Panique au potager

Panique au potager
Jean-Baptiste Drouot – Maud Legrand
Les 400 coups 2026

Des légumes et des hommes

Par Michel Driol

Dans le jardin de Monsieur Blachère, tout va bien, tout va si bien que les légumes parlent et chantent. Mais lorsque Monsieur Blachère meurt, c’est l’anarchie qui s’installe. Chaque légume n’en fait qu’à sa tête. Quand la ferme est rachetée par un couple de citadins qui parlent de transformer le potager en piscine, c’est la révolte, et les légumes se débrouillent pour faire fuir les nouveaux propriétaires. Arrive enfin une jeune fille, Mauricette, qui les fait vivre mélangés. Mais impossible de la faire fuir… jusqu’à ce qu’elle les cueille et les partage avec ses amis.

Prendre comme personnages des légumes poussant dans un jardin, voilà qui n’est pas banal, surtout lorsqu’on leur donne une personnalité, des attitudes bien caractérisées. Des carottes au naturisme un peu exhibitionniste, des laitues bien pudiques, ou des pauvres topinambours, que personne n’écoute. Des légumes capables à la fois d’individualisme, mais aussi de s’associer contre un danger commun. Au texte correspondent les illustrations, qui donnent à chaque légume des yeux pour voir, et surtout une bouche pour s’exprimer ! L’ensemble est donc plein d’humour et de fantaisie;

Pour autant, la signification est plus complexe, et laisse le lecteur entre joie et tristesse. En effet, ces légumes vivent mal l’autogestion, c’est la moins qu’on puisse dire. Sans jardinier, ils envahissent tout l’espace, ne savent plus vivre ensemble, se chamaillent pour l’arrosage. Face à de nouvelles pratiques, qui visent à les associer pour les faire pousser ensemble (non-dit explicitement dans le texte, qui évoque simplement une nouvelle méthode de culture), ils se révoltent. Chacun chez soi ! On veut bien s’associer contre le danger, mais pas plus… Des légumes qui parlent et vivent ensemble, auxquels on s’attache forcément. Que penser de la dernière page, où on les voit finir en ratatouille ou jardinière ? Jamais l’album n’évoque le destin de ces légumes, ni dans les premières pages, où Monsieur Blachère est présenté explicitement comme un agriculteur, où l’illustratrice montre des légumes souriants dans un panier, ni dans les dernières pages. De surcroit, le texte insiste sur la cruauté de Mauricette, qui les arrache avec une prévision diabolique, qui évoque la volonté des légumes de se cacher, de s’enfuir pour échapper à cette triste fin, pourtant bien réjouissante pour les convives.

Cette ambiguïté de l’album, liée à l’effet de surprise de la chute, n’est pas à mettre à son discrédit. Elle invite au contraire à réfléchir aux finalités de l’agriculture, à ce qui est vivant ou non, à notre façon de prendre soin, ou pas, de ce qui nous nourrit. Le décalage produit par l’album, qui choisit de donner vie, émotions et parole aux légumes,  produit un humour qui invite le lecteur à se questionner. A se questionner aussi sur ce qu’il y a d’humain dans la société de ces légumes, qui ont besoin d’un chef, fût-il celui – ou celle – qui les mangera… Dure leçon à retirer de cet album !

Un album plus complexe donc qu’il n’en a l’air, qui prend l’allure d’une fable désopilante pour réfléchir sur les rapports de pouvoir.

Lia

Lia Daniela Tieni Rouergue, 2018

Etre ou ne pas être

Par Christine Moulin

Lia est une fraise, solidement amarrée au centre de la couverture comme de la première page. Mais elle rêve à ce qu’elle pourrait être si elle n’était pas ce qu’elle est: défilent alors toutes sortes de fruits dont elle pourrait adopter l’identité. Finalement, elle se perd et se laisse gagner par la panique mais heureusement sa maman est là pour lui rappeler en la berçant de tout son amour: « Tu es libre de devenir qui tu veux, tu seras toujours merveilleuse, sous n’importe quelle forme. Mais n’oublie pas qui tu es, il faut croire en toi. » Les désirs de Lia sont ceux de bien des enfants, contradictoires et surprenants: s’amuser, avoir l’air forte, être toute petite, etc. Les raisons qu’elle trouve pour, finalement, refuser d’être autre chose qu’elle-même sont également bien trouvées et dessinent, en creux, une personnalité, des choix de vie (Lia ne veut blesser personne, veut pouvoir bouger, etc.). La leçon finale, quoique peut-être un peu trop « assénée », est salutaire. Les illustrations,  apparemment simples, laissent la place à deux oiseaux (une mère et sa fille?) qui animent malicieusement le propos de l’auteur. L’ensemble est sobre mais peut amener de jeunes enfants à un début de réflexion sur les choix existentiels.

Un Jardin sur le bout de la langue

Un Jardin sur le bout de la langue
Constantin Kaïtéris, Joanna Boillat

Motus (Pommes Pirates Papillons), 2014

Greffes langagières

Par Anne-Marie Mercier

UnJardinsurleboutdelalangueComme les autres albums de cette collection, ce recueil de poèmes joue avec les choses comme avec les mots. Ici, il s’agit de légumes, ceux que l’on plante, ceux que l’on mange, mais surtout ceux que l’on regarde.

Les jeux sur les mots et les lettres n’est jamais gratuit mais invite à voir autrement : c’est une invitation à mieux les considérer dans leur forme, texture, couleur, croissance, comme à mieux prendre en compte les mots qui les désigne. Comment la cerise et la fraise en se décomposant finissent par revenir au même, comment le poireau et la pomme se rejoignent… Les illustrations crayonnées donnent aux végétaux formes et sentiments humains et l’on peut méditer sur la mélancolie du champignon ou la légèreté des navets.

Les Fruits de Lili

Les Fruits de Lili
Lucie Albon
L’élan vert, 2012

Des fruits… de saison

Par Caroline Reynaud master MESFC Saint-Etienne,

Comme avec les légumes de son potager, accompagnée de son ami Henri, Lili nous présente les fruits de saison au fil des mois. « Nous allons cueillir des fruits pour faire de délicieuses confitures. »

Les fruits de Lili est un album coloré et joyeux, pour les jeunes enfants (à partir de deux ans) dans lequel, à I’image de ses albums de la collection Du bout des doigts, Lucie Albon propose des illustrations claires et minimalistes réalisées avec les empreintes de ses doigts et de ses mains. Les couleurs vives de cet album donnent une atmosphère légère et sucrée.

Les enfants peuvent s’identifier aisément à Henri et Lili, petites souris sympathiques et taquines qu’ils suivent dans leur aventure fruitée. Lucie Albon, dans un but éducatif, met en valeur la forme, la couleur, l’écriture du fruit et son usage à travers les saisons.

L’auteure révèle en fin d’album la technique qu’elle utilise pour représenter ses fruits. La marche à suivre est expliquée clairement et les enfants peuvent facilement se mettre au travail. Les fruits de Lili est un album intéressant qui permet aux jeunes enfants d’identifier avec plaisir les différents fruits que l’on peut cueillir et déguster au fil des saisons.