Je déteste tout !

Je déteste tout !
Sophy Henn
Saltimbanque éditions

Allô Maman, bonbons…

Par Anne-Marie Mercier

On pourrait penser (avec raison) que cet album est moralisateur, puisqu’il vise à dénoncer le nihilisme de certains enfants irascibles. En effet l’un des personnages répète les mots du titre avec des variations, mais sera bien obligé de convenir qu’il aime certaines personnes (son interlocuteur), certaines choses (les bonbons), certaines activités (se déguiser), pour ajouter « je déteste tout le reste ». Enfin, à bout d’arguments, il finira par convenir qu’il a oublié les raisons de sa mauvaise humeur et qu’en réalité il aime tout… ou presque. Ouf !
L’attrait de cet album est ailleurs : dans les expressions comiques données à ces deux petites formes (des fantômes), dans l’accumulation des plaisirs évoqués (un peu conventionnels, mais soit : le football, les gâteaux, sa maman ­ ­– jolie représentation d’une maman stéréotypée mais en fantôme –, et, comble de la mièvrerie en littérature de jeunesse, les bébés lapins.).
Les couleurs vives, l’exagération des propos et le jeu sur les tailles de caractère en feront un moment joyeux de lecture partagée. L’essentiel, et ce que les enfants retiendront sans doute, n’est pas la leçon mais le plaisir de l’outrance et du renversement.

Pour un propos plus radical, on peut revenir à l’album de Martha Alexander, Tant pis pour ma vilaine maman, Anthracite, publié chez Duculot en 1981.

Dis tu dors ?

Dis tu dors ?
Sophie Blackall
Traduit de l’anglais
Didier, 2013

Je t’interroge, donc je suis

Par Dominique Perrin

disUn très jeune enfant couché près de sa mère l’entraîne dans un cycle de questions au milieu de la nuit : « Maman, tu dors ?… Pourquoi tu dors ? » L’accable-t-il ? Non, car l’interlocutrice accepte toutes les questions avec une socratique mansuétude. Ainsi la nuit se passe en une longue conversation alliant prosaïsme et profondeur, tandis qu’un petit bonhomme-éléphant tourne sur lui-même en coin de chaque page de texte, évoquant comme en apesanteur la volte rapide et lente de la Terre et celle d’un esprit en formation. C’est la force et le charme de cet album, qui joue de façon fine sur différents modes de représentation du dialogue parlé (par tirets et par bulles) : il met tranquillement en scène la souveraineté de la parole interrogative dans la structuration de la psyché humaine.