Le Temps du Capitaine Brett

Le Temps du Capitaine Brett
Blexbolex
La Partie, 2026

 Abordage de l’innocence

Par Anne-Marie Mercier

Le Temps du Capitaine Brett est un livre qui ne laisse pas indifférent et dont on ne sort pas indemne, comme d’autres grands livres d’enfance. Comme dans Pinocchio ou L’île au trésor, un enfant y fait l’expérience à la fois de l’aventure et de la solitude. Il découvre la méchanceté,  l’ambivalence des sentiments, et la dangerosité du monde, bref, il vit le temps de la fin de l’enfance et de la fin de l’innocence.
Comme dans les romans cités plus haut tout cela est agréablement coloré de thèmes classiques de l’aventure (pirates, trésor, enquête,…). Ici, c’est particulièrement coloré, au sens propre, avec les belles images de Blexbolex à l’esthétique inspirée de la sérigraphie. On retrouve l’univers étrange des Magiciens dans ce volume qui lui ressemble aussi formellement.
Le jeune héros est envoyé chez un oncle savant, collectionneur et distrait, qui ne s’occupe pas beaucoup de lui. Il s’y ennuie malgré la présence bienveillante d’une cuisinière-gouvernante talentueuse. Il s’échappe pour parcourir en cachette la ville, impressionnante (Leipzig ?). Il tombe sur une bande de pirates dirigée par un capitaine à tête de mort et comprenant entre autres un chat anthropomorphe et une fille portant un masque. Pirates de rivières, et d’égouts, ils ne craignent pas de faire couler le sang. Ils capturent l’enfant et l’enrôlent comme mousse à bord de leur barque étrange. Les différents chapitres montrent comment l’enfant tente de leur échapper et comment il retombe sans cesse entre leurs griffes, comme dans un rêve récurrent
Au fil du texte, on comprend que l’oncle (et peut-être toute la famille Perthuis, dont le nom, archaïque comme le prénom de l’enfant, Hyéronimus,  est significatif) a rencontré le capitaine dans son enfance : malédiction familiale, fantasmagorie de l’enfant qui s’ennuie, métaphore de fins d’enfance et d’un temps répétitif, toutes les pistes d’interprétation sont possibles. L’ensemble est captivant et superbe, entre le roman graphique et l’album.
En 2009, Blexbolex a reçu la Golden Letter (Prix du plus beau livre du monde) à la Foire du livre de Leipzig pour son Imagier des gens (Albin Michel Jeunesse). Poursuivi par Saison (2009) et Romances (2013), il forme un superbe triptyque.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *