Comment se débarrasser de ses enfants ?

Comment se débarrasser de ses enfants ?
Michaël Escoffier – Amandine Piu
Balivernes éditions 2026

Pour parents au bord de la crise de nerfs

Par Michel Driol

C’est bien connu. Les enfants, ça chouine, ça met tout en désordre, ça dessine sur les murs. C’est en tout cas ce que dit le texte et montre la première illustration. Une seule solution : se débarrasser d’eux. Pour cela, comme dans un guide parental, l’ouvrage propose 10 idées, une par double page : les mettre dans un carton pour les envoyer dans une contrée lointaine, les attacher à une fusée, les vêtir de rouge et les abandonner dans une forêt… 10 idées à mettre en œuvre avant qu’ils ne veuillent se débarrasser de leurs parents.

Avec beaucoup d’humour (noir), avec un sens aigu de l’absurde et du cocasse, l’album prend le contrepied des traités d’éducation et de la morale Les solutions proposées, improbables, cruelles, décalées sont tellement dans l’exagération et la fantaisie qu’elles suscitent l’étonnement et le rire. On retrouve, bien sûr, tout l’imaginaire des enfants, ici revisité : la sorcière, le père Noël, le loup, l’ogre, les pirates, autant de personnages bien connus, figures du mal, qui peuvent se révéler de redoutables adjuvants dans ce projet maléfique. Il fallait oser cet album, bien dans la veine de ce qu’avait fait Michaël Escoffier avec Il ne faut pas mettre les enfants au congélateur.  Il fallait l’oser en un temps où les enfants sont trop souvent victimes de prédateurs. Il fallait oser ici montrer des enfants victimes, abandonnés, dans des situations suffisamment improbables pour qu’elles fassent rire, d’un rire libérateur, jubilatoire. Quel enfant n’a pas eu, au moins une fois dans sa vie, la peur d’être abandonné ? Le rire est ici une thérapie, mais une thérapie qui repose sur des réalités intergénérationnelles. Car combien de personnes âgées sont-elles, comme le texte le signale à la fin, abandonnées par leurs enfants qui ne viennent les voir que trop peu souvent dans des EHPAD ? C’est bien la force de cet ouvrage de faire rire tout en invitant à penser cette nécessité de faire coexister des générations, des envies, des gouts, des attentes différentes.

Ce qui dédramatise aussi l’ouvrage, ce sont les irrésistibles illustrations d’Amandine Piu qui proposent un univers décalé : tel ours est équipé d’une serviette, les têtes des enfants terrifiés ou inquiets sont adorables… On n’est jamais dans le tragique ou le pathétique, toujours dans la caricature. Il y a souvent, dans chaque double page, un détail, un petit texte, un commentaire à ne pas manquer.

Un faux guide parental jubilatoire qui utilise l’absurde et l’humour noir pour inviter à parler de la complexité des relations parents / enfants, mais qui ne manque pour autant ni de tendresse, ni de bienveillance en contrepoint…