Rosa la goresse

Rosa la goresse
Sylvie Ferrero, Rillust
Sarbacane, 2026

Mots tordus

Par Anne-Marie Mercier

Rosa est une ogresse. Elles se nourrit de bêtes poilues et pas d’enfants, trop propres à son goût. Mais ce régime trop carné la rend malade. Son amie la fourmi la conseille : en suivant ses conseils, elle devient végétarienne, puis ne mange que du poisson, puis (son amie ayant le dos tourné) que des bonbons.
La morale est claire et définitive, il faut manger de tout en quantité raisonnable  (et avoir une activité physique).
Ce propos bien convenu n’a pas beaucoup d’intérêt autre que moralisateur. Il est rendu lisible par une expression qui frise illisibilité : les mots sont tordus (goresse pour ogresse, pranger pour manger, agnégnées pour araignées, yande pour viande, etc.). Les illustrations à grands  traits, les couleurs un peu criardes (rose, orangé, vert… et les formes caricaturales illustrent bien le propos.

L’Homme du jardin

L’Homme du jardin
Xavier-Laurent Petit
L’école des loisirs, 2016

Peurs, terreur et terrorisme

Par Anne-Marie Mercier

Amélie, dite Mélie, 13 ans, orpheline de mère, est grosse et vit dans la solitude des exclus des cercles de l’amitié scolaire. Elle est grosse parce qu’elle a peur. Elle a peur parce qu’elle est seule : son père, médecin, travaille de nuit aux urgences, et parfois les week-ends. La nuit, incapable de s’endormir à cause des multiples bruits de la grande maison vide, elle allume toutes les lumières, la télévision, la radio, et elle vide le frigo. Tout cela, jusqu’au jour – ou plutôt la nuit – où elle entend de « vrais » bruits dans le jardin et trouve au matin le corps d’un homme couché dans l’herbe.

La suite (qu’on ne dévoilera pas) relève du thriller mais aussi du roman psychologique : Amélie découvre, en vivant des peurs véritables, l’origine de ses peurs imaginaires et de son vide intérieur. Les personnages sont forts, même lorsqu’ils sont à peine esquissés, et leurs contradictions sont notées sans manichéisme ; les rares dialogues sont percutants. Le récit, écrit à la première personne, est efficace, intéressant, sans surcharge et sans pathos ; il avance en livrant pas-à-pas des indices ; tout cela fait une belle machine romanesque.