Cuisine au beurre noir

Cuisine au beurre noir
Michel Besnier, Henri Galeron
Møtus, 2019

Par Anne-Marie Mercier

Chauds les poèmes !

La cuisine, c’est beaucoup de gestes, avec le vocabulaire qui les désigne (ôter, faire revenir, ébouillanter, faire dégorger…), des objets (poêlons, marmite, soupière ;.., des ingrédients qui sentent bon « les mots ordinaires / pomme de terre, / persil, potiron / qui sent bon / le jardin le vert/les mots bien ronds/ ceux de ma mère. » On en a les papilles éveillés et, avec les crayons de Galeron, noirs sur gris,  les « yeux farcis de beauté ».

Mais il n’y a pas que de la douceur, loin de là : la cuisine peut se faire cruelle, sanglante, elle mérite alors bien son nom de noire : « Tuez/ Dépouillez / Videz / Coupez / Enflammez (…) Hachez menu / Faites sauter / Faites rôtir […] La cuisine c’est la guerre / Oui Chef ».

Rire amer, le titre est sans doute inspiré par celui du film de Gilles Grangier, « La cuisine au beurre », où Bourvil tenait le premier rôle. C’est fin, varié, un brin canaille, parfois un peu épicé.

 

 

Une poule Picoti picota

Une poule Picoti picota
Dedieu
Seuil (« bon pour les bébés »), 2019

Album géant pour mini comptine

Par Anne-Marie Mercier

La fameuse comptine « une poule sur un mur » est ici, selon le principe de la collection (« bon pour les bébés ») portée par Dedieu, énoncée sur un très grand album cartonné, illustré à l’encre de chine sur des doubles pages blanches.
Si le texte est un classique, comme la plupart des albums de la collection (Tas de riz, tas de rats / La Tirade du nez / Dans sa maison, un grand cerf / Le Théorème de Pythagore / Pinichô / Une souris verte / Le Corbeau et le Renard / Bon appétit !/ L’Empereur, sa femme et le p’tit prince/ La Météo marine / Le Petit Ver tout nu / La Table de deux / La Recette : Les crêpes), les illustrations qui l’accompagnent fidèlement, sont dynamisées par l’humour de l’artiste, fameux naturaliste par ailleurs avec sa collection des Tatsu Nagata.

Ce grand format et la simplicité du dessin en font des supports parfaits pour une lecture à voix haute.

 

 

 

Je t’emmène en voyage

Je t’emmène en voyage
Carl Norac, etc.
À pas de loups,

Un voyage rêvé, à lire, écrire, illustrer… seul ou en famille

Par Anne-Marie Mercier

Le rêve de voyage de Carl Norac – rêvons avec lui puisque nous ne pouvons plus voyager ailleurs que « autour de chez nous » – est un voyage de poète :

« Je t’emmène en voyage. L’horizon sera notre bagage.
Nous aurons seulement avec nous un ou deux mots qui volent, pour saluer les gens, pur amuser la mer. Où irons-nous ? »

« Oublier le sol » et partir en avion en carton, s’embarquer dans un conte, dans une pensée fugitive ou secrète, dans un roman de Jack London, se dire que « regarder un oiseau c’est déjà un envol »…
Chaque page propose une surprise, une interrogation, et ouvre sur un nouvel univers graphique : comme dans un album précédent publié lui aussi aux éditions À pas de loups, sur le loup, de Germano Zullo, chaque page est illustrée par un artiste différent : Anne Herbauts, Katy Couprie, Béatrice Alemagna, Rascal, Laurent Corvaisier pour ne citer que les derniers, auxquels on peut ajouter les noms de Guillopé, Crowther, Novi, Concejo, Calleja, Albertine, Bachelet… On a ici la crème de l’illustration actuelle.

Un livre à parcourir ensemble, pour choisir son voyage préféré, ou à illustrer chacun à sa manière, à compléter… De quoi se réunir en poésie.

En le commandant si possible à votre libraire habituel, et non sur une plate forme anonyme et purement mercantile, bien sûr ! (aidons les libraires qui vont être en difficulté avec la fermeture des librairies).

Le Gâteau tout seul

Le Gâteau tout seul
Isalbelle Damotte / Cathy Gagnaire
Soc et Foc 2017

Le gout des choses, le gout des mots

Par Michel Driol

Un recueil de poèmes aux titres alléchants, évocateurs  des dimanches en famille ou des gouters d’enfants : la tarte aux pommes, le flan Ancel, le riz au lait, la régionale tarte aux blettes ou l’improbable gâteau de fromage de vache et salsifis confits aux oranges sanguines. Le premier texte donne le ton : nostalgie d’un temps perdu, souvenirs émus d’une Mamie Pomme disparue, fée perdue en chemin, laissant orphelins les petits enfants, avec le poids de l’absence, à la fois si léger et si lourd : manquait le poids de trois fois rien… Mais on peut refaire les gestes appris, devenus familiers, trancher les pommes, les assembler en rosace et retrouver les émotions du passé. Le recueil dit cet entre-deux, entre transmission et absence, à partir de sensations simples, de rituels, de complicité. Le recueil dit aussi le temps qui passe, les deuils, les enfants qui grandissent et partent, la perte aussi avec ces souvenirs des gâteaux de l’enfance que l’on n’a jamais réussi à refaire, à l’identique.

Si le recueil dit l’absence et le manque, il dit aussi le désir et la gourmandise. Désir enfantin de profiter des pignons sur la tarte, ou de la cerise sur le gâteau. Le recueil parle de plaisirs partagés, plaisirs simples d’une pâtisserie familiale qui se transmet de mère en fille. Tout se joue autour de quelques pronoms : elle et tu, parfois je et vous. Elle, c’est surtout la fée grand-mère, la mère. Je et tu incarnent plutôt des figures féminines et enfantines, comme en écho, écho de l’auteur, écho du lecteur, figures de l’enfance éternelle. D’autres figures de l’attente et du public s’inscrivent aussi dans le texte : celle des grands, pour qui l’on prépare du pain perdu, au cas où ils passeraient pour le diner, grands pour qui l’on dépose sur la table les serviettes qu’ils ont d’abord noué autour de leur cou avant de les mettre sur leurs genoux. Vous enfin figure du public, réclamant pour la fin quelque chose de gai, mais hors de la portée d’une pâtissière experte en mots…

Plaisirs simples de l’enfance, situations de la vie quotidienne, parfois  plus ascétiques, comme le pain et les pâtes de fruit du pensionnat, décrits dans une langue simple, joueuse et accessible à tous : le recueil invite à profiter avec gourmandise des mystères magiques de l’instant et à se plonger dans les souvenirs. Les illustrations colorées de Cathy Gagnaire,  avec une technique mixte, prolongent en douceur cette évocation.

Pot d’âne

Pot d’âne, recette en verre
Sophie Tiers
CMDE (« Dans le ventre de la baleine »), 2016

Ingrédients : une princesse, un âne, un roi, un prince

Par Anne-Marie Mercier

Cette réécriture d’un conte de Perrault est un peu différente dans son principe de celle du Petit Poucet et des autres contes publiés au CMDE, réécrits par Marien Tilet (voir Chronique précédente). Autant qu’une variation sur le conte célèbre de « Peau d’âne », il s’agit ici d’un exercice de style, assez réussi, qui consiste à raconter (plus ou moins) la même histoire en n’utilisant que des mots pris  dans un livre de cuisine.
Il y a de la virtuosité, de l’humour, de la poésie même dans ces télescopages de mots et de sens. Ainsi la princesse s’adresse-t-elle à son père : « Mon roi./ Je te prends l’animal/ Te dénude de thon or/ Ce coffre cette nuit/ M’entoure de son pelage/ Tas bête se transforme et s’adapte/ À mets chairs/ À mets côtes/ Amont sors/ […] Je te laisse sans chemise,/ Parée de matière grise/ avant que tu m’écosse me rendre grosse ».
Elle attend le prince et prépare le fameux gâteau : « Dans ce palais Je ne suis plus reine/ De Saba je passe aux abats/ Et fond au rang le plus bas./ […] Les vapeurs culinaires/ Font marcher droit verre ailes / Les pas de l’étranger ».
Éloge de la forêt et des herbes, de la fuite et de l’errance, tout autant que louange  aux arômes et saveurs lourdes d’une cuisine d’autrefois, c’est un livre qui se savoure, et qui donne faim.

Les illustrations fragmentaires et délicates, allusives autant que le texte, composent un puzzle dont les morceaux, réunis dans la dernière page, complètent l’image de cette femme animale et invitent à refaire le chemin pour mieux le saisir : à repasser les plats, donc ?

Pour écouter ce livre et voir des images de la performance à laquelle il a donné lieu voir ici (patienter un peu, le départ est un peu lent)

Ogre

Ogre
Marien Tilet, Mac McGill
CMDE (« Dans le ventre de la baleine »), 2019

Un ogre en pleurs dans la forêt des contes

Par Anne-Marie Mercier

Étendu dans la neige, les orteils mis à nus par le Petit Poucet qui a profité de son sommeil pour lui voler ses bottes, l’ogre parle. Il se remémore toute l’histoire à travers un ultime chant de deuil dont voici le prologue :

 

«  Me voici, à l’orée de ma fin étendu
La neige en bon linceul a recouvert mes pieds
Eux qui toujours de cuir ont été revêtus
Et franchissaient sept lieues d’un pas décidé […]

Si la fin m’enveloppe, c’est vers mes filles que file
La somme de mes pensées qui cruelles et habiles
resteront jusqu’au bout à me tenir la main
Me rappeler encore quel geste fut le mien ».

Il déroule toute l’histoire, depuis l’arrivée des sept frères à la maison de l’ogre, l’apitoiement de sa femme grâce à l’éloquence du Poucet (« disant que, même ogresse, ma femme possédait l’âtre / caché au cœur de chaque enfanteuse de ce monde / qui se rallume d’un rien quand un tout petit tombe »), le meurtre de ses filles, la poursuite, l’assoupissement au cours duquel les bottes de sept lieues sont dérobées, et son attente de la mort, couché dans la neige. Tout cela est raconté en beaux alexandrins, où chaque mot a son poids, ses sons et son sens en harmonie avec l’histoire contée.
Le seul ajout à la tradition de ce conte est la prophétie en forme de supplication délivrée par les filles de l’ogre à leur père, à la veille du drame, et l’ivresse de l’ogre qui lui fait oublier sa promesse et ne pas reconnaitre ses enfants. Ogre moderne, tendre mais sauvage quand il a bu, et mourant de remord ensuite, c’est un ogre en pleurs que celui-là, bien noir, comme les illustrations qui marient l’encre de chine en à plats ou en volutes tourmentées (avec la technique entre autres, de la carte à gratter) et le blanc des stries et de l’espace, faisant de l’apparition de la neige, à la fin, une délivrance.
Parmi les œuvres qui revisitent les contes en prenant le point de vue du « méchant » (Le Géant de Zéralda, etc.) celle-ci est une belle réussite, qui ne s’adresse pas aux très jeunes lecteurs, mais aux lecteurs confirmés amateurs de contes, de réécritures ou de poésie.
Voir plus, sur le site du CMDE.
Ogre fait partie de la « trilogie de la forêt » publiée par Marien Tillet  au CMDE (collectif des métiers de l’édition)  lietje a rendu compte des deux ouvrages prprécédents :  rouge Chaperon Petit Le., Et Gretel .
Mediapart en parle : « L’infanticide ou la tradégie du conte de fée » Cédric Lépine.

Demain, on parlera de Pot d’âne de Sophie Tiers, paru également au CMDE.

Les Mains de ma mère

Les Mains de ma mère
Yvon Le Men illustrations de Simone Massi
Editions Bruno Doucey collection Poés’Histoires 2019

Nul ne guérit de son enfance…

Par Michel Driol

On pourrait entrer dans ce recueil par les titres : Au bureau de tabac, le mouchoir, l’île de mes parents, la baie de l’enfer, François le grand-père de mon voisin, Inconnus mais pas étrangers, des ailes qui se reposent, le rouge-gorge, le pic épeiche, arc-en-ciel, le phare, chasseurs-cueilleurs, la main verte, la chapelle, une bouteille à la mer, je t’aime, un désir de poème, le dernier mot, le bon sens des mots, entre père et fils. Se dessineraient alors une histoire et une géographie, une histoire qui irait de la mère au père, une géographie bretonne, maritime, emplie de toute la vie de la nature et des hommes.

On pourrait entrer dans ce recueil par les illustrations de Simone Massi, qui presque toutes incluent le visage d’un enfant : confidence de la mère en couverture,  courant sur la plage sous son regard, contemplant le mont St Michel, en bord de mer, près d’un phare, lisant un livre, la main dans celle de son père. Deux illustrations échappent à ce système : celle des poilus dans une tranchée, celle d’un  personnage regardant par la fenêtre, saisi de dos. Comme un fil d’Ariane, reliant toutes ces illustrations, une tache de couleur : rouge d’abord, orange ensuite, bleue, puis enfin rouge. Comme un parcours entre la chaleur et la froideur, puis la chaleur retrouvée.

On pourrait alors lire ce recueil d’Yvon le Men comme une autobiographie dans laquelle se croisent les souvenirs familiaux, la transmission, l’accueil et l’attachement à la Bretagne, à ses paysages. Lire sa poésie pour ce qu’elle est : une poésie des choses simples, énoncée avec une apparente simplicité – mais on sait bien que c’est là le plus difficile. Une poésie qui part toujours du concert, de cette carte bancaire muette au bureau de tabac, de ce mouchoir plié par la mère, déplié par le fils après sa disparition : façon de dire la transmission, le passage, ce qui ne sera plus jamais. Restent alors les souvenirs de l’enfance, autre façon de dire des valeurs, le souci du lien, du partage, de l’accueil, de la fraternité et la haine des guerres. La poésie d’Yvon Le Men est de celles qui relient, qui relient les hommes entre eux, dans la famille, dans le monde, qui relient les hommes à la nature qui les entoure. Ce lien est toujours dit par des choses simples et concrètes, la main dans la main, le mouchoir, le pain que l’on partage. Revient, comme un leitmotiv improbable, la thématique de la neige, comme un désir de blancheur qui unirait le monde entier, comme un rêve d’enfant face aux merveilleux des flocons.

Une poésie enfin qui se dit pour ce qu’elle est, désir de poème, travail avec les mots, images qui suggèrent, poèmes qui tissent le lien avec le lecteur, sans qui ils n’existeraient pas.

Un texte et des illustrations de qualité, dans un collection qui rend les poètes contemporains accessibles à tous.

Le livre des beautés minuscules

Le livre des beautés minuscules
Carle Norac illustré par Julie Bernard
Rue du monde 2019

Le parti pris des choses et le compte-tenu des mots

Par Michel Driol

36 poèmes pour murmurer la beauté du monde : le sous-titre explicite le titre, et cet accord ou cette tension entre la beauté des choses et du monde et les mots que l’on murmure. 36 poèmes qui se présentent le plus souvent comme un dialogue entre un « je » et un « tu ». Si le « tu » recouvre presque toujours la figure du lecteur – que l’on devine enfant, le « je » peut prendre différentes figures : celle signalée de l’auteur, qui s’adresse à son lecteur, qui indique qu’il écrit dans le texte, qui parle de son poème… Mais c’est aussi le jardinier à qui le texte cède la parole, le soleil, le temps, le vent, les grains de beauté… Il y a ainsi toute une façon d’animer – au sens propre de donner la vie –  le monde, en étant sensible à ce qu’il a à dire dans sa diversité.

Ces beautés minuscules sont une évocation de la nature (la lune, le soleil, le vent, différents animaux), mais aussi du temps qui passe (évocation de la mort du grand père suivie de celle des premiers mots adressés à une fillette qui vient de naitre), des relations surtout lorsqu’elles sont marquées par la difficulté à se dire ou la timidité. Comme un fil conducteur revient la dimension du langage et des mots, du poème : ces mots comme des cailloux qu’on ramasse pour en faire une phrase, ces expressions qui sont des clichés, ce poème qu’on écrit dans le train, celui que l’on rêve beau, celui que l’on glisse dans la poche. La beauté est autant dans le monde qu’il faut prendre plaisir à regarder, dans les gens qu’il faut prendre plaisir à aimer que dans les mots qu’il faut prendre plaisir à manier tant dans la lecture que dans l’écriture.

Un recueil qui invite à murmurer, à regarder autant en soi qu’à l’extérieur, pour répondre à la dernière question posée au lecteur
de quoi te parle-t-elle
en secret, la beauté ?

Cet ouvrage fait partie de la sélection du Prix Poésie des Lecteurs Lire et Faire Lire

Montagnes

Montagnes
Valérie Linder
& Esperluète éditions 2018

Carnet de voyage

Par Michel Driol

Format à l’italienne pour cet album qui est d’abord une suite d’aquarelles lumineuses représentant des paysages de montage  sous le soleil mais aussi dans le brouillard ou sous l’orage, paysages presque toujours habités : maisons, hameaux, toits de tôles rouillés. Paysages de forêts et de lacs, mais aussi de champs cultivés, paysages habités de vaches et de moutons. Paysages traversés par des randonneurs minuscules, tantôt une seule silhouette, tantôt un groupe de quatre saisis dans la marche ou au repos.

Ces aquarelles sont accompagnées de poèmes sur la marche en montagne. Quand tu marches en montagne… Ce « tu » à qui s’adressent les poèmes est à la fois le lecteur et une figure dédoublée de l’auteure (accords au féminin). Ils évoquent les considérations pratiques sur ce que l’on met dans son sac à dos : l’essentiel. Ils disent les plaisirs liés aux sens : ce que l’on goute (le pain, les amandes, l’eau), ce que l’on entend (les moutons qui carillonnent), ce que l’on voit ou entrevoit (un fragment du lac), ce que l’on touche (ta peau sera attentive à l’air des nuages). Cette promenade ouverte aux sensations l’est aussi à l’introspection ou à l’imaginaire (Tu te faufiles mentalement/entrouvres les portes…). Cette poésie, des vers libres regroupés en strophes de longueur inégale, évoque la nature, parfois à la façon du haïku dans la concision de la notation au pouvoir évocateur. La montagne de Valérie Linder est à la fois le lieu de la contemplation, de la concentration et de l’évasion : autre façon de dire ce qu’est la poésie.

Un album de voyage qui fait penser à Ramuz et à la façon qu’a l’homme d’habiter la montagne.

Cet ouvrage fait partie de la sélection du Prix Poésie des Lecteurs Lire et Faire Lire

Les Oiseaux

Les Oiseaux
Germano Zullo illustré par Albertine
La joie de lire 2010

Ode aux petits détails

Par Michel Driol

Presque un album sans texte tant les illustrations, très souvent en double page, sur un format à l’italienne, disent l’histoire. Celle d’un camionneur qui, dans un désert de dunes,  ouvre la porte de son fourgon d’où sortent et s’envolent des dizaines d’oiseaux de toutes les couleurs. Reste pourtant dans le camion un merle qui refuse de partir, partage le sandwich de l’homme qui lui montre comment voler. Le merle alors rejoint la troupe d’oiseaux, la conduit vers le fourgon qui était reparti, et les oiseaux emmènent dans le ciel l’homme. Ceci peut constituer une première lecture : une histoire d’amitié entre un homme et un oiseau, illustrant le souci à avoir des plus petits et la valeur de la reconnaissance.

Le texte de Germano Zullo, découpé en phrases, présent sous dix-neuf illustrations environ, propose une seconde lecture. Il est question de découvrir dans la routine, la monotonie de la vie, des détails, minuscules, capables de changer notre perception du monde. De la morale, on est passé à la philosophie et à l’attitude à avoir face au monde : l’attention à avoir à l’égard des choses minuscules. On a là comme une mise en abyme et une définition de la poésie, qui donne à voir ce à quoi on ne prêtait pas attention en premier lieu, mais qui ensuite permet de prendre de la hauteur, d’accéder à une autre façon de voir le monde.

Un album très graphique qui parle à tous.

Cet ouvrage fait partie de la sélection du Prix Poésie des Lecteurs Lire et Faire Lire