Journal d’un chat d’appartement

Journal d’un chat d’appartement
Olivier Ka
Rouergue –dacodac – 2026

Chat perdu sans collier

Par Michel Driol

On se souvient du Journal d’un chat assassin, d’Anne Fine. Voici donc le journal d’un chat d’appartement, Mozart, un chat angora, parfaitement à l’aise chez Bom-bom, Lalala et Cekoi, ses maitres. Il y mène une vie paisible, entre bouchon-énervant et sauts quelque peu maladroits qui occasionnent de la casse…  Ce qu’il déteste par-dessus tout ? Les visites, qui viennent troubler son quotidien. Ce qu’il aime ? Sa pâtée, mais aussi les sucreries. Aussi, lorsque Cekoi fête son anniversaire, et qu’il veut gouter aux bougies sur le gâteau, il est à l’origine d’un incendie. Dès lors, c’est la descente aux enfers, un mobil home dans un camping, d’où il fuit, bien malgré lui, pour être hébergé par une coiffeuse qui ne trouve rien de mieux que de le teindre en rose, puis nouvelle fuite, jusqu’à un ancien vétérinaire qui recueille toute une troupe de chats errants, près d’un cimetière…

C’est, bien sûr, Mozart le narrateur, qui fait part de sa vision du monde des humains, avec son regard de chat. Il y a là bien sûr une satire de nos mœurs : la précipitation, l’incapacité de se reposer, les bruits perpétuels et bien d’autres traits dans lesquels on aura plaisir – ou pas – à se reconnaitre. Mozart ne mâche pas ses mots pour marquer les écarts entre son idéal de vie : dodo, repos, pâtée – et celui des humains dont il ne comprend pas tout. Des phrases courtes prononcées sur le ton de la confidence, dans lesquelles se révèle tout l’humour de l’auteur.

Mais c’est un vrai parcours initiatique qui fait changer Mozart et qui lui permet de s’ouvrir aux autres et de découvrir la socialisation, l’amitié, voire l’amour avec ses congénères. D’une certaine façon, l’auteur n’épargne rien à son personnage, véritable héros picaresque transporté malgré lui de lieu en lieu, loin de ses habitudes. Alors qu’il méprise les autres chats, qu’il ne connait pas, le voilà forcé de vivre avec beaucoup d’autres, qui incarnent différents types humains ou animaux : le dominant, le complice, l’amoureuse… Mozart va devoir faire sa place dans cet univers qui parle autant des chats que des enfants en train de grandir, de se découvrir, de découvrir les autres en sortant du cocon protecteur de la famille.

Un récit initiatique plein d’aventures qui réjouira les amateurs de chats, mais pas seulement, par son humour, ses péripéties, ses personnages un peu loufoques, et cette façon très drôle qu’a l’auteur de s’introduire dans la pensée d’un chat, dans sa façon de comprendre ou pas le monde qui l’entoure, de surnommer  avec pittoresque humains et les animaux qui l’entourent. Gageons que vous ne verrez plus les chats du même œil après cette lecture, et que vous vous demanderez en quoi consiste le bonheur !