Théo Toutou / Orphée

Les Enquêtes de Théo Toutou
Yvan Pommaux
L’école des loisirs, 2019

Orphée et la morsure du serpent
Yvan Pommaux
L’école des loisirs (« neuf »), 2021

Un cador chez les privés, un musicien chez les morts :
on révise les classiques (3)

Par Anne-Marie Mercier

Depuis quelques temps, L’école des loisirs publie des recueils de plusieurs récits qui permettent de mieux saisis l’art et la manière d’un auteur et assurent la longévité de certaines séries. Ici, Yvan Pommaux, qu’on a beaucoup vu avec des chats (notamment le fameux détective John Chatterton) propose une reprise de 16 récits courts en bande dessinée, publiés auparavant au début des années 2000 par les éditions Bayard (d’abord dans J’aime Lire, puis en albums séparés, puis en recueils en 2012 : autant dire que Théo a la vie dure.
Il est aussi coriace, venant à bout de toutes ses enquêtes. Il est moins solitaire que John Chatterton (qui lui-même était une copie de Humphrey Bogart), épaulé par la fidèle Natacha (une chatte, bien sûr), et admiré par le commissaire Duraton dont il feint de n’être qu’un témoin alors qu’il résout pour lui tous les mystères (de nombreux modèles possibles, ici).
Les enquêtes se déroulent dans des milieux divers et partent de situations et de personnages en crise multiples : collectionneurs fous du monde de l’art, psychopathes, savants déjantés, ravisseurs de peluches, riches héritières capricieuses, voleurs de livres, tous mènent le héros à travers la ville à toute allure et la dynamique du récit de Pommaux est ici encore magistrale, aussi bien par le scenario que par l’enchainement et la composition des cases, très cinématographiques. Enfin, comme toujours, la couleur est superbe et Théo est aussi bien mis en valeur qu’un héros épique.

À l’intérieur de l’album consacré à l’histoire d’Orphée et Eurydice (dont on a ici une reprise en poche dans la collection « neuf »), les couleurs sont pourtant pâles, comme si le sujet y invitait : seul le monstre Cerbère est vif. Cette pâleur fait contraste avec l’ombre des enfers, celle des bois où pleure Orphée, superbes.
On retrouve tout l’art de Pommaux, appliqué à un tout autre genre, et son talent pour actualiser les vieux mythes (l’histoire commence par une histoire de jalousie, à l’époque contemporaine). Son Orphée est touchant, son Eurydice évanescente, encore un petit chef-d’œuvre.

 

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