en haleine : il s’agit d’aider le fugitif à échapper à ses poursuivants dans un décor de rénovation urbaine, de tour qui se vide petit à petit de ses habitants. Qui est cet individu, qui compte à rebours les jours, cet Alien comme le nomme le frère ainé – un humain ou un extra-terrestre ? Est-on dans le polar ou dans la science-fiction ? La force narrative du livre est de jouer des codes de l’un et de l’autre genre, avant de basculer franchement vers l’un à la fin.

Mais c’est aussi un roman de découverte familiale. Le lecteur n’en sait pas plus que Jeff, le narrateur, sur sa famille : son père toujours au chômage, sans volonté, grande gueule à la maison, mais inexistant ailleurs, la mère fatiguée et usée avant l’âge, le frère ainé, qui s’est fait exclure de nombreuses écoles et  semble zoner dans le quartier. Jeff ne sait rien de sa famille, et c’est l’une des forces du roman de révéler progressivement l’histoire de chacun, de raconter ces vies minuscules, et, avec beaucoup d’humanisme, d’expliquer le présent par le passé des personnages à travers un album de photographies. Un roman qui dit les espoirs déçus et la vie qui brise les individus.

C’est aussi un roman social – entendons par là un roman qui parle de la société, des quartiers en rénovations, c’est-à-dire des tours qu’on abat, sans prise en compte de ce que les habitants ont pu y vivre durant un demi-siècle. Le roman évoque toute une réalité sociale, faite des discours trompeurs de politiques aux mots manipulateurs, des reportages anxiogènes des journalistes. Il décrit au plus juste la vie simple de ceux qui sont invisibles, qui se contenteront d’une semaine de camping pour toutes vacances et pour se retrouver, mais qui sont confrontés aussi à ceux qui viennent d’ailleurs et ont encore moins qu’eux. Le père de l’un des personnages secondaires aide les migrants. Des gardiens de chantier sont solidaires aussi de cet alien, possiblement un migrant venu d’Afrique Centrale. Un homme traqué à protéger, sans se poser plus de questions.

C’est enfin un roman sur la littérature et les rapports entre le réel et l’écriture. A travers un personnage d’auteur en résidence conduisant un atelier d’écriture sur la transformation du quartier, Eric Pessan, non sans humour parfois, décrit des samedis après-midi dans un centre social et livre, par bribes, quelques éléments de réflexion sur l’écriture et la littérature, sous le haut patronage de Perec… Et, dans une belle mise en abime, on y voit Jeff écrire les premiers mots du roman.

Un roman riche et puissant, dont les numéros de chapitre vont décroissant, à la fois signe d’un compte à rebours avant explosion ou lancement, et tentative de retrouver l’origine perdue du bonheur familial. Roman d’apprentissage enfin, aux personnages d’adolescents positifs incarnant la solidarité.

Fuis Tigre!

Fuis Tigre !
Gauthier David, Gaëtan Doremus (ill.)
Seuil Jeunesse, 2018

Une fin qui est un début

Par  Christine Moulin

Surprenant, cet ouvrage, qui commence par : « C’est la fin ». On a l’explication de cette déclaration paradoxale à la fois à la page suivante et sur la quatrième de couverture, en un texte tout à la fois poétique et angoissant par son rythme martelé : le tigre auquel l’injonction du titre (« Fuis Tigre ») est  adressée est poursuivi par le feu, il doit donc se réfugier dans la terre des hommes.

Fantastique, cette histoire, et passionnante: on suit l’errance du tigre, qui finit par se terrer dans le château fort d’un petit garçon. Il s’est donc bien fait « tout petit. De la taille d’une souris », comme le lui avait conseillé la voix qui l’accompagne. Ce n’était pas une métaphore. Le petit garçon et le tigre nouent alors une relation faite de tendresse et de bienveillance, jusqu’à ce que les parents découvrent l’animal… Mais ne dévoilons pas trop la suite!

Original, cet album, par son choix narratif: quelqu’un s’adresse au tigre tout au long de l’histoire, pour la raconter. Les phrases sont courtes, frappantes, souvent très belles dans leur étonnante simplicité : « Toi, le si bel animal, sa majesté des affamés », « Et près de lui, tu t’apaises ». Les illustrations, plutôt indépendantes du texte, sont très expressives, mais prennent parfois le relais de la narration en de surprenantes pleines pages.

Magnifique, le message porté par ce récit: comment ne pas voir derrière le tigre le destin des migrants? Et la fin est belle, optimiste, cette fin qui en toute logique prend l’allure d’un début.

L’avis de Sophie Van der Linden, c’est ici.

Les Etrangers

Les Etrangers
Éric Pessan et Olivier de Solminihac
L’école des loisirs, Médium +, 2018

Le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé…

Par Michel Driol

Toute l’histoire du roman tient en une nuit, la première nuit des vacances d’été. Basile, qui vient de terminer ses années collège, n’a pas envie de rentrer chez lui. Il se retrouve dans une gare désaffectée où il rencontre Gaëtan, un de ses anciens camarades d’école primaire, puis quatre adolescents qui ont fui le centre de mineurs isolés. et que Basile surnomme le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé. Ils suivent Nima, plus âgé qu’eux. Ce dernier, presque sous leurs yeux, se fait enlever par une mafia de passeurs, dirigée par un certain Soliman, que personne n’a jamais vu. Commence alors la recherche de Nima pour le délivrer, avec l’aide de Mamie, une ancienne sagefemme et de son étrange compagnon, Pesrić.

Le roman respecte tous les codes du thrilleur, et cela dès la couverture : les décors, la nuit, la gare abandonnée, les tunnels, la maison isolée, les dangers provenant tant des gendarmes que de la mafia, le camp constitué de conteneurs, les cachettes secrètes. Dès lors il fonctionne comme un page turner entrainant le lecteur au plus près de Basile, narrateur à la première personne de ce récit haletant. Mais ce serait réducteur de n’y voir qu’un thrilleur. D’une part à cause de l’arrière-plan familial de Basile dont le père, qu’il adore, a des oublis, se retrouve soudain perdu en Belgique, disparait pendant plusieurs jours.  D’autre part en raison de l’identité de Gaëtan, qui se révélera petit à petit au cours du texte, révélant une blessure, une déchirure dans un autre tissu familial. Enfin, bien sûr, car ce roman court (124 pages) évoque la situation des migrants dans une ville portuaire du Nord, leurs relations avec les passeurs mafieux et ceux qui tentent de les aider. Basile sait bien qu’il y a des migrants dans sa ville. Mais sans les avoir rencontrés. Et le voici confronté à un devoir de solidarité envers Nima, qu’il n’a vu qu’un bref instant. Le roman permet alors de faire place à des micro histoires de réfugiés, depuis celle des ados jusqu’à celle de Pesrić, d’une guerre à l’autre, rendant visibles aux yeux de Basile ceux qui lui étaient cachés depuis presque toujours. Le héros se pose de nombreuses questions sur le courage, la solidarité, les relations familiales, éveillant la conscience du lecteur et le renvoyant à ses propres réponses avec finesse et intelligence. Le roman appartient donc aussi à la catégorie du roman d’apprentissage à travers une nuit qui fait figure d’initiation, et le sentiment d’un point de non-retour à partir duquel l’enfance se termine, et la conscience de la lourde imperfection du monde. Quant au titre, comme au écho à celui de Camus, au singulier, il invite aussi à faire travailler la polysémie : au delà de l’aspect administratif du terme, il invite à s’interroger sur tous les sens de ce pluriel.

Le roman enfin est servi par une écriture à quatre mains. Les chapitres sont écrits en alternance par chacun des deux auteurs. On peut le sentir au début,  en percevant des décalages liés à la longueur ou la complexité des phrases, mais ce sentiment s’estompe progressivement lorsque l’intrigue se met en place. Le roman aborde dans une forme originale un sujet qui reste d’actualité. Il ne cherche pas à analyser la question, et, en ce sens, on regrettera peut-être qu’il n’aille pas assez loin. Ce serait ne pas percevoir ce qui en fait la richesse : au-delà du portrait en creux de milieux familiaux fragiles, la nécessité de la solidarité, de l’éveil des consciences, de la générosité et du dépassement de soi et de ses peurs.

 

Flamme

Flamme
Zhu Chengliang
HongFei 2017

Mère courage et ses enfants

Par Michel Driol

Flamme est une renarde qui vit dans une forêt avec ses deux petits, Moucheté et Petit Roux. La forêt est perturbée par le passage du chemin de fer, ce qui conduit à Flamme a chercher la tranquillité ailleurs. Malheureusement en chemin, Moucheté est pris dans un piège et enfermé dans une cage par des chasseurs. Flamme fait preuve de ruse et tente tout pour délivrer son petit, malgré l’agressivité de chiens et les dangers. A la fin, la solidarité et l’union entre les renards permettra de libérer Moucheté et de reconstituer la cellule familiale.

Les thèmes – l’amour maternel, la persévérance, le courage, la ténacité – ont été souvent abordés en littérature de jeunesse. L’originalité de l’album tient à leur traitement tant graphique que textuel.  Les teintes dominantes sont celles de l’automne, en harmonie avec le pelage roux des renards. Une fois la première image passée, on l’on voit la mère et les deux enfants au repos, tout ensuite est mouvement : fuite des renards, chute dans le piège,  coq et poule qui volètent,  course effrénée de la renarde pour échapper aux chiens. Le rythme graphique et textuel s’accélère, la page se découpe en trois. Le texte se raccourcit. Les plans se succèdent : plongée, travelling et donnent cette illusion de mouvement rapide pour arriver  au moment où tout s’inverse et où ce sont les chasseurs qui fuient devant l’armée des renards, dont la seule présence statique au sommet de la colline les effraye.  Le texte, avec discrétion, s’intègre dans l’image, la bruite parfois (tchou chou, ouah ouah…) et souligne avec concision les actions.

Cet album, résolument du côté des animaux, s’inscrit dans une nature dont l’homme dérange et détruit l’harmonie et la quiétude : c’est le train, ce sont les chasseurs qui sont les dangers. L’album dit aussi simplement qu’il ne faut pas avoir peur, et que l’union des petits fait la force s’ils sont déterminés à agir.

Une histoire touchante qui tiendra en haleine ses lecteurs.

Chut !

Chut !
Morgane de Cadier, Florian Pigé
Hong Fei, 2017

Fable du grognon

Par Anne-Marie Mercier

L’histoire de monsieur Franklin est dédiée par les auteurs « à tous les grognons, les râleurs, les jamais contents ». C’est aussi une fable sur le bon voisinage – et le mauvais. Franklin aime le calme et le silence, la solitude. De ce fait, un rien le dérange : un voisin qui fait la fête, un oiseau qui chante… Lorsqu’un oiseau s’installe sur son toit, chaque chut ! prononcé par Franklin fait grossir l’oiseau. Belle métaphore de l’attention excessive que l’on porte à de petites choses, attention qui augmente leur importance et rend la vie invivable.
La chute est édifiante : l’attitude de Franklin ruine sa vie très concrètement et c’est avec l’aide de son voisin bruyant qu’il arrivera à la reconstruire et à devenir un homme nouveau.
Bel optimisme. Mais qui a dit que les fables devaient être réalistes ? En tout cas, le dessin ne l’est résolument pas et l’esthétique précaire de bruns et de noirs sur papiers découpés, l’organisation récurrente des pages, tantôt centrées sur la maison de Franklin, tantôt sur l’espace occupé par les deux maisons, montre bien le schématisme et l’aspect exemplaire de la situation.

Les petits nuages noirs

Les petits nuages noirs
Ingrid Chabbert, Stéphanie Marchal (ill.)
Le Diplodocus, 2016

Que de nuages !

Par Christine Moulin

Les prescriptions des programmes de l’Education Nationale, recommandant l’étude des émotions sont-elles complètement étrangères au grand succès actuel des nuages dans les albums pour enfants : impossible de le déterminer… Voici donc un nouvel album sur ce thème. Les nuages sont ici des « gribouillis » noirs qui flottent au-dessus de la tête de deux enfants, Adam et Nour qui, même s’ils ne se parlent pas, « se ressemblent sans se ressembler », faisant figure de héros bicéphale, peut-être pour mieux favoriser l’identification des filles comme des garçons. On l’apprend très vite, « les petits nuages noirs, […] ça apporte souvent des pensées un peu tristes et des moues toutes de travers ». Ces nuages finissent par provoquer un orage qui assombrit la cour de l’école: Nour commence alors à le dissiper en soufflant. Bientôt, un camarade vient l’aider, puis toute la classe: Adam se joint au groupe. Tout se termine bien: « C’est la fête, c’est la fête ».

On peut apprécier le fait que ce soit la fille qui, énervée, ait l’énergie de chasser les nuages la première, on peut saluer l’idée que ce soit la solidarité qui vienne à bout de la tristesse des deux héros. Les illustrations sont fines, mignonnes et permettent de décrypter les émotions grâce à l’exactitude du trait. Mais tout est un peu simple et rapide : dès la première tentative, la mélancolie capitule…  Et surtout, tout est explicite, très vite, trop vite : la portée symbolique du nuage est du coup, assez réduite. De symbole, il devient signe. Cela dit, l’album, optimiste, permet sûrement, malgré tout, de mettre des mots sur un malaise persistant.

La Traversée

La Traversée
Véronique Massenot – Clémence Pollet
HongFei 2017

Les copains d’abord…

Par Michel Driol

Il était une fois un éléphant qui voulait traverser le fleuve. Comme il a bon cœur, il permet à deux tigres, trois singes, et d’autres animaux de lui monter sur le dos pour traverser sans se mouiller. C’est ainsi toute une pyramide qui se retrouve en équilibre sur l’éléphant, jusqu’à ce qu’une toute petite araignée fasse tout tomber…  Mais, parvenue au sec de l’autre côté, elle tend son fil pour faire passer les autres animaux, qui reforment la pyramide dans l’autre sens.

Voici un album au format peu usité (étroit et très haut) pour s’harmoniser avec la pyramide des animaux les uns sur les autres. Des images simples, colorées, immédiatement lisibles par les plus petits qui s’amuseront de cette escalade – dégringolade, qui évoque le cirque et les acrobates. On a affaire à un univers tendre dans lequel tout le monde est gentil et serviable – l’éléphant en premier – , les tigres sont amoureux, les mangoustes rêvent de vacances et le perroquet a l’aile abimée. Personne ne rechigne à accueillir l’autre, même différent de soi. Et l’on s’aperçoit à la fin que même les plus petits, comme l’araignée, peuvent servir à tous. Sans doute les plus grands pourront retrouver un arrière-plan contemporain, social et politique : quelque part entre les migrants qui veulent traverser sur un bateau surchargé et le colibri-araignée qui fait sa part dans un univers qui préfère la solidarité à l’égoïsme. Les plus petits seront sensibles à l’humour et aux renversements, culbutes qui parsèment l’album.

Un album à l’image de Véronique Massenot, qui  veut écrire et dessiner un monde plus juste et plus beau, en jouant des couleurs et des mots, pour partager avec petits et grands, sans frontière d’aucune sorte, la seule richesse qui soit vraiment : celle des sentiments. (http://veroniquemassenot.net/index.html)

 

 

L’Affreux Moche Salétouflaire et les Ouloums-Pims

L’Affreux Moche Salétouflaire et les Ouloums-Pims
Claude Ponti
L’école des loisirs, 2015

Des amours de voisins

Par Anne-Marie Mercier

L'Affreux Moche Salétouflaire et les Ouloums-PimsDeux Ouloums-Pims vivaient seuls et en paix, sans se douter, chacun de son côté, qu’ils avaient un(e) voisin(e). Un horrible monstre étouffe (d’où le nom de « étouffe l’air ») leur maison souterraine et vole les rayons du soleil, deux bonnes raisons pour sortir voir ce qui se passe dehors. Se découvrant, ils mènent leur quête ensemble et découvrent l’amour. Morale de l’histoire : il faut que l’horizon s’obscurcisse pour que chacun sorte de son confort douillet, aille vers une vie plus active, plus ouverte au bien commun (rendre au soleil ses rayons en est une belle image) – et plus amoureuse aussi ?

Si le récit est assez simple, les détails sont multiples et complexes, impossibles à recenser intégralement. Le charme de cet album réside dans les représentations des deux maisons, des bricolages bizarres des personnages, et de toutes sortes d’inserts annexes (Blaise, une taupe, des êtres volants ou rampants étranges, des villes inversées… On retrouve l’invention décoiffante de Claude Ponti et un bel hymne à l’amour, tres « bisouticalinouchoupinet », avec un programme de vie à deux, pour des Ouloums-Pims dont on devinent qu’ils vivent heureux puisqu’ils ont beaucoup d’enfants.

Cependant, le cauchemar incarné par le Salétouflaire génère ce qu’il faut d’angoisse pour empêcher la mièvrerie et faire que l’album laisse une impression forte : un bon cru !

La petite Maison de bois

La petite Maison de bois
Christopher Corr
Gallimard Jeunesse 2016

Amitié, partage et solidarité au sein de la forêt

Par Michel Driol

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Une souris trouve, au cœur de la forêt, une petite maison de bois, à la porte rouge et aux neuf fenêtres. Elle s’y installe, puis y accueille successivement une grenouille, un lapin, un castor, un renard, un coq, un cerf, un écureuil, une chouette, deux pies, un pic-vert.  Dans une joyeuse entente, ils font la fête et attirent ainsi un ours brun. Mais, pour l’ours, pas de place. Pour entrer malgré tout, ce dernier grimpe sur le toit, et casse la maison. Après un moment de tristesse collective, l’ours prend l’initiative de rebâtir une maison plus grande où tous font la fête !

Voici une belle adaptation d’un conte russe en randonnée (déjà adapté en 2001 par Robert Giraud, Gérard Franquin sous le titre Brise-cabane au Père Castor). Ecrit dans une langue simple et rythmée, favorisant la lecture orale du texte, cet album respecte les lois de la randonnée (répétition de formules soit à l’identique, soit avec d’infimes variations). Peut-être lui trouvera-t-on sur le fond un côté Bisounours, tous les animaux, prédateurs et proies, à poils et à plume, vivant ensemble dans une harmonie universelle. Mais se distille ainsi une vision de tolérance et d’accueil dont notre époque a bien besoin.

Les illustrations, gaies et colorées, à la limite de la fluorescence, accompagnent au plus près le texte. La représentation des animaux les anthropomorphise plus ou moins dans leur pose. Les yeux, humains et expressifs, favorisent l’identification du lecteur à cette communauté animale. Chacun joue d’un instrument, et on cherchera la balalaïka, le violon, l’harmonica… Alternent enfin les scènes de jour (sous le regard bienveillant du soleil) et de nuit (sous la protection de la lune), puissances tutélaires qui se retrouvent réunies dans la dernière illustration.

Un bel album, plein de vie et de couleurs !