Les Petits Malheurs

Les Petits Malheurs
Jean-Claude Dubois – Images Estelle Aguelon
Cheyne

L’art d’être grand père

Par Michel Driol

39 poèmes en vers libres qui disent la relation entre des grands-parents et des petits enfants. Tout commence par la présentation de la famille : les deux grands parents (Opa et Oma) et les cinq petits-enfants. Suivent alors des sortes d’instantanés, petits riens de vacances, promenades estivales, courses, devoirs de vacances, questions existentielles. Le recueil se clôt avec la rentrée des classes et le départ des petits-enfants.

Le titre invite à rechercher, dans ce bonheur partagé, ce que sont les petits malheurs : une petite blessure, la solitude, le silence ou les pleurs d’un enfant, sans que l’on sache quoi dire, la mort, la séparation. C’est là que, dans la tendresse de cette relation, le recueil prend une dimension philosophique : ces petits malheurs, à l’échelle d’un homme, le sont-ils pour des enfants ? Un enfant doit pouvoir s’abandonner aux larmes.  Il est question d’apprentissage et de découvertes, d’étonnements devant les choses du quotidien, du pain laissé pour les poules à l’église au centre du village, mais aussi de l’école. Là, c’est le grand-père qui questionne cette dernière, non sans humour. L’école apparait alors comme un lieu étrange, artificiel et superficiel face à la profondeur de la relation vécue pendant les vacances.

Je rêve d’une école où on leur apprendrait la nostalgie, et non à lire, écrire et compter, les points cardinaux, ou ce qu’est un métro.

Après Hugo, Jean-Claude Dubois renouvèle l’art d’être père : l’art de perdre au jeu tout un été, l’art de guetter les mots que forment  les enfants, l’art d’être indulgent, de comprendre l’enfance et de la prendre au sérieux. Le tout est dit dans une langue quotidienne, simple, qui tisse le « je » de l’auteur avec le « on » du couple et le « ils » des enfants.  Cette immédiateté de la langue n’empêche pas des subtilités ou des trouvailles linguistiques :

Il y a des exercices difficiles :
par exemple celui où il faut écrire
une jolie phrase
mais conjuguée au passé perdu.

Nostalgie, temps qui passe, parenthèse de l’été, transmission, ce recueil dit, avec une grande simplicité et modestie, beaucoup de choses de cette relation entre grands-parents et petits enfants. Les images d’Estelle Aguelon, à base de cartes à jouer découpées, donnent un côté ludique au recueil.

Cet ouvrage fait partie de la sélection pour le prix de la poésie Lire et Faire Lire 2018

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