Rouge volcan

Rouge volcan
Eric Battut
L’élan vert  2017

L’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini…

Par Michel Driol

Au milieu de l‘océan, un volcan se réveille et fait naitre une ile. Deux petits personnages, des vulcanologues, s’en approchent, en commencent l’ascension au milieu des laves, malgré les gaz toxiques. Ils effectuent leurs mesures et atteignent le sommet. Face à la montagne en furie, il faut redescendre, vite et repartir dans une mer rouge volcan. La dernière illustration envoie à la première, mais la dominante blanche est devenue une dominante rouge…

Étrange album, qui tient tout à la fois de la poésie, de la science et de la philosophie. Poésie du texte, qui parle d’apogée, de montagne en furie, de colère de la montagne. Poésie de l’illustration, qui ne recherche pas le réalisme, mais, utilisant des papiers découpés, rend compte de la puissance tellurique des éléments et leur confronte la petitesse des deux hommes. Discours scientifique aussi, qui convoque des termes précis, comme mesures, densité, qui emploie les termes techniques, magma, bombes volcaniques, mission à accomplir. Le tout est au service d’une approche philosophique : qu’est-ce que l’homme dans une nature qui peut se réveiller et se révéler dangereuse, mortelle, inhospitalière ? Un être fragile, un petit rien, menacé, impuissant. Pourtant, il lui faut continuer à aller calmement, presque paisiblement, à l’ « extrême limite » du monde, de soi et du savoir, non pas pour la  gloire, ni pour dominer la nature, mais pour la connaitre.

Un album en aller-retour, qui pose la question de la connaissance scientifique, de la place de l’homme dans l’univers, de l’esprit de géométrie, rationnel, et de l’esprit de finesse, qui joue sur l’émotion. Un album pascalien…

Pascal, d’un infini à l’autre

Pascal, d’un infini à l’autre
Orietta Ombrosi, Géraldine Alibeu
Seuil, 2009

Un singulier divertissement

par Christine Moulin

Voici un documentaire sur la vie de Pascal (oui, Pascal, celui des Pensées), paru dans la collection « Coup de Génie », qui a pour mission de faire découvrir aux enfants des scientifiques et savants célèbres (ils peuvent ainsi faire la connaissance également de Gutenberg, Pasteur, Darwin et Galilée). De fait, l’album est rendu particulièrement attrayant grâce aux magnifiques illustrations de Géraldine Alibeu (cf. On n’aime pas les chats ou Le petit chaperon rouge a des soucis), qui mêlent fantastique (personnages morcelés, aux postures improbables) et précision nostalgique (papier millimétré, fragments d’anciennes gravures).

Dès le début, le texte, par l’emploi du présent, nous fait découvrir l’enfance des Pascal, sans pour autant en gommer l’étrangeté : « […] les maths et la géométrie leur sont strictement interdites. D’après M. Pascal, ces matières ne sont pas pour les enfants »… Les éléments marquants et célèbres de la vie et de la pensée de Blaise défilent : la création de la machine à calculer, la « pascaline » ; l’expérience de la Tour Saint-Jacques, destinée à montrer que le vide n’est pas « rien » ; le « roseau pensant » ; l’intérêt pour les jeux de hasard ; le pari ; le divertissement ; les Pensées ; la nuit où il a « une étrange vision » qui lui fait découvrir le “Dieu de Jésus-Christ” ; l’invention des « transports en commun ».

Le propos est plaisant, même si certains passages peuvent sûrement décontenancer les plus jeunes : « Voilà une première découverte : le sans fin des nombres ou l’infini en nombre. Mais pour Pascal il n’y a qu’un seul infini ! ». Toutefois, on reste un peu à l’extérieur, on s’ennuie parfois : les explications sont maigres pour un documentaire, les émotions rares pour un récit. Si bien que renaît l’interrogation qui est au cœur de la réception de la littérature pour la jeunesse : doit-elle servir à instruire ou à divertir ?