L’Imagier des sens

L’Imagier des sens
Anne Crausaz
Askip, 2023

Le monde des sens, le sens du monde

Par Anne-Marie Mercier

Les albums d’Anne Crausaz ont souvent quelque chose de méditatif, au-delà de leur aspect documentaire, comme L’oiseau sur la branche, ou Quel est ce légume ? C’est encore plus vrai ici : l’imagier, au lieu de n’être qu’une série de vignettes montrant des objets, cherche à saisir l’insaisissable, autrement dit les sensations, comme le titre l’indique, mais aussi plus subtilement, les émotions que chacun/e peut éprouver avec ces évocations. Le texte se contente de nommer les choses et les situations, l’émotion naît silencieusement dans chaque lecteur par associations avec ses propres souvenirs.
Cette exploration se fait en sollicitant les cinq sens à travers les quatre éléments : de l’air, on cherche à saisir son odeur, sa consistance, ses manifestations sonores,  la sensation du vent (toucher, odorat, ouïe…). De l’eau, on guette les différentes formes (pluie, neige, lac…).  De la terre, on a retenu la lenteur de la germination, l’odeur après la pluie, le sable chaud, les jeux. Du feu on découvre aussi bien une allumette qu’un volcan (superbes images nocturnes) ou une cuisson d’épis de maïs sur un feu de camp.
Tout est beau et invite à l’évocation ou à la méditation.

 

Le Creux de ma main

Le Creux de ma main
Laetitia Bourget, Alice Gravier
Sarbacane (Sarbabb), 2024

Expériences sensibles

Par Anne-Marie Mercier

Les éditions Sarbacane publient une collection pour les plus petit, nommée « Sarbabb ». Ses petits albums, carrés et cartonnés proposent aux tout petits des expériences sensibles à leur portée ou des histoires aux thèmes et aux rythmes adaptés.
« Dans le creux de ma main j’ai recueilli… » L’album énumère ce qu’un enfant peut saisir ou plutôt accueillir dans sa main : un flocon de neige, un oiseau blessé, un têtard, de l’eau, une luciole, un coquillage, de la farine…, toutes choses légères et délicates, jusqu’au bébé nouveau-né de la dernière page. Chaque chose apporte une connaissance : le temps qui passe, la croissance des plantes et des animaux, le savoir-faire de la pâtissière, le début d’une collection…
À chaque page de gauche, montrant sur fond blanc la fillette en action, correspond, à droite, l’animal enfui, le flocon fondu, la collection…, dans une image à fond perdu remplie de couleurs et de formes, jusqu’à la dernière double page qui présente une seule image, réunissant la fillette et le bébé. L’enfant qui tient ce livre est lui-même invité à se saisir de ces formes et de ces expériences.

Mille choses à faire par tous les temps

Mille choses à faire par tous les temps
Fiona Danks, Jo Schofield
Gallimard, 2013

Créer dehors

Par Dominique Perrin

1000Que l’hiver (le printemps, et l’automne) soient givrants ou boueux, les lecteurs du continent ont certainement à apprendre d’un art britannique de cueillir le jour par tous les temps. Ce guide d’activités extérieures ludiques et artistiques peut passer pour l’un des joyaux nécessaires d’une bibliothèque enfantine ouverte sur le monde – en l’occurrence, celui des éléments. L’air, l’eau, la terre, et, au bord de quelques pages, le feu sont ici donnés à fréquenter et mettre en forme dans tous leurs états, d’une manière à tout le moins inventive et fantaisiste, et pour tout dire jubilatoire dès la simple lecture grâce à de nombreuses photographies de réalisations. Que le lecteur français, civilisationnellement empreint de bonnes manières, puisse rester ici et là abasourdi par certaines propositions touchant aux mille façons de réapprivoiser la boue, n’ôte aucun charme à ce guide par ailleurs prudent, et somme toute révolutionnaire…