Prosper Redding, vol 2 ; : La Dernière Vie du Prince Alastor

Prosper Redding, vol 2 ; : La Dernière Vie du Prince Alastor
Alexandra Braken
Traduit (USA) par Isabelle Troin
La Martinière jeunesse, 2019

Gadoues diaboliques

Par Anne-Marie Mercier

Les aventures de Prosper Redding, habité par un démon nommé Alastor sont bien alambiqués, et pleines de péripéties, de recoins, de monstres divers tous plus gluants les uns que les autres. Elle se déroule dans le monde des démons, c’est donc une sorte de descente aux enfers qui mène le jeune Prosper à la recherche de sa sœur (voir le mythe d’Orphée). Pourra-t-il la retrouver ? Ayant vendu son âme et son corps au démon, pourra-t-il se sauver de cette malédiction ? que deviendra Alalstor, qui cherche en utilisant le corps de Prosper qu’il habite (ce thème du corps habité semble très présent ces temps-ci en littérature pour adolescents) à reconquérir son royaume ? toutes ces questions sont résolues dans les 485 pages de ce volume, en prenant son temps pour décrire les horrifiques créatures et les terreurs qu’elles suscitent. Enfin, la couverture est très réussie.

L’Anti-Magicien, vol. 2 : l’ombre au noir

L’Anti-Magicien, vol. 2 : l’ombre au noir
Sébastien de Castel
Traduit (Canada) par Laetitia Devaux
Gallimard jeunesse, 2017

Amis et ennemis

Par Anne-Marie Mercier

Le deuxième tome n’a pas la richesse anthropologique du premier et comporte davantage de scènes d’action; il augmente aussi la complexité de l’intrigue et la noirceur du monde. Le héros est toujours aussi maladroit (mais il se sort de toutes les difficultés – ça en devient un peu gênant). Son ami animal, le chat-cureuil, reste aussi insupportable et attachant. Enfin, autour de lui, de nouveaux personnages mettent le héros à l’épreuve de l’amour, de l’amitié, de la fidélité… il va ainsi d’initiation en initiation, en attendant l’épreuve finale… (nous aussi).

 

La légende des quatre. Vol. 1 : Le clan des loups

La légende des quatre. Vol. 1 : Le clan des loups
Cassandra O’Donnell,
Flammarion jeunesse, 2018

Métamorphes au collège

Par Anne-Marie Mercier

L’idée est bonne au départ, et propose une situation intéressante : dans un monde post apocalyptique, vivent des humains retournés technologiquement et scientifiquement au moyen âge et des Yokaïs, métamorphes capables de passer de l’apparence humaine à une apparence animale, qui dépend de leur appartenance à un clan, loup, tigre, aigle ou serpent. Une guerre sanglante les a opposés entre eux et a décimé également les humains. Depuis, tous vivent dans une paix fragile, qui dépend d’un accord selon lequel les métamoprhes n’ont pas le droit de parler à une personne d’un autre clan, ni d’attaquer un humain, et les humains n’ont pas le droit d’étudier les sciences ni de fabriquer des armes.
Cela se gâte lorsqu’on s’intéresse aux personnages principaux. Ceux-ci sont issus des quatre clans, ils sont mêmes, comme par hasard, fils et filles (deux garçons, deux filles – parité parfaite et l’une a les cheveux clairs et l’autre sombres…) des chefs de ces clans, destinés à régner – et comme tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes romanesques ils sont tous très très forts, très intelligents, avec des tas d’autres qualités que normalement ils réservent à ceux de leur clan. Sous l’apparence humaine ils sont très proches d’adolescents tels qu’on les représente dans les college novels, amis fervents, pas très intéressés par les matières scolaires, et très remontés contre certains enseignants.
Au collège, métamorphes et humains sont réunis avec l’idée que cela renforcera la paix sociale et la compréhension entre les races ( évocation de notre collège ? L’auteure est française, elle signe d’un pseudonyme ). C’est ainsi que la louve a rencontré le tigre et que, malgré l’interdiction de parler à des élèves d’un autre clan, ils ont développé une amitié faite de reconnaissance et d’attirance (on devine un drame futur à la Roméo et Juliette), et c’est aussi dans le cadre scolaire que l’héritier des serpents et celle des aigles, l’un 16 ans, l’autre 12, les rencontrent. Les relations entre clans font aussi penser à des histoires de collège où souvent des élèves de différents groupes sociaux se côtoient mais ne se rencontrent pas vraiment.
Les chapitres font alterner  les différents points de vue, dosent savamment intrigue amoureuse et politique. Les phrases sont courtes et l’écriture rythmée. Enfin, il y a de l’action et du suspens : on évite une guerre entre tigres et loups grâce à la sagacité du héros tigre et on découvre un complot des humains contre les Yokaïs. Lorsque le roman s’achève, nos quatre héros sont bien isolés, face à la bêtise des adultes. Entretemps ils auront étripé (et ce n’est pas une image) quelques humains, dont leur professeur de sport.
On retrouve la veine de Stephenie Meyer, en moins cohérent et moins subtil (si, c’est possible !) dans le traitement des personnages principaux et secondaires et en cela le roman semble hésiter sur l’âge de son lecteur : les adultes sont tous bornés et les humains sont méchants et stupides, les petits enfants sont innocents et sensibles, les adolescents ombrageux et violents – et quoi qu’ils fassent ils ont raison. N’y aurait-il pas, en plus d’une paresse scénaristique, un peu de démagogie ?

Natacha Fleurot propose sur culturellement vôtre un article détaillé.