Tor et les garnements

Tor et les garnements
Thomas Lachavery
L’école des loisirs (mouche), 2017

Le retour du troll

Par Anne-Marie Mercier

On retrouve avec plaisir Tor et ses amis les trolls. A nouveau il lui faut laver l’un d’eux, un tout jeune que son ami lui a confié pour le protéger de la guerre qui va commencer chez eux. Au même moment, le village accueille son homme célèbre, un acteur fameux. On se doute des scènes de pagaille en perspective.

Mêlant dégout et tendresse, le portrait du jeune troll est savoureux, et surprenant. Mais on est un peu loin de la fraicheur et de la simplicité des premières aventures de Tor.

L’heure des parents

L’heure des parents
Christian Bruel, Nicole Claveloux

Thierry Magnier, 2013

A la société réelle

Par Dominique Perrin

heureCe singulier album, réédité chez Thierry Magnier à titre de jeune classique des éditions Être « mises en sommeil » en 2011, s’ouvre sur le perron d’une classe, alors que s’effiloche « l’heure des parents ». Camille – lionceau de sexe indéterminé – semble s’assoupir en attendant les siens. C’est l’occasion de passer en revue, de double page en double page, sur le mode délestant de la rêverie, toute sortes de familles possibles, au gré d’un étonnant défilé de scènes collectives, assorties de prénoms, métiers et d’un sobre commentaire dans la veine enfantine.
Album fort et fin sur la diversité réelle des mœurs en matière de parentalité et de « noyau » familial, L’heure des parents s’offre à sa manière comme un « livre-jeu » qui ouvre aux jeunes lecteurs la possibilité de (s’)imaginer toutes sortes de configurations familiales, fantaisistes et conviviales, sous forme d’instantanés contenant autant de scénarios à construire (on se rappelle le beau titre de roman : D’autres vies que la mienne). Le jeu est aussi, bien sûr, de relire, avec entre autres en vue de retrouver une kyrielle de détails tous réunis dans une double page finale plus attendue que les précédentes, suivie du simple texte « Les parents de Camille s’appellent Papa et maman ».
On ne peut que fêter la réédition de ce pied de nez percutant et tranquille, d’hier et de demain, adressé par Christian Bruel et Nicole Claveloux à tous, y compris aux censeurs.

Plus tard je serai moi

Plus tard je serai moi
Martin Page
Rouergue,  2013

« Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? »

Par Anne-Marie Mercier

Plus tard je serai moiMartin Page s’est fait une spécialité de situations familiales cauchemardesques ou absurdes. Ici, une jeune fille tout à fait ordinaire, sans problèmes, connaît l’enfer parce que ses parents ont décidé que plus tard elle sera artiste. Cadeaux orientés, emploi du temps contraint, régime alimentaire, tout y passe, jusqu’à la conviction qu’un artiste doit avoir eu une enfance difficile…

On retrouve ici un monde à l’envers, les parents étant ceux qui poussent vers une profession qu’ils déconseillent souvent à leurs enfants. Mais cette histoire plaira aux adolescents indécis sur leur avenir. Elle leur dira qu’il faut « être patient avec les parents » et, en attendant, trouver des alliés : les amis, le principal amateur de rock, la tante de Bretagne…

Les Heureux Parents

Les Heureux Parents
Laëtitia Bourget, Emmanuelle Houdart
Thierry Magnier, 2009

Pauvres parents…

Par Anne-Marie Mercier

LesheureuxparentsOn se demande si la formule « Heureux Parents » a valeur de citation (c’est en effet la formule consacrée) ou d’antiphrase. Ces parents débordés, exténués, vidés de tout par leur progéniture sont à l’inverse du portrait habituel. L’enfant n’unit pas le couple mais le divise et seuls « des montagnes d’amour et des puits de sagesse » permettent aux parents de rester unis après toutes ces épreuves, vieillis et pourvus de nombreux petits enfants.

On retrouve ici le couple de L’Apprentissage amoureux, déjà porté par l’univers d’Emmanuelle Houdart, avec cette fois des couleurs moins claires, moins lumineuses, et l’on se demande à qui cet album peut être offert, sinon à des parents déjà bien engagés dans le « métier ».  L’offrir à des enfants pour leur faire comprendre le calvaire qu’ils font vivre à ceux qui les nourrissent (et ensuite conforter l’idée que les parents ont divorcé par sa faute…) ou à un jeune couple pour lui annoncer ce qui l’attend pourrait être une mauvais farce, malgré la beauté (et la justesse !) de l’ouvrage.

Les enfants sont méchants

Les Enfants sont méchants
Vincent Cuvellier – Aurélie Guillerey
Gallimard Jeunesse (Giboulées), 2012

Les parents sont gentils…

Par Charlotte Furnon master MESFC Saint-Etienne

Les enfants sont méchants ! Telle est I ‘entrée en matière provocatrice de cet album qui invite le lecteur à faire preuve d’humour et d’autodérision. Le ton est donné, cet ouvrage s’annonce cinglant et s’avèrera sarcastique et délectable.

La prise en main de cet album est agréable et attirante, de par sa couverture rigide et ses couleurs pastels, mais également  grâce à l’ironie portée par le titre qui s’expliquera au long de la lecture de l’œuvre…

Les Enfants sont méchants est un album de contrastes. Contraste entre les dessins au crayon  et les détails  colorés, entre le texte et l’image, entre le message adressé aux  enfants et celui adressé aux parents… En effet, cet ouvrage propose différents niveaux de lecture, ce qui le destine à des enfants de cinq à huit ans environ mais également aux parents. Le narrateur raconte les petites scènes qu’il semble avoir vécues… L’auteur serait-il  lui-même père ?

Chaque double-page présente une anecdote, la mise en scène d’une bêtise d’enfant que chaque parent a connue. Le texte occupe très peu de place sur le fond crème qui est très largement saturé d’images dont le genre varie d’une page à I‘autre. Empruntant parfois aux mangas ou aux dessins de Sempé, les illustrations sont très hétéroclites. Le texte et l’image sont tout à fait indissociables pour accéder à toute la portée humoristique de l’œuvre. Quand le texte décrit un enfant  jetant son assiette par terre, l’image présente un père au service de son rejeton puis pleurant le geste cruel de son enfant qui ne lui accorde aucun remerciement.

Le message est alors doublement  didactique, il s’adresse aux enfants afin de leur montrer qu’ils peuvent être blessants, mais également aux parents qui doivent être plus fermes. Les images complètent le texte en lui apportant du sens.

Le catalogue de bêtises proposé par Les enfants sont méchants fera rire tous ceux qui auront le bonheur de l’ouvrir et de découvrir les dessins d’Aurélie Guillerey qui relèvent toute la saveur des textes de Vincent Cuvellier.

Un album pour les enfants à lire avec leurs parents…

Les Willoughby

Les Willoughby
Lois Lowry

Traduit (anglais) par Francis Kerline
L’école des loisirs (neuf), 2010

Les Désastreuse et Hilarantes Aventures des non-orphelins Willoughby

Par Anne-Marie Mercier

Les Willoughby.gif« Abominablement écrit et ignominieusement illustré par l’auteur », lit-on dans la page de titre, sous le nom de la famille héroïne de l’histoire. Les termes « lugubre », « ignoble », « dégoûtant », « abject », « ignominieux » (un glossaire est donné dans les dernières pages), rythment le récit, accumulant les détails sinistres dans la vie de ces enfants qui aimeraient bien être orphelins (et méritants, et donc récompensés à la fin de l’histoire), comme dans les livres « vieux jeu » pour enfants « vieux jeu ».

Le livre est un concentré d’allusions à cette littérature à travers des titres (essentiellement anglais et américains – une bibliographie est donnée en fin d’ouvrage, avec des résumés de ces histoires édifiantes – Un chant de Noël de Dickens, La maison aux pignons verts, Heidi…). On y retrouve également des personnages et intrigues classiques (une gouvernante pauvre mais tendre, des parents diaboliques, un enfant trouvé, une famille perdue, des destins qui se rassemblent à la fin…). Le livre offre un festival de caricatures et de situations rocambolesques dignes des romans d’autrefois – pour petits et grands (Willoughby est d’ailleurs le nom d’un personnage peu sympathique de Jane Austen). On y retrouve aussi des éléments modernes de la littérature de jeunesse : la veine des orphelins Baudelaire (pour le côté désastreux), une touche de Marie-Aude Murail (pour la fratrie malmenée mais résistante), un recours massif à l’intertextualité et à la parodie.

Les enfants Willoughby ne manquent pas de ressources. L’aîné a des idées très traditionnelles sur ses prérogatives d’aîné et sur la place des filles, la fille s’affirme (c’est difficile), les jumeaux gagnent en indépendance. Ce qui était séparé est réuni, tout s’arrange, mais pas comme dans les histoires « vieux jeu » où les héros ont « un choix limité ». Lois Lowry ne s’est tenu à aucune limite de vraisemblance et de sérieux, à l’exception de celle de l’unité du style et du ton, et c’est tant mieux.

 

Les heureux parents

Les heureux parents
Laetitia Bourget, Emmanuelle Houdart
Thierry Magnier, 2010

par Frédérique Mattès

Dès le premier regard, on est interpellé par les illustrations si particulières d’Emmanuelle Houdart. C’est très beau mais aussi très troublant. A chaque page, un camaïeu de couleur fortes, de détails surréalistes ; les personnages, visages fermés, toujours de profil, distillent un certains malaise. Ces illustrations sont proches de l’univers de Nikolaus Heidelbach, elles font admirablement écho au texte. Un texte concis, juste, qui interroge. Il pointe la difficulté d’être père ou mère au quotidien : les nuits sans sommeil, la place que chacun doit se trouver … Un bel album qui fera rire les plus jeunes mais qui saura aussi retenir l’attention des parents car il pose des questions essentielles. A offrir malicieusement aux futurs parents ?