Les Livres sont des tapis volants

Les Livres sont des tapis volants
Eric Sanvoisin
Le Calicot 2025

Pour l’amour de la lecture

Par Michel Driol

Dans ce recueil de 8 nouvelles, c’est le livre qui est le héros, ou du moins, l’élément central. Il devient autobus, dont on attend impatiemment le passage. Il pousse sur les branches d’un arbre. Il constitue les maisons d’une ville… Si, comme on le voit, on touche au fantastique, on est aussi dans le réalisme, avec ce père qui tente d’obliger son fils à lire un livre ou avec cet exposé d’une élève sur les piles-à-lire. Quant aux lecteurs familiers de l’auteur, ils y retrouveront même  le personnage du buveur d’encre.

Voici un recueil dont l’écriture s’adapte parfaitement à des enfants – une écriture vive, souvent dialoguée, jouant avec toutes les ressources du récit -, un recueil qui célèbre la lecture, ses plaisirs, mais aussi ses enjeux plus sérieux avec vigueur. Chaque nouvelle entraine dans un univers différent, mais, au fond, c’est toujours pour dire que les livres font voyager, qu’on ne peut pas les faire disparaitre, mais aussi qu’ils peuvent être une source de libération. Chaque nouvelle rend ainsi hommage à un aspect de la lecture, histoire de convaincre les jeunes générations de la nécessité de cette pratique, dans une perspective que ne renierait pas Daniel Pennac, évoqué au travers du droit à ne pas finir un livre entamé. C’est le livre qui relie, à l’image de cette fillette allant questionner son grand père sur les lectures de sa grand-mère décédée. C’est aussi le livre menacé par le pouvoir politique, auquel il fait peur. Mais c’est aussi le livre dangereux, et c’est en cela que le recueil prend toute sa singularité.  Très borgésienne, la légende de la ville de papier se présente comme un récit cadre encadrant un livre inquiétant, dans lequel le héros se perd et meurt dans une cité de papier. Peut-on continuer à lire après cela ? Borgésien aussi  le livre à rôtir de toute urgence, livre vivant, capable de prédire le futur de celui qui le lit. Le recours au fantastique n’est-il pas la meilleure façon de dire que la lecture en elle-même a quelque chose de fantastique ?

La forme du recueil de nouvelles permet des textes courts, peu décourageants pour de jeunes lecteurs peu assurés. Elle permet aussi le partage par la lecture offerte. Si les thèmes et la forme choisis suscitent l’intérêt, ils font naitre aussi le questionnement sur les pratiques de lecture et sur ce qu’on trouve dans cette activité, d’autant que l’humour et la bienveillance de l’auteur sont perceptibles dans chacun des textes.

101 façons de lire tout le temps, Thimothée de Fombelle

 101 façons de lire tout le temps
Thimothée de Fombelle, (Ill.) Benjamin Chaud
Gallimard Jeunesse, 2022,

 

 Un catalogue et un plaidoyer

 Maryse Vuillermet

 

 

Cet album est un répertoire, un catalogue de toutes les manières de lire chez les jeunes lecteurs.  Les positions les plus acrobatiques dans les lieux les plus improbables sont dessinées par Benjamin Chaud et accompagnées d’une petite phrase ou d’un nom, par exemple « l’étourneau oublie le temps », « la déménageuse dépasse les bornes ».  Les corps sont souples, déliés, adaptés à toutes sortes de lieux, d’environnements, de temps (sous la pluie, dans la neige), de circonstances (en cours, pendant le repas …)

Timothée de Fombelle explique qu’il a toujours été fasciné par les positions des enfants, et qu’il bénéficie d’un bon poste d’observation dans les médiathèques, les librairies où il présente ses ouvrages, mais aussi dans la rue, les transports en commun, partout.

Il confie que c’est en même temps un autoportrait, car il s’agit aussi de lui, du lecteur qu’il était enfant et du lecteur qu’il est toujours.

Ces positions acrobatiques dans des lieux improbables sont un signe de résistance de l’enfant, l’enfant est un bon lecteur, les enfants lisent de très gros livres, contrairement à ce qu’on dit toujours, à savoir qu’ils ne lisent plus.

Et il lisent dans un monde peu propice, agité, un monde d’écrans, de foules, c’est donc, vous l’avez compris, un magnifique hommage au lecteur qui sait  se perdre, qui sait que la lecture est un monde parallèle, pacifique et riche, que « les héros résistent à tout », que « les enchanteurs transforment le monde. »

Vous l’avez compris, un album délicieux à offrir, à contempler.