Les Fils argentés de Maman

Les Fils argentés de Maman
Gwénola Morizur – Fanny Montgermont
Editions du Ricochet 2026

Quand l’hiver qui s’apprête/ A commencé à neiger sur sa tête…

Par Michel Driol

Le narrateur, un jeune garçon, qui aime à se blottir dans les cheveux de sa mère, y aperçoit un jour des fils argentés. Des fils qui brillent au soleil, et qui le conduisent à lui demander d’où viennent ces nouvelles couleurs. C’est alors qu’elle lui explique que son corps garde trace de tous les petits malheurs et bonheurs qui lui sont arrivés.

Rares sont les albums jeunesse qui abordent le thème du vieillissement du corps. Celui-ci le fait à travers la relation d’un enfant et de sa mère, avec tendresse, et surtout en célébrant ce vieillissement non comme une perte de quelque chose, mais comme un enrichissement. De nouvelles teintes dans les cheveux, des plis autour des yeux qui permettent d’imaginer d’autres histoires. Le texte, qui fait la part belle aux propos de la mère, qui raconte, explique, à partir de faits concrets, quelques épisodes marquants de sa vie, est d’une subtile poésie. Poésie du quotidien, des petits riens, mais une poésie qui relie le présent au temps qui a passé, sans nostalgie, et à la nature. Les cheveux deviendront nid pour les oiseaux. Poésie du regard plein d’admiration et d’amour de l’enfant, qui transmute sa mère, ses cheveux, ses rides à travers de nombreuses images et métaphores. Ainsi l’album se fait éloge sans mièvrerie de toutes les mères, éloge aussi de l’amour maternel comme lien d’une force merveilleuse. Les illustrations, sur deux pages, montrent cette complicité entre les deux personnages, dans des teintes pastel pleines de douceur et de sérénité, situant les deux personnages dans un printemps éternel, celui de la jeunesse.

Un album contemplatif, qui propose un hommage aux mères plein de douceur,  qui inscrit le vieillissement du corps dans un processus naturel où se lit l’histoire individuelle.

La Promesse d’Aimé

La Promesse d’Aimé
Michel Rius – Zad
Utopique 2026

Ouvrez la cage aux oiseaux….

Par Michel Driol

Le héros est un jeune castor, aimé de ses parents, surprotégé par sa mère qui s’inquiète de le voir loin d’elle. Après une escapade dans la rivière, folle d’inquiétude, elle lui fait promettre de ne jamais recommencer. Mais le jeune castor dépérit peu à peu, en dépit de la bonne nourriture, des soins, et des médicaments.

Avec beaucoup d’empathie et de tendresse pour ses personnages, l’album expose ces sentiments, ces désirs contradictoires en anthropomorphisant une famille de castors, montrés, dans le texte et les illustrations, comme une famille très humaine, ayant attendu longtemps un enfant désiré, vivant dans une vraie hutte, vêtus de robes ou de pulls (de Noël), tricotant ou tressant un panier. Une famille peut-être un brin stéréotypée, avec une mère au foyer et un père au dehors, pêcheur, désireux d’emmener son fils avec lui…  L’album s’inscrit dans une temporalité symbolique, bien portée par les illustrations. C’est en été qu’Aimé s’échappe pour explorer la rivière, c’est en automne qu’il commence à dépérir, c’est en hiver que sa mère s’ouvre à ses amies de son incompréhension quant à la santé de son fils, c’est au printemps qu’un nouveau pacte lie la famille.

La narration est conduite à partir de petites scènes, illustrées en doubles pages très colorées et très expressives. On suit le point de vue d’Aimé, son ennui, son désir d’explorer le monde, son besoin de liberté, sa découverte de la détresse de sa mère quand elle l’a perdu. On est dans ses pensées, jamais dans ses paroles au discours direct, alors que l’on entend les propos de ses parents. C’est bien une façon de mettre cet enfant au centre de l’album, comme une figure de ses jeunes lecteurs. On peut toutefois se demander à qui s’adresse cet ouvrage. Sans doute à la fois aux parents et aux enfants. Aux enfants certes, qui ont du mal à comprendre pourquoi les parents leurs interdisent de faire leurs propres expériences, et s’inquiètent pour pas grand-chose. Mais aux parents aussi, qui ont du mal à comprendre qu’aimer, éduquer, c’est apprendre à être autonome, à voler de ses propres ailes, comme le jeune rouge-gorge qu’Aimé observe.

Un nouvel album de la collection Bisous de famille, qui continue d’explorer des situations quotidiennes et les émotions partagées… ou pas… au sein de la famille, pour questionner ici les formes de l’amour et les limites entre aimer et étouffer… .

Maman Houtuva ?

Maman Houtuva ?
Vincent Malone, Soledad Bravi
Seuil, 2013

Cetalire !

Par Christine Moulin

9782021099256A la question récurrente, voire obsédante, qu’ont connue toutes les mères qui travaillent, et dont toutes les variantes sont envisagées, ce livre fournit des réponses très drôles. Il ne faut pas se laisser tromper par son apparence matérielle: les pages en carton très épais laissent à penser que ce sont plutôt les tout-petits les destinataires. Or, il n’en est rien: ce sont les grands, voire les adultes, que ce livre peut ravir par le jeu (qu’un Alain Le Saux a popularisé) sur sens propre et sens figuré, mais aussi sur les homonymes. Jeu qui, toujours, fait sourire, qui, parfois, fait rire aux éclats (qui n’a pas, dans sa vie, « lancé une machine »?) et qui, de temps en temps, dédramatise des situations plus graves: c’est ainsi que les expressions « mettre le grappin sur ton père » et « recoller les morceaux » se retrouvent judicieusement l’une en face de l’autre et que même la maladie d’Alzheimer est envisagée sous un angle humoristique (quand on voit une vieille dame courir après la boule qu’elle a perdue…).

Finalement, bien plus que certains livres qui se veulent féministes, cet album défend les femmes, campées dans leur diversité, de façon à la fois cocasse et tendre par Soledad Brami, et il rend hommage à leur courage, à leur dynamisme, à leur volonté de défendre les valeurs vraies, au milieu du tourbillon qu’est leur vie.

 

 

Ma première nuit ailleurs

Ma première nuit ailleurs
Chiaki Okada, Ko Okada
Seuil jeunesse, 2012

L’apprentissage de la séparation

Par Caroline Scandale

Un petit lapin s’apprête à vivre sa première nuit loin de sa maman. Il serre fort son doudou crocodile. Triste et angoissé, il ne trouve pas le sommeil. Le lendemain matin, il songe à sa maman qui lui manque. Heureusement ce malaise ne dure pas longtemps car la petite fille qui l’héberge est adorable avec lui. Elle s’évertue à lui redonner le sourire avec une infinie tendresse. Au fil de l’histoire ils s’apprivoisent et tissent des liens d’amitié. A la fin du petit séjour, lorsque sa maman vient le chercher, Haruchan a le cœur gros. Bien sûr ils se reverront bientôt…
Les couleurs de cet album sont pâles, et ses dessins crayonnés, empreints de sobriété et de délicatesse. L’ombre de la couverture cède rapidement sa place à la lumière. Après la tristesse et l’angoisse, revient le temps de la gaité et du partage.
L’histoire et les illustrations se marient élégamment et mettent en scène de nombreuses thématiques propres à la petite enfance, notamment celle de la séparation mère/enfant nécessaire et salvatrice, celle du doudou, objet transitionnel par excellence et l’amitié comme moyen de dé-fusionner. Dès 3 ans.