Le temps des Tsahdiks (Le signe de K1, tome 2)
Claire Gratias
Syros, 2011
Le passé a-t-il un avenir ? ou inversement…
par Christine Moulin
Voici donc la suite du premier volet. Le suspens reste haletant et revient à la question si souvent posée : comment sauver l’humanité ? La réponse ne peut, bien évidemment, être donnée ici mais disons que la lutte entre l’ombre et la lumière continue, à l’échelle collective aussi bien qu’individuelle : le comportement de Pauline, l’héroïne, en est le signe. On retrouve les allusions à notre propre société, toujours percutantes : la violence augmente de jour en jour, telle une épidémie ; la police est dépassée ; le système d’enseignement est gangrené par la sélection et l’élitisme ; notre Terre est menacée par une catastrophe climatique.
On retrouve les clins d’œil culturels bien venus (K1 = Caïn1 ; le père du héros s’appelle Adamsohn, fils de l’homme, autrement dit). Toutefois, l’intrigue, plus dispersée entre les personnages, n’arrive pas à recréer l’atmosphère mystérieuse du premier volet : on a davantage affaire à un roman d’aventure, fort bien écrit, très nerveux, grâce une forme de « montage » alterné très efficace. Mais l’histoire d’amour, moins centrale, perd de son charme. L’aspect philosophique s’estompe, le personnage du sage chinois étant moins présent. Même l’initiation d’Angelo (le « cas » du tome I, qui est devenu, comme le titre l’indique, Tsahdik) manque un peu de profondeur et d’originalité.
Cela dit, ne boudons pas notre plaisir : l’ensemble est cohérent (ce qui n’est pas toujours facile dans ces histoires de paradoxe temporel), le rythme soutenu et le « message », si «message» il y a, à la fois réaliste et optimiste. Voilà ce que c’est d’avoir trop réussi le premier volet !!
(1) Je sais… cette allusion-là aurait pu être relevée dès le premier tome ! Disons qu’elle est plus nette et plus motivée dans le deuxième!…
Guéraud, bien connu pour ses textes chocs qui dépassent les limites habituelles de ce que peut dire un texte pour jeunes lecteurs (Je mourrai pas Gibier, Va savoir comment…), livre ici des souvenirs d’enfance. Il ne s’agit pas de toute sa vie (même s’il y a des fragments sur la famille, la vie en général, les amis et les amours), mais de son éducation par les films.