Série « Little Eyes »

Série « Little Eyes »
Premiers regards. Premières images
A la rencontre des couleurs
Jouons avec les couleurs
Katsumi Komagata
(Les grandes personnes), 2026

Grand art pour tout petits

Par Anne-Marie Mercier

Ces titres font partie de la collection « Little Eyes » et forment le premier ensemble (sur quatre, réalisées par Katsumi Komagata entre 1990 et 1993). Il est intitulé « Voir, sentir, jouer » : tout un programme pour l’éveil du tout petit enfant. Dans le livret, on peut lire un texte de Komagata traduit du japonais dans lequel il raconte comment l’idée de cette série lui est venue, en observant le développement de son propre enfant : « les bébés ne distinguent pas encore clairement les couleurs et réagissent davantage à des formes simples et très contrastées ». Les livrets illustrent cette réflexion. Ils sont aussi très maniables: ce ne sont pas des livres reliés, mais des cartes de format carré pliées en trois, réalisées avec un carton solide et cependant léger afin que l’enfant puisse les saisir et les manipuler.
Le premier est très sobre : du noir et blanc, des formes, tantôt en noir sur fond blanc, tantôt en blanc sur fond noir. Chaque forme se découvre à travers un rabat puis en entier. Les surprises s’accumulent: on croit avoir compris un dispositif répétitif, et puis la variété et le décalage s’installent: pour en saisir toute la subtilité, le mieux est de regarder sur youtube le dépliage de la première de ces petites merveilles, puis de la deuxième, puis de la troisième. On imagine le rire qui peut venir de ces surprises.
Même principe pour le deuxième opus : on trouve, dans un coffret de mêmes dimensions, encore des petits livrets de trois cartes pliées comportant des découpes. Mais ici les couleurs sont très présentes, éclatantes, et les formes encore plus variées, elles glissent d’un coin de la page à l’autre : tout s’anime. Le troisième multiplie les approches et la complexité associée à la répétition est déjà le début d’une histoire…
Voila de merveilleux livres d’artistes pour les tout petits, des livres faits, selon l’auteur, « pour faire sentir l’air, le temps, l’espace ».
Diffusés par l’association « les trois ourses », ils étaient introuvables depuis quelques années. Les revoilà, grâce aux grandes personnes que l’on remercie ! On peut voir le détail des livrets sur le site de l’éditeur :
Premiers regards. Premières images
A la rencontre des couleurs
Jouons avec les couleurs 
Et compléter avec le site des trois ourses qui vous racontera son histoire. Merci les trois ourses !

 

 

 

L’Imagier de Mimi Cracra

L’Imagier de Mimi Cracra
Agnès Rosenstiehl
Seuil jeunesse, 2026

Images sauvages pour mots sages

par Anne-Marie Mercier

Comme dans tout imaginer, on trouve des images face à des mots ; le dispositif est classique. La page de gauche présente l’image d’un objet avec son nom écrit en écriture cursive. Sur la page de droite on voit une scène dans laquelle Mimi cracra utilise cet objet dans un cadre stylisé.

On trouve les choses habituelles. Ainsi, au chapitre des jouets, on commence avec nounours, la dînette, le lit pour nounours, etc. On poursuit avec « les bêtes », « la cuisine », « manger », « cueillir », « la mer », « le bain », « la fête ». Ainsi, le quotidien des enfants est abordé sans qu’on se limite à un cadre trop restreint et trop enfermé. Les objets sont montrés en action et même en interaction avec la petite fille : le monde est une chose à saisir et à agir.
Et Mimi-Cracra étant telle que son autrice l’a créée, beaucoup d’objets sont détournés ou utilisés de manière fantaisiste. Toutes les scènes impliquant de l’eau sont pleines d’éclaboussures ; la carotte sert à décorer le bonhomme de neige ; on fait de la trottinette en s’asseyant dessus ; la crème solaire est d’abord pour nounours ; le T-shirt (écrit « ticheurte ») sert à illustrer une scène de lessive sauvage. On colorie les tennis avec la boîte de peinture… et on peint avec le bout de sa tresse quand on a pas de pinceau… Enfin, les adultes sont absents, comme d’habitude dans cette série.
On retrouve avec plaisir le charme des dessins, les couleurs franches et la ligne claire bien nette qui ont fait son succès. C’est un imagier, dynamique, inventif, drôle, tendre, un catalogue parfait d’enfance et de petits bonheurs.

 

 

 

Je suis là pour toi

Je suis là pour toi
Parapaboom [Vanessa Branchi]
Amaterra, 2026

Tout ira bien

Par Anne-Marie Mercier

Dans cet album cartonné pour les tout petits, toutes sortes de personnages se font du souci : un robot en panne, une femme en retard pour prendre son train, un marin perdu dans la nuit, un fantôme dans un grenier trop poussiéreux…Il suffit de relever la demi page qui forme rabat pour trouver la résolution de chacun des problèmes : arrive un réparateur, un chauffeur, la lune, des nettoyeurs… Chacun apporte assistance, en répétant la formule du titre. Dans les dernières pages c’est un l’enfant qui a peur du noir et qui voit ses deux parents se pencher au-dessus de son lit avec la même formule, revue : « nous serons toujours là pour toi ».
C’est répétitif et sans doute rassurant, simple en tout cas. Avec le dispositif de rabat, les illustrations font l’originalité de l’ouvrage. Très colorées, elles associent des formes géométriques faisant penser à un univers de playmobil et sont représentatives du style de Paraboom, tel que le décrit Ricochet:« Inspiré par le mouvement artistique futuriste du début du XXe siècle et imprégné d’une esthétique publicitaire vintage, le monde coloré de Vanessa est fait de formes géométriques et de couleurs riches, rempli de personnages joyeux. Ces illustrations sont ludiques et rythmées. »

Le Presque Dernier Dinosaure

Le Presque Dernier Dinosaure
Barroux
Seuil jeunesse, 2025

L’ancêtre d’Elmer

Par Anne-Marie Mercier

L’album de Barroux présente ce qui pourrait être les derniers jours du dernier des dinosaures. On le voit se promener dans les feuillages, discuter avec des oiseaux, se faire rincer par la pluie, grelotter de froid… Sa solitude n’a rien de triste.
Le corps du dinosaure, juste tracé et répété à l’identique de page en page, varie : rayé par la pluie, entouré de brouillard ou de nuit, incliné… Ce corps apparait aussi comme ce qui enveloppe un squelette. Il peut aussi devenir bleu de froid, rouge à pois (à cause des piqures de moustiques), rayé les jours de fête… Il ressemble un peu à l’éléphant Elmer avec ses couleurs variables. Ainsi, l’album est autant un jeu graphique qu’une histoire pour les  petits (c’est un album cartonné).
Finalement, on voit Dino se dédoubler, avec l’apparition d’un autre lui-même : même silhouette, même taille, couleur différente. Dino 1 et 2 se multiplient ensuite, avec des petites silhouettes identiques mais réduites, fondant une famille très nombreuse. Voilà que les dinos pullulent alors, faisant mentir l’extinction annoncée.
Ainsi, l’art reconstruit ce qui s’effondre et la vie demeure quand elle s’efface dans le réel. Belle leçon, merci Barroux !

 

Histoires toutes bêtes, Service Premium

Histoires toutes bêtes
Antonin Louchard
Seuil jeunesse, 2025

Service Premium
Antonin Louchard
Seuil jeunesse, 2025

Bêtes obstinées

Par Anne-Marie Mercier

Antonin Louchard est le maitre de l’absurde enfantin. Dans ce recueil de six petites histoires présentant les mêmes personnages, animaux parlants, à peine anthropomorphisés, on voit des situations catastrophiques qui se terminent pour la plupart en queue de poisson.
Dans « Je veux voler » un oisillon sur une branche appelle le grand oiseau qui vole au-dessus de lui et qu’il nomme « papa » pour qu’il lui apprenne à voler : appels, énervement, plaintes, menaces… rien n’y fait, jusqu’au moment où à force de s’agiter l’oisillon tombe… et adapte sa stratégie.
Dans « Je suis un lion », un petit canard qui se prend pour un lion rencontre un crocodile : « tu sais que tu joues avec ta vie », lui dit-il… On ne dira pas la fin, étonnante et hilarante (mais personne n’est mangé !).
Dans « Supercagoule », une poulette qui marche dans un bois enneigé, portant bien à contrecœur une cagoule tricotée rouge (et qui gratte) et des lunettes, rencontre un loup qui veut la manger : qui gagnera ? la poule, bien sûr.
Dans « Patate », un chien (appelé Patate) refuse de rapporter la balle, le maitre s’énerve, créant le chaos, le chien reste stoïque, à un détail près.
Le « Répétou » est un cauchemar que bien des enfants connaissent et pratiquent : chaque fois qu’on lui parle, il répète les derniers mots… et c’est contagieux.
Quant à l’histoire de Cui-cui le petit chien, elle présente le cas d’un chien qui ne sait plus aboyer et ne peut dire que « cui-cui », jusqu’à ce qu’on l’emmène chez un orthophoniste pour animaux où il retrouve d’autres espèces minées par un problème similaire. Il sort guéri, enfin, presque…
Ces personnages animaux tout simples et ronds, la plupart du temps sans accessoires, ont du caractère et avancent sur une ligne et un décor simplissime dans les doubles pages, de la gauche vers la droite, bravement jusqu’au bout. C’est tout bête et d’une logique imparable.
Service Premium, dans le même format carré, reprend les mêmes personnages. Ceux-ci font la queue (on ignore pour quoi jusqu’à la dernière page) et empêchent le petit canard pressé et porteur d’un colis urgent de les doubler, caquetant sans fin d’idées reçues en phrases convenues. Coiffé d’une casquette rouge et portant un sac à dos et un mégaphone rouges, celui-ci, dont on découvre qu’il s’appelle Jean-Claude, révèle à la fin sa mission, cruciale pour ceux qui font la queue devant les toilettes… Un peu de scatologie fait toujours rire les enfants, et si l’on y ajoute de la comédie sociale et de l’absurde c’est encore mieux.

 

Bonjour Bébé

Bonjour Bébé
Marie Mirgaine
Les Fourmis rouges

Divin enfant

Par Anne-Marie Mercier

Dans ce joli petit album qui célèbre la venue d’un enfant, on retrouve certains aspects de l’album Kiki en promenade pour lequel Marie Mirgaine avait reçu le prix Opera Prima à Bologne en 2020 : collages, transparences, mélange de technique et de matériaux (papiers découpés, aquarelle, gouache…) et surtout dispositif de randonnée : un personnage-fleur surgit d’une grande fleur, coiffé de pétales mauves (beaux contrastes avec le vert de son bonnet et l’orangé de son costume) et il court. Il alerte des souris, Coline l’araignée, Frédéric le mille-pattes, un loir, l’escargot, les champignons… tous se rendent à sa suite, en file indienne, pour contempler le nouveau bébé merveilleux. Il est protégé par deux rabats; on le découvre en les soulevant et on le voit enfin, couché sur le sol et encadré d’une jolie variété de faune et de flore. Il ressemble à un poupon, bien potelé, couleur chocolat, avec un grand sourire et des yeux grand ouverts.
Il y a un peu de la légende des rois mages venus voir l’enfant de la crèche de Noël dans ce dispositif, et cela tombe bien, puisque Noël approche. Mais les visiteurs apportent à l’enfant en cadeau ce qu’ils sont : toutes les merveilles du monde vivant, en costume de cérémonie.

On peut se délecter de ces images en feuilletant les premières pages, sur le site de l’éditeur

 

Ma Peau

Ma Peau, le monde autour de moi
Cécile Roumiguière, Marion Duval
Seuil jeunesse, 2025

Tout un monde par la peau

Par Anne-Marie Mercier

Si l’on trouve de nombreux livres à toucher, proposant aux enfants des expériences tactiles avec des matières et des textures différentes, on songe rarement à leur faire verbaliser ce que le sens du toucher leur donne au quotidien : toucher son corps et le découvrir aussi par le langage en nommant ses différentes parties, sentir le chaud, l’humide, le poisseux, le froid, le rugueux, le lisse, le piquant. Ces expériences se font à travers toute sorte de situations quotidiennes : le bain, le coucher, la tartine, le pull qui gratte… et enfin les délices de l’automne (les bogues qui piquent) et de l’hiver.
Le duo d’autrice- illustratrice parcourt les cinq sens avec des petits albums carrés et cartonnés, parfaits pour les tout-petits, aux images simples, lisibles, et colorées tout en douceur pastel. Déjà paru : Mes yeux.

Allo le loup !

Allo le loup !
Pauline Martin
La Partie, 2025

Même pas peur ! … et au lit

Par Anne-Marie Mercier

A la fois récit rassurant pour ceux qui ont peur du loup (ou aiment en avoir peur) et rituel d’endormissement, voilà un « deux-un-un » bien calibré.
Pour le premier aspect, l’album s’ouvre sur une forêt noire de sapins stylisés sur fond de ciel nocturne dans lequel se découpe une bulle où se lit le hurlement du loup. Celui-ci apparait à la page suivante, silhouette noire sortant du bois… On retrouvera le même dispositif nocturne toutes les deux doubles pages, avec différentes situations (à bord d’un voilier, en vélo…) : le loup se rapproche peu à peu, jusqu’à sonner à la porte de la maison puis tenter d’y entrer par la cheminée…
Ce récit alterne avec l’autre série de doubles pages, très colorées, montrant le petit Léon chez lui, à table, dans son bain, sur son pot, avec sa maman ou son papa, puis couché avec ses doudous et expliquant chaque fois au loup, au téléphone, pourquoi celui-ci ne peut pas venir le voir à ce moment, tant il est occupé. L’album se clôt avec une image, toujours nocturne, du loup dans son lit, puis une double page reprenant la première et substituant aux hurlements du début les ronflements du loup endormi.
Que le téléphone avec fil représenté sur la couverture ait l’air assez vieillot d’aspect colle parfaitement à l’histoire :  il ressemble à un jouet plutôt qu’à un vrai téléphone, comme celui de la fin, plus proche cette fois du portable ; c’est donc bien un jeu. Tout l’ensemble est très mignon et doux,… même le loup qui semble perpétuellement sourire et a l’œil tout rond d’un étonné.

 

Pom Pom Pomme Amos

Pom Pom Pomme Amos
Anne Cortey, Janik Coat

Grasset jeunesse, 2024

Tout en rondeur

Par Anne-Marie Mercier

Pour les amateurs de la série des histoires d’Amos, cet album ajoute une jolie pierre à l’édifice délicat qui construit ce presque personnage : animal proche du lapin par ses oreilles, de la chouette par ses grands yeux, il a un corps potelé d’enfant au milieu duquel un joli nombril montre qu’il n’a ni plumes ni poils. De plus, sa tête est bleue, ses oreilles et son corps sont rouges… Amos est une incarnation d’enfance, il ressemble à un dessin d’enfant. Les formes sont justes esquissées, ou remplies aux crayons de couleur sur un papier à gros grain.
ici, nous voyons Amos dans une activité encore plus simple : il se réveille, il a faim, il prend son petit déjeuner (thé fruité et pommes), il va faire un tour. Tout cela est rythmé par une petite chanson (« pom pom »), mais aussi par la déclinaison des différentes couleurs de pommes (jaune, vert, rouge) et par l’envie de décrocher la grosse pomme jaune qui luit dans le ciel.
C’est mince mais charmant, sensible aux petits bonheurs et adapté aux tout petits. Les pages ne sont cependant pas cartonnées et l’album est de format assez grand pour suggérer une découverte avec un adulte.

 

Merci Soleil

Merci Soleil
Delphine Chedru
Sarbacane (sarbabb), 2024

De l’astre à la cerise : leçon de choses pour les petits

Par Anne-Marie Mercier

« Voici la terre. La terre tourne autour du soleil. Le soleil porte le jour… »
On aura reconnu le fameux jeu, souvent utilisé en poésie, du « marabout bout de ficelle », ou de la comptine « trois petits chats, chapeau de paille »…, ou, plus doctement, de l’anadiplose ou concaténation. Autrement dit, de fil en aiguille, de la terre au soleil, du soleil au jour, on passe aux plantes, fleurs et fruits qui aboutissent à l’objet important : la confiture sur la tartine.
C’est une belle idée pour faire saisir aux tout petits comment les bonnes choses qu’ils peuvent mettre en bouche sont issues de la nature entière. On peut ajouter aussi les mains anonymes au-dessus du chaudron où bout la confiture !
Les illustrations aux couleurs franches, associant primaires et complémentaires, les formes simples et les phrases courtes, les sourires gourmands, le format carré et cartonné, tout cela est parfait, et bien adapté aux tout petits.