Mesdemoiselles de la vengeance

Mesdemoiselles de la vengeance
Florence Thinard
Gallimard jeunesse (folio junior),
2009

De cape et de plumes

par Anne-Marie Mercier

Les Demoiselles de la vengeance.gifFlorence Thinard dit elle-même qu’elle écrit avec un chapeau à plume (mental, bien sûr), et ça se voit. Son récit situé au 17e siècle reprend les ressorts du roman populaire de cape et  d’épée, son modèle est la série des Pardaillan.
L’originalité de son roman est qu’elle a choisi des héroïnes et non des héros et qu’elle a exploré à travers elles une large gamme de possibles : jeune ou vieille, européenne ou orientale, amoureuse ou sauvage, riche ou pauvre, belle ou laide, chaque femme a une raison différente de haïr l’horrible et très caricatural et très méchant pirate.
Il y a beaucoup de suspens, une belle exploration de la côte charentaise (avec les falaises de Meschers), et force coups d’épée ou d’autres armes plus féminines.
Ce n’est pas cependant un roman absolument féministe car il faut l’intervention d’un amoureux puis d’un fiancé (noble de surcroît) pour tirer les belles du guêpier où elles se sont fourrées. La plume se laisse porter par le vent de la cape…

Les Enfants du Dieu soleil

Les Enfants du Dieu soleil
Odile Weulersse

Casterman (épopée), 2001

La mythologie égyptienne est-elle soluble dans la littérature de jeunesse?

par Anne-Marie Mercier

Les enfants du Dieu soleil.gifLes histoires des dieux de l’Égypte ancienne, autrefois présentées sous forme de plusieurs récits autonomes (on se souvient de la belle collection « Contes et légendes » de Nathan), sont ici réunies en un roman par Odile Weulersse, bien connue pour ses romans historiques.
La création du monde, la séparation du ciel et de la terre, la naissance des dieux, le meurtre d’Osiris et la quête d’Isis, tout cela forme une saga présentant une certaine unité. C’est à la fois le mérite et la limite de cette entreprise qui propose une lecture continue de textes d’époques et d’origines diverses. Une annexe en fin de volume permet de rétablir une perspective historique. Ainsi on donne au lecteur à la fois la possibilité d’une lecture naïve et d’un recul critique. L’ensemble est assez réussi, même si le projet est discutable, accentuant par trop l’aspect « histoire familiale » des mythes au détriment de leurs autres aspects.
Cela n’en fait  pas une épopée comme pourrait le faire croire le titre de la collection qui regroupe bizarrement aussi bien des textes qui s’en rapprochent comme l’Iliade et l’Odyssée que des textes pour lesquels on ne peut qu’être perplexe : Pinocchio, Sindbad le marin, etc. le terme de « classique » aurait sans doute mieux convenu mais ce serait moins bien inscrit dans les programmes de 6e du collège… Le nom de la collection dans laquelle il a paru en 2007, « les romans des légendes » (Pocket), était mieux choisi.
Ces remarques peuvent s’étendre à d’autres types d’oeuvres, les adaptations d’épopées. En effet, la plupart (je pense entre autres au cycle du Graal repris par Montella et à l’Odyssée de Honacker) opèrent un transfert de genre en adaptant : l’épopée se fait pour l’un roman d’aventures et d’amour, pour l’autre roman fantastique, et pour les deux, roman de formation : l’épopée ne serait-elle plus (ou pas) soluble en littérature de jeunesse? Voilà une belle question pour un colloque!

Chasseur de fantômes (chronique des temps obscurs, t. 6)

Chasseur de fantômes (chronique des temps obscurs, t. 6)
Michelle Paver
Traduit (anglais) par Blandine Longre
Hachette, 2010

Aventures préhistoriques : un garçon, une fille, un loup

Par Anne-Marie Mercier

Pour la sixième fois (dernière, si l’on en croit la quatrième de couverture), Michelle Paver emmène son lecteur à la suite des aventures de Torak et de son ami le loup, dans la forêt de l’âge de Pierre.
Les aventures sont assez classiques : un personnage maléfique à combattre, le destin de l’humanité suspendu aux choix d’un jeune garçon (et d’une jeune fille, tout de même, sans parler du loup, il y en a pour tous !). Avec cela on ajoute une pincée de magie noire ou blanche, deux doigts de suspens et de nombreuses scènes de poursuite, et l’affaire est enlevée.
Les interrogations de Torak et de son amie Renn sur leur identité et leur avenir sont à la fois spécifiques au contexte et pourtant très transposables vers celles d’adolescents d’aujourd’hui. Sur le plan de la vraisemblance documentaire, la psychologie des personnages est donc assez peu crédible et c’est encore plus vrai pour les personnages animaux (Loup et sa petite famille). Mais cela ajoute à la fantaisie et la liberté du texte et correspond aux contradictions d’un roman pris entre le roman (pré)historique, le roman d’aventure et le roman d’initiation.
Le charme particulier du récit réside surtout dans les descriptions de l’hiver de la forêt, des préparatifs, des vêtements et de leurs matières et textures, des abris rencontrés (on y fabriquer beaucop de cabanes…). Une précision méticuleuse (soutenue par une  traduction précise et élégante) fait voir et sentir ce monde du froid et la précarité des hommes des premiers temps, comme elle souligne leur proximité avec le monde naturel. Les animaux, réels ou inventé (belle idée d’un hibou diabolique), sont extrêmement présents et donnent à ce texte un autre ancrage sensible.

Taille 42

Taille 42
Malika Ferdjoukh et Charles Ollak
école des loisirs (Médium), 2010

Histoire/Roman

par Michel Diol

Charles Pollak a onze ans en 1939. Il est d’origine hongroise… et juif. Ce récit raconte sa traversée de la guerre de 39-45.

D’une certaine façon, Malika Ferdjoukh  joue le rôle du nègre pour Charles Pollak, et elle s’efface malheureusement derrière lui. Si on retrouve les thèmes chers à cet auteur (la lutte contre la bêtise et le racisme, le mal qui rôde sans arrêt… , la valorisation des « gens de peu ») on n’y retrouve ni l’écriture (la phrase longue de Rome l’enfer, par exemple), ni les personnages ou les situations dramatiques, voire paroxystiques (Fais moi peur), ni les révélations qui bouleversent une vision du monde (Sombres citrouilles).

Reste un documentaire sur la vie quotidienne « ordinaire » durant la seconde guerre mondiale, sans recherche d’effets de style. La guerre, le nazisme, la résistance sont vus à hauteur d’enfant qui ne comprend pas toujours le monde qui l’entoure. Et se pose la question du « mentir vrai » : n’aurait-il pas mieux valu un roman pour permettre à un jeune lecteur de percevoir la réalité de cette époque, quitte à prendre des libertés avec l’histoire vraie ?