Bernie c’est mon ours

Bernie c’est mon ours
Janik Koat
Hélium, 2019

Un ours à l’infini

Par Anne-Marie Mercier

Six petits livrets dans un joli coffret, qui, posés à plat, forment un puzzle permettant de reconstituer la figure de… Bernie.
Il est partout, sur toutes les doubles pages, en pleine page, seul sur les cinq premières, tantôt jouant à différents jeux (ballon, toboggan…) , tantôt se déplaçant de différentes façons (en vélo, en trottinette, en avion… tantôt se cachant, changeant de couleur, comptant jusqu’à cinq… la sixième double pagede chaque volume le montre avec son ami, celui qui peut dire « c’est mon ours ».
Magnifique graphisme, « pépite » sur les ours, avec un ours imperturbable (et pour cause), quelle que soit la situation où son ami le met.

Un petit bijou à mettre sur l’étagère des beaux albums sur les (noun-)ours, par exemple avec Nours de Christian Bruel et Nicole Claveloux.

Coucou

Coucou
Lucie Félix
Les Grandes personnes, 2018

Pépite!

Coucou est un album qui marque les esprits et qui fera sans doute date dans l’histoire du livre pour enfants par sa simplicité et son ingéniosité : c’est un livre-jeu, un album Leporello aux pages cartonnées évidées de formes différentes (ronds, carrés, parallélépipèdes divers, uniques ou pluriels) et couverts par des feuilles transparentes elles-mêmes couvertes de formes colorées diverses. Couleurs et lignes multiples permettent un jeu infini avec l’enfant : on peut lui faire « coucou » à travers le livre, il peut regarder à travers les pages, jouer avec les formes, superposer des pages…

C’est beau, doux, inventif, infini, et ça recommence toujours, comme un jeu de coucou/ caché dont on ne se lasse pas (et dont l’adulte risquera moins de se masser avant l’enfant).

Chut ! Il ne faut pas réveiller les petits lapins qui dorment

Chut ! Il ne faut pas réveiller les petits lapins qui dorment
Amélie Jackowski
Rouergue, 2019

Berceuse

Par Anne-Marie Mercier

Chut ! est un album cartonné et carré, qui évoque l’endormissement, des images floues, détachées, des formes, comme un rêve qui vient.  Il évoque pour les tout-petits la journée finie, celle qui se prépare, la tendresse et la douceur… Formes colorées, lisses ou à mettre en volume par l’imagination, tout cela forme un bel imagier nocturne : une belle idée.
Mais tout cela ne serait rien sans la matière sonore que porte le texte : chuchoté, il mâche les sons, les ch, les f, les p… (ceux des petits lapins…). Ainsi, « on sort le bol rond du lait frais de demain » égrène les ‘r’, et répartit des sonorités assourdies (des ‘o’ et ‘on’) en début de phrase, des sons plus ouverts en fin de phrase (les è et les ain) : la berceuse tient à la fois au repos de l’oeil sur des formes simples, à l’évocation de choses douces et à l’écoute de la musique de la voix.

Trio

Trio
Franc Bruneau, Ambrogio Sarfati, Camille Tartakowsky
Editions Dyozol, 2017

Géométries humaines

Par Anne-Marie Mercier

C’est l’histoire d’un… triangle. Il est bleu, il s’appelle Trio. Il vit dans un hexagone, avec ses parents, monsieur et madame Pythagore, qui viennent d’ailleurs. Son papa et sa maman, deux triangles bleus comme lui, l’aiment beaucoup. Mais voilà, les autres enfants sont plutôt ronds ; quelques-uns sont carrés. Et si Trio s’entend bien avec Carro (carré jaune) et Cyclo (rond jaune), ça ne va pas du tout avec Rondo « un grand rond revanchard » qui déclare : « on n’a pas besoin des ronds et des carrés dans la contrée aux six côtés ».
Au pays de la littérature de jeunesse, la raison et l’intelligence gagnent toujours : Trio démontre qu’on peut faire toutes sortes de figures en combinant les formes (des carrés et des formes presque rondes avec des triangles, etc.) mais aussi dessiner des arbres, toute une ville… La fin ressemble à un jeu de construction.
Partant d’une formule imitée de Petit Bleu et Petit Jaune de Léo Lionni, et de Petite Tache de Lionel Le Néouanic, les auteurs combinent le message de tolérance avec un jeu sur les formes et les couleurs très réjouissant.
Petit album cartonné, il permet une « lecture » à plusieurs niveaux, aussi bien pour les tout petits que pour les plus grands. Il propose une entrée dans les questions difficiles par les formes, les couleurs et la géométrie, une belle performance pour les éditions Dyozol.

On les découvre sur leur site (après les avoir vues au salon du livre pour la jeunesse de Saint-Paul-Trois Châteaux) :
« Les Éditions Dyozol, nouvelle maison d’édition jeunesse, vont publier à partir de janvier 2017 des livres d’artistes et d’écrivains jeunesse destinés dans un premier temps aux enfants de 0 à 9 ans.  L’ambition de l’équipe des Éditions Dyozol est de privilégier des thématiques contemporaines fortes et des formes qui incitent à l’échange entre l’enfant et l’adulte par un traitement poétique, ludique et implicite. »
On leur souhaite de continuer sur cette belle lancée !

 

 

Le caillou, Les fourmis, La feuille

Le Caillou, Les Fourmis, La Feuille
Julia Billet & Hélène Humbert
 Editions du Pourquoi pas?, 2017

 Trois découvertes de Mi et Ma

Par Chantal Magne-Ville

Une séduisante  trilogie destinée aux enfants de 3 ans, qui propose les aventures de deux curieux bonshommes, Mi et Ma,  constitués  de formes de couleurs vives,  portant  une esquisse de nez et  parfois  des jambes. Ma, la fille, patatoïde et jaune, arbore fièrement un nœud papillon et des patins à roulettes, tandis que Mi, rose et tout rond, porte un chapeau pointu.

Dans Le caillou, Mi réussit à surmonter un gros obstacle qui lui barre le passage, grâce à l’inventivité de Ma, qui propose toutes sortes de solutions et finit par dessiner  une échelle puis un toboggan. L’obstacle surmonté, ils  enjolivent le paysage avec le même pinceau. Le texte est à la fois très  minimaliste mais travaillé par un jeu d’assonances  tel que « le roc bouche en bloc tout le chemin». L’image  faite d’empreintes sur fond blanc  joue sur la taille des lettres, le format carré donne une force particulière aux cadrages qui impulsent un dynamisme contagieux.

La feuille raconte que Mi et Ma,  couchés dans le jardin, suivent des yeux une feuille morte qui ne se laisse pas apprivoiser.  Le texte se fait quasiment poétique, ose quelques rimes  pour défendre la liberté de la feuille, et mime ses envolées  avec des mises en espace très réussies, pour conclure que la nature a ses propres exigences qu’il convient de respecter.

Dans Les fourmis, cette fois ils observent les insectes joliment stylisés par trois petits points, mais voilà que les fourmis noires fuient devant la grosse fourmi rouge, si pareille et si différente. Là encore, le texte illustre la ressemblance entre les deux fourmis en grossissant les doubles consonnes, et en décrivant les conduites parallèles des fourmis tenues par Mi et Ma que l’amitié réunit à la fin.

Trois albums pleins de charme qui font découvrir les valeurs essentielles de tolérance et de liberté de façon légère et joyeuse.

Si gourmand – Si petit – Si curieux

Si gourmand
Florian Pigé
HongFei 2018

Si petit
Florian Pigé
HongFei 2018

Si curieux
Florian Pigé
HongFei 2018

Tendre trilogie

Par Michel Driol

Voici trois albums construits sur le même schéma. Dans Si gourmand un petit cacatoès avale tout ce qu’il trouve. S’il a les yeux plus gros que le ventre, il commet quelquefois des erreurs, mais il sait se faire pardonner, partager et faire grandir l’amitié. Dans Si petit, un petit girafon, presque invisible, explore le monde mais sait rentrer à la maison. S’il a besoin d’être rassuré, il sait aussi rassurer. Dans Si curieux, c’est une petite tortue qui part aussi explorer le monde dans toutes ses dimensions, à ses risques et périls parfois. Elle ne cesse de poser et de se poser des questions.

A partir de trois caractéristiques du tout petit, Florian Pigé entraine le lecteur dans un univers tendre et poétique, sans aucune mièvrerie. Chaque album est caractérisé aussi par une dominante de couleur et les illustrations, stylisées, très graphiques et pleines d’inventivité, donnent à voir ce que le texte – volontairement très simple – ne dit pas. Chaque album parle au tout petit : « Tu es… » et le montre dans quelques situations qui illustrent le comportement  évoqué avec humour.  Au fond, il s’agit de la même chose : l’élan vers l’inconnu, l’exploration du monde, par les déplacements, la bouche, les questions. Le tout-petit est autonome dans cette découverte du monde, mais, à chaque fois, un « grand » bienveillant est là, pour l’aider, l’accompagner, l’aimer. Le détour par les animaux permet à la fois l’humour et l’introduction de décalages inattendus : la tortue explorant le monde, à petits pas, forcément, le girafon minuscule, le cacatoès au grand bec.

Une trilogie pour offrir au tout-petit un portrait de lui-même, le conforter dans son envie de savoir, de gouter, de découvrir par lui-même, même si cela comporte des risques, tout en valorisant des qualités comme la générosité, le partage, l’amour… et la curiosité, qui n’est pas un vilain défaut !

 

 

La Rentrée de Pinpin

La Rentrée de Pinpin
He Zhihong
Seuil jeunesse, 2018

L’art du câlin chez les animaux

Par Anne-Marie Mercier

Pinpin le petit Pingouin, lors de son premier jour d’école (eh oui, les pingouins vont à l’école dans les albums…), a du vague à l’âme : ses camarades le consolent en lui donnant la recette contre le manque : penser aux gestes tendres de sa mère (ah, où sont les pères ?) qui l’une frotte sa joue contre la leur (l’ânon), l’autre lui caresse ou lèche les oreilles (la girafe), etc. Chacun sa manière, et Pinpin trouve les démonstrations en actes de ses camarades bien agréables.

L’intérêt de cet album peu réaliste tant sur la situation que sur la recette, réside dans les illustrations, merveilleuses aquarelles, à la fois belles et drôles, formant un premier bestiaire et répertoire de gestes pour les tout petits.

Le Bondivore géant


Le Bondivore géant
Julia Donaldson, Helen Oxenbury
Kaléidoscope, 2017

Les effets de la peur

Par Anne-Marie Mercier

Un lapin rentrant chez lui entend une voix sortir de son terrier qui s’exclame : « Je suis le Bondivore géant, aussi horrible que méchant ! il appelle à l’aide un chat, un ours, un éléphant, qui tous sont terrorisé par la même voix, qui décline toutes ses qualités : horrible, terrifiant, dangereux, haut… jusqu’à ce qu’une petite grenouille intervienne pour faire cesser la contagion de la panique et rappelle son petit bébé farceur qui fait la grosse voix.

Le texte joue sur des variations sur les mots qui désignent la peur, sur les comparaisons qui permettent de faire comprendre l’extraordinaire, tant au niveau des actions que des formes, tandis que le dessin met en scène les émotions (effroi, honte, inquiétude, surprise, hilarité) et le comique de la situation. Un joli classique à lire et relire.

Un Goûter sur la lune


Un Goûter sur la lune
Dorothée de Monfreid

L’école des loisirs (Loulou et cie), 2017

L’espace à portée de toutous ?

Par Anne-Marie Mercier

La bande des toutous de Dorothée de Monfreid expérimente tout : ici, il s’agit d’une ballade sur la lune, comme on irait pique-niquer au bois près de chez soi, il suffit d’avoir une fusée, des combinaisons spatiales en nombre suffisant, et voilà.

Néanmoins, le réel rattrape la fantaisie : les combinaisons ne sont pas forcément conçues pour des grands chiens, et enfin, comment manger son goûter alors qu’on porte un casque ? Moralité, on est aussi bien chez soi ! On aura pourtant fait un charmant voyage qui évoque un peu la polyphonie harmonieuse des Caroline de Pierre Probst.

Cabanes

Cabanes
Aurélien Débat
(Les Grandes personnes)

Les 15 petits cochons

Par Anne-Marie Mercier

L’histoire des trois petits cochons est célèbre, mais un peu courte : paille, bois, brique sont certes des matériaux de base, mais on aurait pu en trouver bien d’autres… Aurélien Débat imagine quinze configurations différentes avec de nouveaux matériaux : feuilles, rochers, blocs de glace.

Munis de ces « formes simples » qui sont autant de motifs qui se répartissent différemment sur chaque double page à fond blanc, les petits cochons font des choix divers : construire léger ou construire en dur ; faire un mur ou un pont ; construire pour soi seul ou à deux, pour jouer ou expérimenter, en hauteur ou en beauté… et le loup arrive ! que se passera-t-il ?

Ce jeu se joue à plusieurs niveaux. Il y a d’abord le jeu de l’histoire et de sa chute, celui des listes, des contraires ou des complémentaires. Et puis il y a un vrai jeu de construction, proposé en fin d’album par une planche de stickers à découper qui donne les éléments de bâti en plusieurs exemplaires et qui permet soit de reproduire les maisons des cochons, soit d’inventer à l’infini.

Cabanes a été offert à tous les enfants de la Nanterre pour Noël 2017.