Le tournesol est la fleur du Rom

Le tournesol est la fleur du Rom
Ceija Strojka – Illustrations d’Olivia Paroldi
Editions Bruno Doucey – 2020

La vie, malgré tout !

Par Michel Driol

Les éditions Bruno Doucey ont la bonne idée de publier une version pour enfants du recueil de Ceija Strojka, Auschwitz est mon manteau, édition augmentée de poèmes inédits. Le changement de titre signale comme un nouveau pacte de lecture avec le lecteur, qui passe de l’hiver et du repli sur soi, de l’horreur évoquée par Auschwitz à la fleur lumineuse, à l’été, au soleil. Et, de fait, si le recueil enferme bien en son sein les poèmes relatifs au traumatisme que fut Auschwitz pour l’auteure – rappelons que, tzigane, elle y a été enfermée – il s’ouvre et se clôt sur des textes emplis de lumière et de joie de vivre.

Des textes qui disent le lien avec la nature, fleurs, ruisseau, animaux. Des textes qui disent l’enracinement dans une terre, l’Autriche. Des textes qui disent le temps qui passe et la transmission d’une génération à l’autre. Des textes aussi qui disent l’enfance, enfance volée dans les camps,  enfance à qui les textes s’adressent dans ce « tu » presque omniprésent, enfance invitée à chanter et à vivre. Et, au cœur de ces textes remplis de joie de vivre et d’espoir, une série de souvenirs douloureux liés aux camps, à la disparition du père, textes bouleversants sur l’enfance au garde à vous, maltraitée, textes qui se terminent sur une autre fleur, celle du père, le chrysanthème. Un texte final s’adresse aux descendants, texte rempli d’espoir et d’émotion, pour tisser le lien entre une enfance et une autre, pour dire l’amour qui lie et la beauté de la vie à partager.

Cette édition est enrichie de quatre poèmes inédits, dont la facture tranche avec le reste du recueil, textes fondés sur des anaphores, des questions réponses, comme autant de comptines dans une forme qui fait penser aux devinettes, textes pour dire la douleur, mais aussi l’étrangeté du monde.

Comme toujours dans la collection Poes’histoire, l’illustratrice a été choisie avec soin, et propose un travail lumineux, coloré, qui magnifie l’enfance avec une petite fille au visage expressif, mais qui montre aussi les barbelés, évoque de façon à la fois réaliste et métaphorique les camps.

Ce beau recueil offre l’occasion de s’intéresser à l’autrice, trop peu connue en France, poète et peintre Rom décédée en 2013.

Le jour où je serai grande

Le jour où je serai grande
Timothée de Fombelle, Marie Liesse (photos)
Gallimard Jeunesse, 2020

Célébration

Par Christine Moulin

L’album Le jour où je serai grande est un magnifique poème qui adopte la forme ancestrale et mythique de la liste, pour célébrer les trésors que nous offre la vie mais que les enfants seuls savent regarder, à hauteur d’enfant. Comme la petite créature d’Andersen, Poucette parcourt le monde, mais elle part moins loin et limite ses découvertes, qui n’en sont pas moins merveilleuses, à ce qu’on peut voir dans une maison ou un jardin, grâce aux splendides photographies de Marie Liesse, la bien-nommée: c’est en cela qu’elle ressemble également un peu à Alice (une page évoque d’ailleurs « le goût des larmes salées »). Mais rien n’est vraiment effrayant ici (si ce n’est la rencontre avec une araignée qui, en fait, est là surtout pour « le plaisir d’avoir un peu peur… mais pas trop »). Au fil de la lecture, nous pouvons nous amuser à chercher Poucette qui tantôt se cache, tantôt nous fait face et semble nous inviter dans son univers. Ce qui est émouvant, enfin, c’est que le texte est une sorte de « Je me souviens » prospectif: Poucette, en effet, note tout ce dont elle veut se souvenir, quand elle aura grandi, à la différence des adultes indifférents. Loin de ce qui est censé nous remonter lourdement le moral, ce livre fait joie et s’achève sur un souffle, un « rien » qui dit tout.

On peut feuilleter le livre sur le site de l’éditeur.
Un entretien avec Marie Liesse

Petit Garçon

Petit Garçon
Francesco Pittau – Illustrations de Catherine Chardonnay
MeMo Petite Polynie 2019

Fantastique enfance

Par Michel Driol

Une dizaine de textes pour raconter quelques épisodes de l’enfance d’un personnage qu’on ne nommera que « Petit Garçon ». Façon d’en dire à la fois l’universalité, et, d’une certaine façon, la taille et l’âge très indéfini ici puisque l’on va du jardin d’enfants à la perte d’une dent de lait. Il est question de choses ordinaires, comme les relations avec les parents, les jouets, les activités comme le dessin, les accidents comme la fièvre.

C’est du ton que ce recueil tire son originalité. Car, si les situations évoquées sont assez fréquentes dans l’enfance, le recueil bascule dans l’imaginaire, le fantastique et le merveilleux de la vision du monde d’un enfant. Petit Garçon se métamorphose en mouche, donne abri à un morceau de nuit qui s’est endormi au lieu de repartir le jour venu, pénètre dans son dessin après avoir discuté avec les personnages bancals qu’il a créés, perd son reflet et part à sa recherche dans un monde étrange, voyage sur la lune. Même ses jouets préférés, ses amis, un crocodile, un hippopotame et un chien vivent des aventures extraordinaires dans une forêt inquiétante qui n’est autre que le lit, terrorisés par une main géante qui s’empare d’eux. Tout est donc jeu, mais le jeu a toujours quelque chose de très sérieux pour les enfants. Il est donc ici question d’identité, d’intégrité corporelle, d’un univers mouvant où tout peut se transformer. On songe en lisant certaines nouvelles à l’univers d’Arnold Lobel pour la façon de dire ce monde de l’enfance, fait de questions existentielles, de naïveté, de poésie et de merveilleux, dans une langue simple et accessible à tous.

Quant aux illustrations, elles semblent faites aux crayons de couleurs, ou aux feutres, et reprennent les codes du dessin enfantin avec humour et expressivité.

Un recueil de textes pour grandir debout, et partager ses sensations d’enfant.

Les Mains de ma mère

Les Mains de ma mère
Yvon Le Men illustrations de Simone Massi
Editions Bruno Doucey collection Poés’Histoires 2019

Nul ne guérit de son enfance…

Par Michel Driol

On pourrait entrer dans ce recueil par les titres : Au bureau de tabac, le mouchoir, l’île de mes parents, la baie de l’enfer, François le grand-père de mon voisin, Inconnus mais pas étrangers, des ailes qui se reposent, le rouge-gorge, le pic épeiche, arc-en-ciel, le phare, chasseurs-cueilleurs, la main verte, la chapelle, une bouteille à la mer, je t’aime, un désir de poème, le dernier mot, le bon sens des mots, entre père et fils. Se dessineraient alors une histoire et une géographie, une histoire qui irait de la mère au père, une géographie bretonne, maritime, emplie de toute la vie de la nature et des hommes.

On pourrait entrer dans ce recueil par les illustrations de Simone Massi, qui presque toutes incluent le visage d’un enfant : confidence de la mère en couverture,  courant sur la plage sous son regard, contemplant le mont St Michel, en bord de mer, près d’un phare, lisant un livre, la main dans celle de son père. Deux illustrations échappent à ce système : celle des poilus dans une tranchée, celle d’un  personnage regardant par la fenêtre, saisi de dos. Comme un fil d’Ariane, reliant toutes ces illustrations, une tache de couleur : rouge d’abord, orange ensuite, bleue, puis enfin rouge. Comme un parcours entre la chaleur et la froideur, puis la chaleur retrouvée.

On pourrait alors lire ce recueil d’Yvon le Men comme une autobiographie dans laquelle se croisent les souvenirs familiaux, la transmission, l’accueil et l’attachement à la Bretagne, à ses paysages. Lire sa poésie pour ce qu’elle est : une poésie des choses simples, énoncée avec une apparente simplicité – mais on sait bien que c’est là le plus difficile. Une poésie qui part toujours du concert, de cette carte bancaire muette au bureau de tabac, de ce mouchoir plié par la mère, déplié par le fils après sa disparition : façon de dire la transmission, le passage, ce qui ne sera plus jamais. Restent alors les souvenirs de l’enfance, autre façon de dire des valeurs, le souci du lien, du partage, de l’accueil, de la fraternité et la haine des guerres. La poésie d’Yvon Le Men est de celles qui relient, qui relient les hommes entre eux, dans la famille, dans le monde, qui relient les hommes à la nature qui les entoure. Ce lien est toujours dit par des choses simples et concrètes, la main dans la main, le mouchoir, le pain que l’on partage. Revient, comme un leitmotiv improbable, la thématique de la neige, comme un désir de blancheur qui unirait le monde entier, comme un rêve d’enfant face aux merveilleux des flocons.

Une poésie enfin qui se dit pour ce qu’elle est, désir de poème, travail avec les mots, images qui suggèrent, poèmes qui tissent le lien avec le lecteur, sans qui ils n’existeraient pas.

Un texte et des illustrations de qualité, dans un collection qui rend les poètes contemporains accessibles à tous.

Le Mur. Mon enfance derrière le rideau de fer

Le Mur. Mon enfance derrière le rideau de fer
Peter Sís
Grasset jeunesse, 2007, 2010

Une vie d’artiste – derrière le rideau

Par Anne-Marie Mercier

le-mur-mon-enfance-derriere-le-rideau-de-ferSur Li&je, nous chroniquons essentiellement les nouveautés, mais de temps en temps, lors de rééditions ou d’autres scircnstances, nous ne nous interdisons pas d’évoquer des classiques (cet été, Murice Sendak et Peter Sís).

Un peu comme dans l’album Le Tibet, Peter Sis propose une forme autobiographique ; mais ici il s’agit de ses propres carnets intimes et il s’agit du lieu où il a vécu durant son enfance : la Tchécoslovaquie communiste, et plus précisément Prague.

Les souvenirs d’enfance ne sont pas tous heureux, même dans les albums pour enfants, et celui-ci est aussi amer qu’il est instructif.

Pourtant, le récit est écrit à la troisième personne, comme pour mettre à distance ces événements et ériger un autre mur entre son passé et lui ; la postface fait la part du personnel et de l’inventé et montre que la vie de son personnage est emblématique de la vie du pays.

La présentation du contexte de la guerre froide et des événements qui l’ont ponctuée (soulèvement de Hongrie, construction du mur de Berlin, missiles de Cuba, guerre du Vietnam, printemps de Prague…) servent de toile de fond à la description de la vie quotidienne des tchèques et à l’histoire de la famille de l’enfant. Les images, tracées à l’encre noire sur fond blanc avec des touches de rouge et parfois quelques rares touches de bleu, plus rarement d’autres couleurs, sont entourées de vignettes, photos personnelles ou dessins. Ce qui est présenté naïvement comme des vérités est rapporté de manière plus distanciée au fur et à mesure que l’esprit critique de l’enfant s’éveille tandis que le pays s’ouvre (arrivée de la musique des Beatles, des Beach Boys…) puis se referme, avec les arrestations, tortures, délations…

C’est aussi l’histoire de la naissance d’un talent, depuis ses dessins d’enfant jusqu’à ses études et premières réalisations, conditionnées par une censure de plus en plus pointilleuse (il donne de nombreux détails très éclairants) et des rêves de liberté.

Médaille Caldecott (USA)
Grand Prix de la Foire de Bologne

La nuit seule

La nuit seule
Hanno

Thierry Magnier, 2009

Aventure initiatique

Par Sophie Genin

Fantasme d’enfant : sortir la nuit, seul, dehors. Encore plus envie quand les autres se moquent régulièrement parce que vous êtes peureux !

41pKBkmE-UL._SL160_Dans ce « petite poche » tout en finesse, Hanno, auteur de Du bout des doigts, (nouvelle à chute très réussie, dans la même collection) explore la nuit, à travers les yeux d’un enfant. On ne saura jamais si c’est une fille ou un garçon : identification assurée !

A la manière d’un Delerm, adepte des instantanés comme celui qui nous est livré, le narrateur écrit en rentrant, après cette aventure qui prend des proportions aussi grandes que » la nuit seule installée dans la chambre » :

« C’était bien d’être dehors. C’est bien d’être là. »

Tout est dit, pudiquement comme tout au long de ce court récit : il est bon de se faire un peu peur mais quel soulagement de regagner son lit, sa chambre rassurante !

C’est à moi !

C’est à moi !
Laure Monloubou
Editions amaterra

Et moi, et moi, et moi !

Par Michel Driol

cestUne plage, un seau, un râteau et un tamis…Une petite fille joue avec ces trois objets. Survient un garçon, qui les prend, tour à tour. C’est à moi…De la même façon, il va s’accaparer tous les autres jouets, jusqu’à se retrouver la tête dans le sable. Arrive alors un autre petit garçon qui offre des jouets à la petite fille, et construit avec elle un château de sable… jusqu’à ce que le premier garçon se réveille et lance un « bin et moi alors ?!! »

Cet album, aux pages cartonnées, presque sans texte, aborde avec humour la difficulté du tout-petit de prêter ses jouets, et son désir de s’accaparer tout ce qui l’entoure. La chute montre bien évidemment qu’à deux, c’est mieux, et met en avant les plaisirs de la socialisation et du partage. Pour autant, cette chute n’impose pas une lecture moralisatrice et laisse le lecteur choisir : qu’est-ce qui pousse le premier garçon à prononcer la phrase finale – son égotisme ou l’envie de s’intégrer au groupe ?

L’album ne parvient pas tout à fait à échapper aux stéréotypes de genre : la petite fille est la victime souriante, puis interloquée des vols successifs du premier garçon, et c’est un autre garçon qui vient la séduire avec ses jouets qu’il partage avec elle. Mais du coup, le dispositif narratif permet de montrer un garçon positif et un autre garçon négatif.

Les illustrations, simples et efficaces, dans un décor dépouillé presque abstrait, permettent aux tout-petits de comprendre l’histoire, en particulier grâce aux attitudes et traits de physionomie des personnages (forme de la bouche, rose des joues…).

Un album plein de tendresse… les tout-petits voudront-ils le prêter ou se l’accaparer ?

 

Le Livre de Perle

Le Livre de Perle
Timothée de Fombelle
Gallimard jeunesse, 2014

Entrelacs

Par Anne-Marie Mercier

« Je glissais dans une barque entre les aulnes et les peupliers. Les feuilles des nénuphars se laissaient écraser par la coque du bateau, mais les fleurs ressortaient de l’eau comme des bouchons après mon passage. Des libellules se posaient sur les rames. J’avais l’impression de remonter vers une source » (p. 221)

Les romanlelivredeperles de Timothée de Fombelle ont beau être tous différents, ils ont en commun un même fond de nostalgie, dans tous les sens de ce mot : ses héros ont été un jour chassés d’un lieu sûr et aimant, un paradis de plaisirs simples qui est souvent celui de l’enfance. Ils errent à la recherche d’un passage qui les ramènera chez eux et entretemps se terrent dans un refuge secret. Ils se cachent, de peur d’être démasqués et éliminés pour ce qu’ils sont : les représentants d’un royaume, d’une époque, ou d’un peuple idéal, des porteurs d’espoir.

Le – ou plutôt les – héros du Livre de Perle sont hantés par ce désir de retour : deux êtres féériques chassés de leur monde dans le nôtre, qui ne croit pas aux fées, deux amoureux séparés ; avec eux, un humain hanté par le souvenir d’un premier chagrin d’amour et d’un épisode étrange, comme un rêve, dans lequel il rencontre celui qui se fait appeler Perle – Ilian dans le monde du conte. Tous les personnages marchent au chagrin comme d’autres à l’ambition ou à la quête d’un désir : c’est leur moteur, leur allié, leur guide. Chagrin de la séparation, du deuil, de l’abandon, du mésamour, il se décline dans chaque épisode.

Ce chagrin est le chemin de leurs quêtes. Perle cherche MagasinZinzindes preuves de son existence antérieure, objets étranges ou sortis de contes de fées à l’image de ceux du Magasin Zinzin de Frédéric Clément. Chaque objet est un peu comme ces petites choses que l’on conserve pour garder vivant le souvenir et arrêter ainsi le cours du temps, un rêve d’éternelle jeunesse. On les conserve, on les emballe précieusement, comme les parents adoptifs de Perle, puis lui-même lorsqu’il prend leur place, emballent les guimauves dans le magasin parisien qui est au cœur du roman. Ils les plient dans un papier de soie orné d’une couronne, celle du prince déchu qu’est tout être sorti de l’univers merveilleux de l’enfance. Les valises entassées par Perle témoignent du désir de sauver de l’oubli ce qui est l’évanescence même, les souvenirs du temps passé comme les objets féériques.

Mais ce livre n’est pas pour autant un conte de fées : Perle traverse les rafles, la guerre, le camp de prisonniers, la résistance, les réseaux de collectionneurs fous; il travaille et parcourt le monde à la recherche de celle qui est toujours à côté de lui, son Eurydice qui ne peut se dévoiler sans disparaître à jamais.

Le livre est tissé de la recherche de ce qui fuit, comme un rêve récurrent dont on essaie désespérément de renouer les fils, persuadé que le destin y est inscrit et qu’il dévoilera le secret après lequel on court. Il est composé ainsi, chaque chapitre donnant une bribe de l’histoire, dans des temps et lieux différents, donnant l’impression que des fils se dénouent lorsque d’autres se nouent. La hantise d’une histoire commencée, qu’on n’arrive pas à finir et qui de ce fait menace le monde (un peu comme dans L’Ecoute aux portes de Claude Ponti) trouve son remède dans la fiction c’est elle qui permet de redonner un sens, de lier ce qui est rompu, et de revenir dans le paradis perdu, celui de l’enfance et celui des contes.

Tout cela est porté par une poésie au charme particulier et insaisissable, à l’image de l’eau qui parcourt tout le récit : n’est-ce pas après une source que les personnages masculins courent ? source d’eau, source des récits, « mer des histoires »…

Prix Pépite à Montreuil 2014, bien mérité !

 

Après grand, c’est comment ?

Après grand c’est comment ?
Claudine Galéa

Espace 34 (théâtre jeunesse), 2013

Titus ou la difficulté de grandir (pour les parents !)

par Sophie Genin

apresgrandEn 2008, Claudine Galéa avait écrit un très bel album, grand format : Au pays de Titus. Il ne devait pas devenir une pièce mais… c’est maintenant le cas ! Titus, le garçon qui se tait, traverse donc des scènes à la fois très quotidiennes et, en même temps, situées dans la tête de ce petit garçon très imaginatif, assis sur son escalier et qui rêve, sans faire de bruit, ce petit garçon qui entend les objets lui parler, de la soupe à la viande dans son assiette, en passant par son lit, les nuages, le vent, le lézard…

Nous entrons dans son monde, sur la pointe des pieds, spectateurs invités, nous le suivons et nous compatissons : qu’il est difficile d’être différent, surtout face à des parents prêts à tout pour le rendre « normal », comme le montrent ces quelques répliques :

« FINIS TON ASSIETTE

TU T’ES LAVE LES DENTS ?

TU AS MIS TON PULL A L’ENVERS

TU N’AS PAS LES MEMES CHAUSSETTES

TU N’AS PAS OUBLIE TON SLIP ?

Tu es trop lent Titus

Tu vas nous mettre en retard »

Ce à quoi Titus répond, avec toute la poésie tendre,légère et originale dont est capable Claudine Galéa :

« Les grands voudraient que je bouge que je m’agite

que j’esticule

Moi je m’assois sur l’escalier

Et je m’en vais (…)

Je nuage

Avec les nuages

Je papillonne

Avec les papillons

(…) Je foumille

Avec les fourmis

J’aire

Avec l’air

Je chemine

Et je chemin

Main dans la main »

C’est de cette façon qu’il faudrait découvrir ce très beau texte, main dans la main avec son héros si attachant, en attendant de le voir mis en scène ! Et si cette écriture vous plaît, vous irez lire les pièces jeunesse antérieures : L’Heure blanche et Toutes leurs robes noires ainsi que La Nuit MêmePasPeur et Petite Poucet.

L’âne Trotro a trop chaud

L’âne Trotro a trop chaud
Bénédicte Guettier
Gallimard jeunesse, Giboulées, 2012

La belle vie…

Par Caroline Scandale

Trotro est un personnage bien connu des plus petits. Ses aventures se déclinent en multiples albums. A la télévision, sur Youtube ou dans les livres, rares sont les moins de quatre ans qui ne l’ont pas déjà vu. Cherchons à en savoir un peu plus sur celui qui fait un tabac chez les lecteurs à biberons…
Trotro est un ânon stylisé, rieur et potelé qui découvre l’autonomie avec une bonne humeur contagieuse. Son charme  réside dans ses illustrations pétillantes et enfantines, ses couleurs contrastées et son humour subtil. Par exemple, dans cet album, Trotro, confronté à une forte chaleur, en profite pour lire à l’ombre d’un pommier, un livre sur la banquise… Quoi de plus rafraîchissant?
Dès 18 mois pour les albums cartonnés avec les oreilles de Trotro qui dépassent et aux alentours de 3 ans pour cette collection aux pages en papier glacé.