Super fonceuse

Super fonceuse
Jean Leroy – Bérangère Delporte
L’élan vert 2016

Pour déconstruire certains stéréotypes de genre

Par Michel Driol

superFrère et sœur, Goliath et Maguette habitent ensemble. SI Goliath est doté de superpouvoirs  (il peut soulever d’une patte mille kilos), sa sœur ne sait rien faire d’exceptionnel. Mais c’est elle qui fait tout à la maison, car les tâches ménagères ne sont pas dignes de son super héros de frère. Jusqu’au jour où atterrit  dans leur jardin un vaisseau spatial d’où sort Pluripattes le pirate, lequel, avec son pistolet laser, annihile les pouvoirs de Goliath. Mais ce pistolet ne peut rien contre Maguette lorsqu’elle se lance, tête baissée, dans un combat épique contre le monstre : elle  n’a pas de super pouvoirs ! Déconfit, Pluripattes retourne dans l’espace, Maguette réconforte son frère qui croit que sa force ne sert à rien, et elle lui confie les tâches ménagères tandis qu’elle se repose, enfin.

Superfonceuse fait partie de ces albums qui bousculent les stéréotypes du genre, non sans humour. Goliath et Maguette sont bouc et chèvre, et, très humanisés, ils habitent dans une petite maison.  Les dessins accentuent la représentation stéréotypique : le super héros, avec sa cape et son masque, entouré de médailles et d’haltères, la ménagère avec son tablier entourée  de tricot, d’aquarelle et de fleurs. On se situe dans un univers enfantin que les illustrations renforcent par leur côté naïf, proche des coloriages et des représentations des animaux et des extraterrestres que pourraient réaliser des enfants.

Un album qui se plait à accentuer le côté enfantin de l’histoire et des illustrations pour rapprocher les personnages des enfants lecteurs afin de mieux les concerner par le propos tout à fait d’actualité.

 

 

Le Chemin de Sarasvati

Le Chemin de Sarasvati
Claire Ubac
L’école des loisirs, 2010

Le tour de l’Inde par deux enfants

Par Anne-Marie Mercier

Le Chemin de Sarasvati.aspx.gifIl y a un peu du Slumdog millionnaire dans le roman de Claire Ubac (le livre, pas le film, qui n’avait pour lui que son rythme formidable) : dans l’Inde d’aujourd’hui, une fille et un garçon voyagent, à pied, en voiture, en train… Ils sont poursuivis, enfermés, s’évadent, se perdent, mais continuent leur quête, coûte que coûte, et s’entraident, s’aiment. A travers eux, on découvre l’Inde : villages, villes (Madurai, Bangalore, Bombay…), bidonvilles, usines, ateliers et métiers. Les bruits, les odeurs et les saveurs donnent  avec les couleurs de la précision à un tableau éclatant où dominent le jaune, l’orangé  puis le rouge. On parcourt beaucoup de temples, on assiste à beaucoup de fêtes, c’est sans doute la marque de souvenirs de voyages de l’auteure. Ce qui pourrait apparaître comme une vision un peu trop touristique de l’Inde est justifié par l’histoire : la jeune héroïne, IsaÏ, a été mise sous la protection de Sarasvati  par sa mère, elle voyage avec une statuette de cette déesse de la musique et chante pour elle. Son inspiration est portée par les temples. C’est aussi dans les temples qu’elle retrouve son ami et qu’ils se donnent rendez-vous ou se cherchent lorsqu’ils se perdent.

Ce récit de quête et d’errance est ponctué de rencontres, certaines  heureuses, la plupart terribles : les enfants sans appui et sans ressources sont montrés comme des proies idéales pour des adultes en quête de souffre-douleurs, de main d’œuvre, ou d’objets sexuels. A travers Isaï, l’auteur fait ressentir les effets de  l’humiliation et de la rage jusqu’au bord de la folie (de très belles pages sur la colère) – tout en restant dans les bornes habituelles d’un livre pour la jeunesse : rien d’explicitement scabreux. Chaque évasion est  suivie d’un nouveau piège et le suspens tient tout au long du livre, ce qui en fait un beau roman d’aventures. Mais  les aventures n’empêchent pas le  sérieux et  le roman est proche aussi du Tour de France de deux enfants (on visite, on apprend, c’est de la géographie et de l’histoire de l’Inde en marche). Il évoque aussi parfois Sans famille : on voit un beau personnage de montreur de singe, un aveugle ; l’héroïne est à la recherche de sa famille et on devine à travers quelques indices donnés en forme de miniature mogole (le rajah à la rose) un happy end possible qui viendrait adoucir le réalisme du roman et les déceptions d’IsaÏ égrenées tout au long de l’histoire.

L’engagement le plus visible de ce livre, qui en porte plusieurs, est celui qui s’intéresse à la condition des filles : Isaï, en tant que fille, n’aurait pas dû vivre : le début du roman montre la résistance de sa mère face aux incitations à l’infanticide, fréquentes dans certaines régions. La petite fille est maltraitée, contrairement à son cousin, puis employée comme servante, enfin vendue. Vivant pendant un temps sous un déguisement de garçon, elle expérimente la différence des regards, des possibilités et des sensations. Sa rencontre avec son ami  Murugan, un intouchable qui se révolte contre son sort, crée un parallèle entre préjugés de sexe et de classe – ou plutôt de caste, puisque Murugan est issu d’une famille aisée.

Mais le roman est aussi porté par la musique, ce qui lui donne un souffle particulier. Les scènes de chant dans lesquelles Isaï improvise sont magnifiques et très évocatrices du style de la musique indienne traditionnelle. Le portrait de Murugan en percussionniste est lui aussi très convaincant. Les aventures, le voyage et la quête de la famille se doublent d’une quête de l’autonomie et de la réussite qui devrait plaire – c’et un défi – aussi bien aux jeunes lecteurs qu’aux jeunes  lectrices.

 

 

Série « Princesse Léa »

Princesse Léa et le cartable magique
Princesse Léa et le fantôme d’Alphonse III
Caroline Hesnard, Gilles Corre
Balivernes éditions, 2010

 Quand le quotidien vire au burlesque royal

par Sophie Genin

9782350670492.gif9782350670485.gifL’idée de départ ne manque pas d’originalité et la jeune lectrice (car tel est le « coeur de cible » visé par cette série) pourra immédiatement s’identifier à Léa qui, après avoir pris son petit-déjeuner dans un bol décoré d’une couronne dorée, rejoindra le chauffeur de la belle voiture « qui fait au moins vingt mètres de long » pour se rendre à l’école ! Mais l’écriture, un peu trop systématique concernant l’image idéale du quotidien de cette jeune « prinssounette », comme la nomme son roi de papa, tombe un peu à plat.

On a en effet du mal à croire à l’épisode du « cartable magique » présentant une princesse dans une classe lambda avec son majordome qui reste au portail ou à son cartable qui fait surgir des réponses mais aussi un gnome poilu. Pour couronner le tout, Léa se rend tout de même en classe avec son chat ! Même la recherche de connivence avec la lectrice, grâce au point de vue interne de la princesse (« je vous l’ai déjà dit, ça, non ? ») laisse pantois. Quant à la fin, moraliste (Léa, après avoir triché, utilise son cartable à bon escient pour sauver un chat coincé dans un arbre de la cour), elle est suivie d’un grand goûter au château avec tous les enfants de la classe, ce qui donne une coloration américaine à cette série : happy end obligatoire!