Mais qui a fait ça ? Un jeu de Memory

Mais qui a fait ça ? Un jeu de Memory
Aidann Onn, Claudia Boldt (ill.)
(les grandes personnes), 2019.

Quand la petite taupe joue au memory

Par Anne-Marie Mercier

La fameuse petite taupe (de Werner Holzwarth et Rolf Erlbruch, Milan, 1999) a fait bien des émules : voici ses interrogations transposées dans un jeu. Les jeunes joueurs sont invité à tenter de reconnaître à quel animal appartiennent les déjections qui encombrent le chemin : pas facile… mais pédagogique : chaque rencontre d’animal donne lieu à un petit texte documentaire.
A part ça… c’est un memory : une fois l’identification faite, il faut trouver avec quelle carte apparier. On peut s’aider avec le livret joliment intitulé « Petites infos sur le popo. »
A l’âge où les enfants sont obsédés par tout ce qui relève de « ça », autrement dit, ici, de la scatologie, autant en faire un objet scientifique et un entrainement aux apprentissages, n’est-ce pas?
Encore que… Faut-il tout récupérer? les avis sont partagés.
Sportif et joliment illustré.

 

Faune et flore de l’été. Les Oiseaux du monde

Faune et flore de l’été
Clémentine Sourdais

Les Oiseaux du monde
Olivia Cosneau

Amaterra (« Mon cahier nature »), 2026

Documentaire interactif (et tout papier)

Par Anne-Marie Mercier

À mi-chemin entre le cahier d’activités (ou cahier dit « de vacances » pour faire travailler les enfants) et le documentaire, ces deux albums souples font partie d’une série plus vaste : on trouvera dans la même collection la mer, le potager, la montagne, etc. Le principe adopté est celui de la variété. On ne s’y ennuie jamais même si l’on est un enfant à l’attention dispersée : autocollants et coloriages pourront maintenir l’attention entre les brefs commentaires qui accompagnent les images. Un quiz final ajoute un petit défi.
Les scènes sont variées : bois et rivières, champs et savanes, petits et gros animaux, feuillages, arbres et fleurs, grands horizon et vision au ras des pâquerettes…
Les images de Clémentine Sourdais sont comme d’habitude superbes : harmonie des couleurs, netteté des traits. Les techniques mixtes des images d’Olivia Cosneau leur donnent beaucoup de relief. Dans les deux cas, la stylisation n’empêche pas la précision… On se régale en s’instruisant.
André Guenolée semble avoir conçu tous les albums de la collection, bien que seul le nom de l’illustratrice figure sur la couverture.

 

L’Imagier de Mimi Cracra

L’Imagier de Mimi Cracra
Agnès Rosenstiehl
Seuil jeunesse, 2026

Images sauvages pour mots sages

par Anne-Marie Mercier

Comme dans tout imaginer, on trouve des images face à des mots ; le dispositif est classique. La page de gauche présente l’image d’un objet avec son nom écrit en écriture cursive. Sur la page de droite on voit une scène dans laquelle Mimi cracra utilise cet objet dans un cadre stylisé.

On trouve les choses habituelles. Ainsi, au chapitre des jouets, on commence avec nounours, la dînette, le lit pour nounours, etc. On poursuit avec « les bêtes », « la cuisine », « manger », « cueillir », « la mer », « le bain », « la fête ». Ainsi, le quotidien des enfants est abordé sans qu’on se limite à un cadre trop restreint et trop enfermé. Les objets sont montrés en action et même en interaction avec la petite fille : le monde est une chose à saisir et à agir.
Et Mimi-Cracra étant telle que son autrice l’a créée, beaucoup d’objets sont détournés ou utilisés de manière fantaisiste. Toutes les scènes impliquant de l’eau sont pleines d’éclaboussures ; la carotte sert à décorer le bonhomme de neige ; on fait de la trottinette en s’asseyant dessus ; la crème solaire est d’abord pour nounours ; le T-shirt (écrit « ticheurte ») sert à illustrer une scène de lessive sauvage. On colorie les tennis avec la boîte de peinture… et on peint avec le bout de sa tresse quand on a pas de pinceau… Enfin, les adultes sont absents, comme d’habitude dans cette série.
On retrouve avec plaisir le charme des dessins, les couleurs franches et la ligne claire bien nette qui ont fait son succès. C’est un imagier, dynamique, inventif, drôle, tendre, un catalogue parfait d’enfance et de petits bonheurs.

 

 

 

Les nekomatas, Une année en compagnie d’une famille de yôkai chats

Les nekomatas, Une année en compagnie d’une famille de yôkai chats
Ayako Ishiguro, traduit du japonais par Alice Hureau
Le cosmographe, 2025

Ne réveillez pas le chat qui dort !

Par Lidia Filippini

Ce magnifique album d’Ayako Ishiguro est l’occasion de découvrir les nekomatas, ces êtres issus du folklore japonais, peu connus du public français. Au pays du Soleil-Levant, le chat est un animal ambivalent. Souvent associé à la mort, il est à la fois familier et effrayant. Le mythe des nekomatas, chats maléfiques à deux queues, trouve ses origines en Chine mais a très vite été intégré par la culture japonaise. Les nekomatas seraient de vieux chats domestiques ayant acquis le pouvoir de se transformer en puissants yôkais pour se venger des mauvais traitements subis pendant leur vie. Cruels et sans pitié, ils s’amuseraient à torturer les humains allant parfois jusqu’à les manger. On leur attribue également le pouvoir de ressusciter les morts.
Pas de malveillance ni de meurtres dans l’album de Ayako Ishiguro qui nous invite, au contraire, à rencontrer une famille de nekomatas dépourvue de méchanceté. Le lecteur suit cinq chatons kawaiis de leur naissance en février, quelques mois après le mariage de leurs parents, jusqu’à l’anniversaire de leur un an. C’est l’occasion de découvrir les fêtes traditionnelles qui jalonnent l’année au Japon. Chaque double-page correspond à un mois de l’année et met en scène les principaux évènements de la période : fête des poupées, fête des enfants, fête des étoiles, grande compétition sportive du mois d’octobre, cérémonie du nouvel an, etc.
Les illustrations, foisonnantes, fourmillent de détails et invitent le lecteur à prendre le temps de découvrir chaque page tranquillement. Elles sont conçues à la manière d’un imagier, avec le nom de certains éléments inscrit sur des étiquettes blanches. Les paroles des personnages apparaissent également, à la manière d’une BD cette fois, mais sans les phylactères. De ces illustrations se dégage beaucoup d’humour et aussi une grande douceur.
Pourtant, de l’avis de l’autrice, « [l]es nekomatas vivent comme les Japonais… mais pas tant que ça ». On trouve en effet dans leur monde des éléments farfelus et décalés, comme cette méduse électrique qui descend du ciel chaque année pour pondre et dont il ne faut pas toucher les bébés sous peine d’être électrocuté.
A la fin de l’album, un glossaire permet d’en apprendre plus sur la culture japonaise. On y trouve des informations aussi bien sur les fêtes que sur la nourriture, les vêtements ou les armes traditionnelles. Destiné par l’éditeur aux enfants à partir de trois ans, cet album peut donc être lu bien au-delà de cet âge.

 

 

 

Je suis là pour toi

Je suis là pour toi
Parapaboom [Vanessa Branchi]
Amaterra, 2026

Tout ira bien

Par Anne-Marie Mercier

Dans cet album cartonné pour les tout petits, toutes sortes de personnages se font du souci : un robot en panne, une femme en retard pour prendre son train, un marin perdu dans la nuit, un fantôme dans un grenier trop poussiéreux…Il suffit de relever la demi page qui forme rabat pour trouver la résolution de chacun des problèmes : arrive un réparateur, un chauffeur, la lune, des nettoyeurs… Chacun apporte assistance, en répétant la formule du titre. Dans les dernières pages c’est un l’enfant qui a peur du noir et qui voit ses deux parents se pencher au-dessus de son lit avec la même formule, revue : « nous serons toujours là pour toi ».
C’est répétitif et sans doute rassurant, simple en tout cas. Avec le dispositif de rabat, les illustrations font l’originalité de l’ouvrage. Très colorées, elles associent des formes géométriques faisant penser à un univers de playmobil et sont représentatives du style de Paraboom, tel que le décrit Ricochet:« Inspiré par le mouvement artistique futuriste du début du XXe siècle et imprégné d’une esthétique publicitaire vintage, le monde coloré de Vanessa est fait de formes géométriques et de couleurs riches, rempli de personnages joyeux. Ces illustrations sont ludiques et rythmées. »

Chez les 3 ours

Chez les 3 ours
Claire Brun
Gallimard jeunesse, 2025

Mais où est Boucle d’or ?

Par Anne-Marie Mercier

Dans ce joli objet en carton souple, coloré, où des images stylisées évoquent une maison et, comme il se doit, trois personnages de tailles différentes, on parcourt l’espace en soulevant des rabats, des « flaps », en actionnant des tirettes.  On parcourt d’abord la forêt, puis la maison elle-même : fenêtres, cuisine, salon, escalier, chambres de grand et moyen ours et de petit ours…
Toutes sortes d’objets qui meublent nos vies sont évoquées par le texte : on peut essayer de les nommer et de les retrouver à l’image, ou simplement savourer l’évocation de cet univers idéal, aux couleurs douces, bien organisé.
Mais à chaque étape se pose la question de savoir où est Boucle d’or : on la trouvera finalement, mais pas sous la forme qu’on croyait. Décidément, cette Boucle d’or est bien envahissante : chassez-la, elle reviendra… et remplira nos étagères encore et encore, pour notre grand plaisir.

 

Écoute les animaux de la jungle

Écoute les animaux de la jungle
Alexandra Huard (ill)
Didier jeunesse, 2025

Cui, cui, grrr

Par Anne-Marie Mercier

Ce nouveau volume de la collection « mon petit livre sonore » mérite d’être signalé pour la qualité de ses illustrations : jaguar, toucan, colibri, paresseux, etc., dont on peut entendre le cri en appuyant sur une pastille facile à repérer, sont montrés avec des cadrages et des points de vue variés, dans différentes situations, avec de vives couleurs et des arrière-plans de paysages magnifiques, tout cela en utilisant des techniques très variées. La grenouille dendrobate est d’un bleu lumineux, tandis que les feuillages et fleurs sont délicatement représentés.

Tout feu tout flamme

Tout feu tout flamme
Julia Chausson
À pas de loups, 2025

Déclarations d’amour en métiers

Par Anne-Marie Mercier

Ce grand album apparait comme une sorte de livre d’artiste dans lequel l’autrice des images se serait donné toute latitude, autant sur le plan du graphisme que de la mise en couleurs. Les images en pleine page, imprimées avec la technique de la gravure sur bois, sont splendides. Elles proposent une grande variété de couleurs, où les teintes des fonds contrastent avec celles qui donnent forme aux personnages.
Ceux-ci, représentés de façon stylisée représentent différents métiers : pompier, facteur, jongleur, footballeur, professeur, marchand de glaces, auxiliaire de vie, coiffeur, guide touristique… On peut remarquer que de nombreux métiers sont portés de manière non conventionnelle par des femmes (présidente, footballeuse, grutière, etc.) et d’autres par des hommes (puériculteur, accompagnant).
Le propos dépasse le simple but de faire un catalogue de métiers : chaque image est accompagnée d’une phrase en forme de déclaration d’amour : « tu me rends flou (pour l’opticienne), « j’écoute les battements de ton cœur » (pour le médecin), « tu m’as pris dans tes filets » (pour le pêcheur)…
Livre pour amoureux, catalogue d’expressions lexicalisées, belles images à contempler, il peut séduire plusieurs publics.
Voir le site de l’autrice, qui a illustré la collection des « petits chaussons » chez Rue du monde, pour de plus jeunes lecteurs.

 

 

 

 

Ma Peau

Ma Peau, le monde autour de moi
Cécile Roumiguière, Marion Duval
Seuil jeunesse, 2025

Tout un monde par la peau

Par Anne-Marie Mercier

Si l’on trouve de nombreux livres à toucher, proposant aux enfants des expériences tactiles avec des matières et des textures différentes, on songe rarement à leur faire verbaliser ce que le sens du toucher leur donne au quotidien : toucher son corps et le découvrir aussi par le langage en nommant ses différentes parties, sentir le chaud, l’humide, le poisseux, le froid, le rugueux, le lisse, le piquant. Ces expériences se font à travers toute sorte de situations quotidiennes : le bain, le coucher, la tartine, le pull qui gratte… et enfin les délices de l’automne (les bogues qui piquent) et de l’hiver.
Le duo d’autrice- illustratrice parcourt les cinq sens avec des petits albums carrés et cartonnés, parfaits pour les tout-petits, aux images simples, lisibles, et colorées tout en douceur pastel. Déjà paru : Mes yeux.

Les Secrets du cerveau

Les Secrets du cerveau
Helena Harastova et Dita Vopradova

Albatros, 2025

Mémoire et imagination

Par Lidia Filippini

Voici un album documentaire aux illustrations colorées et amusantes qui a pour ambition d’expliquer le fonctionnement du cerveau.
La première partie, intitulée « La mémoire », aborde la manière dont les informations sont stockées dans le cerveau. On y trouve des explications précises sur les diverses régions cérébrales et sur leur rôle dans la création des souvenirs. L’autrice s’intéresse également aux différents types de mémoire (à court, moyen ou long terme) et aux liens entre âge et mémoire.
La deuxième partie paraît plus confuse. Le texte se perd dans un fouillis d’images – souvent drôles d’ailleurs, mais qui nuisent à la clarté de l’ensemble. Les notions d’imagination, de pensée et de créativité semblent se mélanger. Les trois termes sont utilisés comme des synonymes, ce qui rend la compréhension difficile et conduit parfois à des approximations (les pensées intrusives, la mythomanie et la synesthésie seraient des dysfonctionnements de l’imagination). Le chapitre intitulé « l’imagination dans la science » m’a laissée un peu perplexe. On y apprend en effet qu’Isaac Newton, qui était « bien trop intelligent pour laisser la place au hasard […] a étudié l’attraction en détail (et grâce à son imagination) avant de définir cette loi. » Je n’ai pas tout compris…
L’album se termine par des « Questions de compréhension de lecture » parfois déconcertantes. Par exemple, la réponse à la question : « Peux-tu citer trois manières de te servir de ton imagination au quotidien ? » est « Quand tu as peur, quand tu prends une décision, quand tu dois planifier et préparer quelque chose. » Ici encore, le terme « imagination » ne me semble pas approprié.
Encore plus gênant, une biographie succincte de l’autrice nous apprend qu’elle n’est « ni psychologue, ni neuroscientifique » mais qu’elle « puise l’inspiration pour ses livres en observant » ses enfants. Une démarche empirique, certes, mais bien peu scientifique. Dommage car ce documentaire avait plutôt bien commencé avec une première partie intéressante et bien construite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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