Le grand Voyage du petit nuage

Le grand Voyage du petit nuage
Bernard Villiot – Anja Klauss
L’élan vert 2026

Trouver sa place

Par Michel Driol

Le héros est un tout petit nuage émotif que ses frères, méprisants, ont surnommé Cumulominus et qui décide de trouver sa place dans le monde. Il se retrouve frigorifié dans les pays froids, pourchassé par les indiens, menacé par des pêcheurs, effrayé par un vendeur de barbe à papa jusqu’à trouver une sympathique vieille dame dont il arrose, chaque jour, avec bonheur, les fleurs.

Voilà un récit poétique et initiatique. Récit poétique d’abord, par la figure de ce petit nuage fragile et sa quête d’un lieu qui lui serait adapté. Poésie des mots avec lesquels le texte joue, poésie des rencontres pleines d’imprévu et de charme : un vieux couple belle époque, des oies sauvages, une sirène, c’est tout un imaginaire qui se déploie ici, un imaginaire qui mélange allègrement les lieux et les époques. Voyage initiatique ensuite, car le petit nuage se voit confronté à une série d’épreuves qu’il surmonte soit seul, soit avec quelques adjuvants come la sirène. A chaque étape, il est attiré par ce qui lui ressemble : la fumée, l’écume, la toison des moutons, jusqu’aux cheveux blancs de la dernière dame.  Qui se ressemble s’assemble.  Qui suis-je ? Avec qui suis-je apparenté ? Voilà quelques-unes des questions que pose cet album qui interroge sur le sentiment d’appartenance et la quête de soi. Cette quête d’une place dans le monde, au-delà des obstacles, des dangers, le petit nuage la réussit, invitant les lecteurs à ne pas se décourager, à son image. Personnage à la fois fragile et vulnérable, il sait se révéler plein de gentillesse et de persévérance et trouver une place absolument inattendue, mais tellement à son image ! Des illustrations aux couleurs lumineuses, pleines de détails et de vie, remplies d’oiseaux  participent de l’atmosphère tendre et douce de cet album.

Reprenant tout l’imaginaire lié aux nuages, vaporeux, insaisissables, cet album fait le portrait d’un personnage fragile et tendre, en quête de lui-même, à l’image de nombreux enfants qui ne demandent qu’à trouver quelqu’un qui les aimera et les aidera à être utiles au seuil de ce grand voyage de la vie.

Couler de source

Couler de source
Jean-Christophe Bailly
Bayard (« Les petites conférences »), 2018

Philosopher avec les enfants

Par Anne-Marie Mercier

« Entre 1929 et 1932, Walter Benjamin rédigea pour la radio allemande des émissions destinées à la jeunesse. Récits, causeries, conférences, elles ont été réunies plus tard sous le titre de Lumières pour enfants ».

La collection des « petites conférences » de Bayard, qui propose ces Lumières pour notre temps, est dirigée par Gilberte Tsaï ; c’est elle qui organise ces conférences prononcées à Montreuil devant un public varié depuis plusieurs années. Ce cycle de rencontres, créé il y a plusieurs années, explore le champ de la pensée sous des formes accessible à de jeunes auditeurs.
Ici, c’est Jean-Christophe Bailly qui, après avoir évoqué le langage, les images, les cinq sens et le livre, dans d’autres volumes de la collection, s’attache à ce qu’il y a de plus insaisissable, mais aussi de plus précieux, l’eau.
Le début de la philosophie consiste à faire porter son attention sur des choses simples : la pluie, une rivière, la rive, le pont, la cascade… chacun de ces éléments est le point de départ d’une réflexion, parfois d’une rêverie, de descriptions et de récits qui vont du microscopique au macroscopique, qui interrogent les paysages et l’Histoire, notre rapport au monde et à autrui. Des images, schémas et cartes aident à comprendre la forme de l’eau, sinon sa mémoire, et comment l’eau a formé la terre qui nous porte. Tout cela est beau, juste, vivant, vivifiant.