La Bible, Nouvelle traduction, texte intégral

La bible, Nouvelle traduction, Edition intégrale
François Bon, Frédéric Boyer, Olivier Cadiot, Emmanuel Carrère, Florence Delay, Jean Echenoz, Marie Ndiaye, Valère Novarina, Jacques Roubaud…
Bayard 2018, 2001 pour la première édition.

« Rendre le texte biblique de façon à la fois exacte et littéraire »

Par Maryse Vuillermet

Cette nouvelle traduction a pour but d’ « échapper aux lourdeurs convenues d’une langue érudite, d’un français académique,  d’être plus sensible aux jeux du langage » dit dans la préface Pierre Gibert. Claudel en 36 se plaignait déjà que « Malheureusement, les bibles de langue française ne nous donnent que des transcriptions pauvres et plates, sans résonnance et poésie. »
Il s’agit aussi de restituer la dimension orale du texte et sa diversité, étant entendu que la bible est une somme de livres qui a traversé différentes civilisations et qui a puisé aux différents genres littéraires.
« Il ya du roman, dans la bible, du théâtre, des énigmes, des élégies, des chants d’amour et de détresse. »

Plusieurs dizaines de traducteurs et d’exégètes, vingt écrivains et vingt sept exégètes ont donc accepté de participer au travail et chaque livre est l’œuvre d’un exégète et d’un traducteur. On note parmi les traducteurs les grands noms de la littérature contemporaine.
Et le résultat est parfois surprenant mais donne à la langue une puissance et une force jusqu’alors noyées dans l’académisme et la mièvrerie.

Ah, ça…j’y avais pas pensé!

Ah, ça…j’y avais pas pensé!
Ludovic Souliman, Ill Bruna Assis Brasil
Utopique 2018,

Une fable contemporaine sur la solidarité

Par Maryse Vuillermet

Une très jolie fable qui illustre la nécessaire solidarité dans un monde cupide, dur aux vieux, aux sans abris, aux orphelins, aux animaux.
Un vieux monsieur perd sa maison mais dans sa fuite, il va aider un grillon sans foyer, une poupée de chiffon, une petite fille seule, un géant sans abri et ensemble, ils vont trouver l’entraide et la chaleur d’une maison commune.
L’auteur est un conteur voyageur breton et on retrouve parfois avec bonheur les répétitions et les techniques du conte mais adaptées à notre époque. Les illustrations à base de collages de Bruna Assis Brasil donnent également au livre une touche très contemporaine et joyeuse.

Animal totem

Animal totem
Agnès Domergue, Ill Clémence Pollet
Hongfei 2018,

Trouver son animal totem

Par Maryse Vuillermet

Le narrateur part à la recherche de son animal totem. « Sur terre, toute âme possède un animal totem. Celui qui lui ressemble, celui qui le protège. »
Il rencontre successivement Grand corbeau, Biche, ours, araignée… Chaque animal lui offre, un regard, de la nourriture, un peu de chaleur, une parole, mais aucun ne le retient ou ne lui convient. Il continue…
Puis, il retourne au village  et là,  la chute est très inattendue.
Un magnifique récit d’initiation au monde animal, à la diversité, à la persévérance et la description d’un monde où hommes et animaux vivaient en interrelation.
Les illustrations de Clémence Pollet sont envoûtantes, les regards surtout, profonds et mystérieux.

Le mystère de la chambre froide

Le mystère de la chambre froide
Simon Bailly, Julia Billet
Les éditions du Pourquoi pas ? 2016,

Quand la prison n’est pas le problème !

Par Maryse Vuillermet

Ce roman graphique est réalisé par la même équipe que Mo sur le même sujet,  mais cette fois dans le monde des cuisiniers et des prisons. Le titre parodie un titre de Simenon Le mystère de la chambre jaune mais l’intrigue policière n’est pas le seul moteur de l’histoire.
C’est l’histoire de Jeannot Cabane, chef cuisinier, qui terrorise ses employés. Un jour, un critique gastronomique particulièrement désagréable mange en salle et le lendemain matin, il est retrouvé gelé dans la chambre froide.
A ce moment-là, un long retour en arrière nous fait découvrir l’enfance difficile et la scolarité chaotique de Jeannot, en particulier les humiliations que lui a fait subir son institutrice. Il n’a donc jamais aimé l’école mais son oncle cuisinier lui a appris son métier et lui a redonné confiance en lui
Retour au présent, tout accuse Jeannot Cabane, car on découvre le carnet de notes du critique gastronomique qui comportait des remarques désastreuses sur son restaurant, ce qui aurait détruit sa réputation. Jeannot est jugé et emprisonné. Mais en prison, il exerce ses talents, améliore le quotidien des autres, pas seulement en les nourrissant bien pour pas cher, mais encréant  aussi une bonne ambiance entre tous.
Un éditeur lui propose d’écrire un guide de cuisine Recettes de cabane.
Jeannot refuse, maugrée et finit par avouer à son professeur de français de la prison ce qui l’effraie. Le professeur l’aide à rédiger le recueil.
Jeannot sort de prison, son livre a du succès, il retrouve son restaurant et on comprend qu’il est innocent mais qu’il s’est laissé accuser pour ne pas avouer qu’il ne savait pas lire : « Si j’avais dit la vérité, qui est-ce qui m’aurait respecté ? »

C’est l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, plus que sa sortie de prison et la réouverture du restaurant, qui va le libérer.
C’est la même libération que pour Mo, des hommes pleins de tous les talents mais paralysés et honteux de leur illettrisme finissent par s’en libérer grâce à d’autres  hommes et femmes compréhensifs.
J’apprécie que ces histoires se passent dans des milieux modestes, ceux des métiers, gardiens d’immeubles, cuisiniers, des grands ensembles et des arrière-cuisines, que ce sujet soit abordé avec  justesse, grâce au dessin plein de tendresse  de Simon Bailly et à la vison fantaisiste de Julia Billet.

Vivre livre

 

Vivre livre
 Collectif: Nina Ferrer-Gleize, Gilles Abier
Ricardo Montserrat
Cathy Ytak Julia Billet,
François David, Thomas Scotto
Hélène Humbert
(Ill) Hélène Humbert
Editions du Pourquoi pas ? 2016

Le livre est un personnage

Par Maryse Vuillermet

Les livres sont les narrateurs et les personnages de ces histoires. Chaque auteur (huit en tout) raconte une histoire différente, une situation différente, celle du livre herbier, du livre sur les rayons d’une librairie, du livre dans un casier de centre aéré, du livre numérique, du livre accouché et élevé par l’éditeur-nounou.
Ces histoires sont drôles ou touchantes, elles font du livre un personnage attachant, et les illustrations d’Hélène Humbert sont parfaites, colorées, joyeuses, vibrantes.

Mo

Mo
Julia Billet, Simon Bailly
Editions du pourquoi pas ? 2015

Mo a un seul défaut

Par Maryse Vuillermet

Magnifique histoire ! C’est celle de Mo,  gardien d’immeuble,  qui a toutes les qualités, gentillesse, créativité et sait tout faire, réparer, aider, régler les problèmes avec les jeunes en douceur, créer un jardin collectif, et surtout créer des liens entre les habitants. Beaucoup sont venus d’ailleurs Portugal, Europe de l’est, Maghreb, même Asie, mais Mo arrive à les faire vivre heureux tous ensemble. « On pourrait presque croire au bonheur. Malgré quelques râleurs, ce bout de terre abolit les frontières. »
Il n’a qu’un seul défaut, il laisse traîner les papiers, ne rédige pas les comptes-rendus, accumule les factures, bref,  déteste la paperasse. Un jour, au jardin collectif, l’institutrice lui demande d’écrire le nom d’une plante sur une ardoise, il se sauve en courant.
Quelqu’un, le mari de l’institutrice,  a compris, et intelligemment et gentiment a trouvé le moyen de l’aider. Depuis,  Mo n’est plus seul avec son secret et du coup, le poids de ce secret n’est plus aussi lourd et même, son problème honteux peu à peu se résout. « Mo est plus léger et plus libre »
Cette phrase, bien sûr, pourrait s’appliquer facilement à toute personne qui fréquente les livres. Ce que suggère la dernière illustration où les livres circulent de main en main.

J’ai beaucoup aimé aussi les illustrations tendres et très discrètement métaphoriques, avec leurs couleurs pastel, où Mo est partout, reconnaissable à ses bretelles et à son béret mais presqu’invisible tant il est au milieu des autres. Il est aussi presqu’invisible au milieu des montagnes de papier qui l’effraient jusqu’à ce qu’une porte s’ouvre dans les murailles de paperasse.

La princesse au bois se cachait

La princesse au bois se cachait
Dedieu
Seuil Jeunesse, 2018

Choix et sacrifice tragiques

Par Maryse Vuillermet

La famille royale est heureuse, Alaric et Hilda, deux jumeaux sont nés et font son bonheur.
Mais Alaric, le garçon tombe malade, aucun remède n’est efficace. La Reine se résout à aller consulter la sorcière dans le bois. Celle-ci accepte de fournir un remède en échange de la princesse, car elle-même n’a pas d’enfant. La reine,  désespérée,  accepte pour sauver son fils ce terrible sacrifice : Deux enfants vivants mais séparés ou la mort de l’un deux »
Hilda est élevée dans les bois, la sorcière lui transmet le don de se transformer en animal, elle devient une vraie fille de la forêt.
Alaric devient un grand chasseur.
Un jour, inévitablement, ils se rencontrent en forêt, ils se reconnaissent mais Hilda doit le fuir.

Un texte magnifique élégant et tragique comme un conte très ancien poli par les ans et les versions successives.
Les illustrations en noir, or et rouge pour le sang et la mort, lui confèrent grâce et tragique. C’est aussi une méditation sur le choix et le sacrifice.

Parler avec les arbres

Parler avec les arbres
Sara Donati
Le Rouergue, 2018

Comment parler et vivre avec les arbres

Par Maryse Vuillermet

Un petit personnage s’approche d’un arbre, le salue, le touche, découvre son odeur, les dessins de son tronc, compare avec les dessins de ses doigts, il fait corps avec lui, ressent ses racines dans la terre, entre dans sa ramure, devient un écureuil, un oiseau.
C’est une communication de tous les sens avec l’arbre, son univers et sa puissance.
Puis,  le petit bonhomme rentre à la maison.
Les aquarelles (aqualines plus exactement) qui accompagnent le texte créent un univers flou, transparent, perméable et doux comme la relation entre l’enfant et l’arbre.
C’est un album pour se sentir vivant.
Une formule à retenir « Un arbre, c’est bien plus qu’une chaise, c’est du bois qui vit. »

Zette et Zotte à l’uzine

Zette et Zotte à l’uzine
Marion Brunet, Ill. Fabienne Cinquin
L’atelier du poisson soluble 2018,

L a vie en usine et le conflit social expliqué à hauteur d’enfants

Par Maryse Vuillermet

Zette et Zotte, deux soeurs « zouvrilleuses » c’est-à-dire ouvrières, travaillent dans une fabrique de luxe pour un tout petit salaire.
Dans un langage amusant fait de mots-valises ou d’expressions détournées, l’auteure nous fait ressentir leurs dures conditions de vie et de travail. « Elles gagnaient des miettes et quelques légumes », « Vaut mieux faire des zeurs-sop pour gagner du beurre dans les zépinards »
Puis elle nous présente, le déroulement d’un conflit social, la grève, l’occupation de l’usine,  l’intervention de la police, et surtout les différentes positions politiques, Zotte est pour la lutte individuelle, les heures sup, la promotion interne, elle devient « sous-sous-sous chef », Zette est pour l’action collective.
Zotte, à l’heure de la délocalisation,  a perdu comme les autres, elle est renvoyée, mais les ouvrières réussissent à sauver leurs machines et,  grâce à la lutte collective, elles s’organisent pour reprendre la production mais, cette fois, elles produiront des habits beaux et simples. On pense aux ouvrières de Lip et encore plus près de nous, à celles de Lejaby.
Une belle histoire, une leçon généreuse : « On décide toutes ensemble et on partage tout. Sinon ça recommence. »
Les illustrations de Fabienne Cinquin faites d’encre de Chine, et de collages très colorés participent de cette atmosphère bon enfant, inventive et très pédagogique, elles sont drôles, et envoient des clins d’œil pleins de verve et d’humour, l’usine s’appelle « Job », la nouvelle marque « lezabits » (Cf Lejaby) .
Une réussite.

Titan noir

Titan Noir
Florence Aubry
Rouergue, 2018

Cet été, n’allez pas dans un parc océanographique

Par Maryse Vuillermet

Elfie trouve un job d’été dans un parc océanographique. Très vite, on lui propose une formation puis un job de dresseuse d’orque, elle en est fière et heureuse, on lui confie l’orque Titan noir, et elle croit qu’ils sont amis tant la relation entre elle et l’animal lui semble forte. Elle pense aussi que dans ce parc, les animaux sont bien soignés et heureux.
Mais peu à peu la réalité, très noire apparait, les animaux sont affamés et maltraités, utilisés pour la reproduction et l’argent, les dresseurs sont peu formés, le turn over est important.
Un autre récit en parallèle du premier, écrit sur papier noir et mené par un mystérieux personnage qui semble si proche de Titan qu’il peut ressentir ses émotions et nous les communiquer, nous amène à découvrir peu à peu le passé de Titan noir, l’histoire de ce qu’il a vécu et fait depuis sa capture et c’est à glacer le sang.
Vous ne pourrez plus jamais aller dans un parc animalier après cette lecture et c’est tant mieux, et vous comprendrez le dernier arrêté de Ségolène Royal avant de quitter son ministère qui fut d’interdire la reproduction des grands cétacés en captivité.
Ce roman est inspiré de l’histoire vraie de l’orque tueuse Tilikum et aborde un thème qui alerte de plus en plus, la souffrance animale, leur caractère sociable, leur intelligence de groupe, leur relation avec l’homme, et cela sans aller jusqu’aux positions extrêmes des spé- cistes.