Ravouka, la souris scientifique

Ravouka, la souris scientifique
Teresa Vostradovskà
Amaterra, 2018

 

Ravouka, une sympathique souris qui veut pouvoir répondre aux questions de ses invitées qui doivent lui rendre prochainement visite, est un prétexte pour proposer une mini encyclopédie de la nature aux enfants. Elle les guide d’abord autour de son terrier, puis dans la forêt, au bord de l’étang (et dans l’eau), puis dans le jardin. Chaque double page présente différents éléments (animaux, plantes, larves, etc.) dans un même paysage ; de multiples légendes permettent de rattacher les choses à leur nom.
La partie la plus intéressante est sans doute celle qui propose aux enfants de créer à leur tour, à l’image de Ravouka qui fabrique sa propre encyclopédie : on les invite à faire un herbier, un jardin, un jardin aquatique dans un bocal, un point d’eau pour les animaux… C’est plein de renseignements et de détails sur la vie des animaux, es cycles naturels, la beauté de la nature.

Ma Maison

Ma Maison
Laetitia Bourget, Alice Gravier
(Les grandes personnes), 2018

 

Avant d’entre dans la maison, on suit tout un itinéraire : en train, en bus, à pied… on traverse une ville, un bois, on suit un ruisseau… et tout cela au fil d’un album accordéon qui présente un paysage en continuité, ce qui est une belle performance (quatre mètres au total !). Les couleurs choisies par les auteures, adeptes de la « ligne claire », sont proches d’un univers de bande dessinée un peu ancien et délicat (on songe à Hergé, ou à Pommaux) ; les images fourmillent de détails : objets, animaux, figures que l’ont peut retrouver ensuite dans les pages de garde qui proposent un nouveau parcours de l’album,  joueur.
L’album achevé, on fait un autre voyae à travers les pages intérieures de l’accordéon : on est cette fois entré dans la maison et on en parcourt les pièces : entrée, buanderie, salon, cuisine…, jusqu’aux chambres, puis au jardin qui invite à recommencer la promenade. Ici, tout est plus sage, rangé, propre et net. L’espace semble fait pour les enfants ; leurs vêtements sont suspendus, des jouets les attendent…
L’ensemble est superbe, délicat, et invite à se perdre longtemps dans ses images, à refaire le chemin, à « habiter » le livre qui peut se transformer lui-même en espace clos, le leporello pouvant se placer en cercle fermé comme une petite maison.

Le Bœuf et la grenouille. Fable à ma fontaine

Le Bœuf et la grenouille. Fable à ma fontaine
Dominique Descamps
(Les grandes personnes), 2018

La fable au temps présent

C’est d’abord une petite merveille graphique, combinant différentes techniques (papiers découpés, tampons, aquarelles, encres, etc.), avec de superbes couleurs, le violet foncé du bœuf s’harmonisant avec les verts et les jaunes du monde aquatique de la grenouille. Des rabats, un  pop up et des découpes ajoutent au raffinement de l’ensemble.
C’est aussi une parodie de la célèbre fable de La Fontaine, avec un renversement : le bœuf veut être aussi mince que la grenouille pour pouvoir évoluer avec elle dans les merveilleuses eaux bleues. La moralité est proche de celle de La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf : « la comparaison avec autrui ne porte pas beaucoup de fruit ». Le texte use de toutes les ressources de la poésie pour se faire lui aussi léger et fantaisiste.

La Ville quoi de neuf ?

La Ville quoi de neuf ?
Didier Cornille
Hélium, 2018

 

Loin de la sinistrose qui habite de nombreux albums pour enfants qui, pour faire l’apologie de la campagne, dénigrent la ville et son air pollué, ici, la ville est un objet d’étonnement et d’émerveillement : on la traite à travers un point de vue d’architecte et d’urbaniste, de sociologue également : des innovations de Le Corbusier, remises en contexte , aux expériences écologiques de Berlin, du métrocable (ou téléphérique) de Medellin (Colombie)  au tramway de San Francisco ou au camioncyclette de Christophe Machet, des jardins pour se nourrir ou apprendre aux jardins pour rêver, des musées aux hébergements d’urgence, de nombreux aspects de la ville sont évoqués à travers des thèmes comme l’écologie, les déplacements, les technologies nouvelles, le travail, la place des habitants (et des enfants).
Chaque point est développé avec un exemple précis et fort bien expliqué et présenté : texte clairs, langage simple et précis, pages d’introduction stimulantes et colorées, dessins de bâtiments se présentant comme des maquettes, avec des vues sous différents angles, des vues en coupe, d’en haut, de loin, de près… ou paysages urbains coloriés, tout est beau et neuf, accueillant. On y voit des habitants qui coopèrent, qui créent, qui ont des idées.
C’est un beau parcours, une mini encyclopédie des villes de demain, mais aussi le lieu d’une réflexion, autour de questions comme : Une ville peut-elle être intelligente ? Peut-on créer sa propre ville ? La ville a ici un bel avenir.

La Planète des 7 dormants

La Planète des 7 dormants
Gaël Aymon
Nathan, 2018

Festival de SF

Par Anne-Marie Mercier

On trouve dans ce roman de science-fiction de multiples échos d’œuvres qui ont marqué le genre : La Planète des singes (pour le décentrement par rapport à une perspective terrienne), Dune (pour le désert et ses cultures du sable, ses prophéties plus ou moins truquées qui finissent par advenir), et d’autres sans doute. On y trouve aussi beaucoup d’idées originales et intéressantes, presque trop : il y aurait eu de quoi faire un énorme roman, ou une série.

Mais l’auteur (ou l’éditeur ?) a choisi de faire court. De ce fait, les scènes s’enchainent sans lien, scandées par de nombreuses ellipses, des changements de point de vue. Les caractères des personnages sont bien schématiques, leurs motivations simples. L’ensemble forme un puzzle. Le lecteur doit le reconstituer, tenter de saisir les liens et les causes, cela forme une œuvre curieuse, qui ressemble davantage à un scenario qu’à un roman. Elle plaira surtout à ceux qui aiment aller vite en enchainant les péripéties, plus amateurs de cinéma que de littérature : portrait de l’ado type ? On peut penser que d’autres resteront un peu sur leur faim.

La série des Anton

Anton et les filles
Anton est-il le plus fort ?
Anton et les rabat-joie

Ole Könnecke

Traduit (allemand) par Florence Seyvos
L’école des loisirs, 2015 [2005], 2014, 2016

Jeu philosophique

Par Anne-Marie Mercier

La série des Anton est un régal permanent, dont on ne se lasse pas. Son héros, toujours vêtu de blanc et rouge et portant un chapeau rouge, se confronte aux enfants de son âge, garçons et filles, et met en lumière des comportements caractéristiques, souvent genrés, mais pas toujours, dans les jeux et les conflits.
Dans Anton et les filles, la question est de savoir comment s’introduire dans le jeu des autres, comment être accepté dans un groupe. Faut-il faire étalage de ses qualités, de ses possessions, de ses talents ? Faire « l’intéressant » ? Rien de tout cela, surtout, semble nous dire l’auteur, lorsque l’autre est une fille ou un groupe de filles. La réponse est en apparence simple, mais en fait assez retorse…

Anton est-il le plus fort ? met en scène deux garçons, Anton et Luckas qui se placent en compétition sur cette question cruciale et font assaut d’exagération et de comparaison, montrant qu’un assaut verbal est possible et efficace. Les propositions imaginaires sont inscrites en traits de crayons de couleur, rouge pour Luckas (qui est vêtu de bleu) et bleu pour Anton (toujours en rouge). La chute est comique et met les deux enfants à égalité, tandis que la fin montre que tout cela n’était que des mots, qu’un jeu…

Anton et les rabat-joie est sans doute le plus subtil. On est ici très proche de la psychologie enfantine, où le désastre de ne pas être accepté équivaut à la mort, et où la mort est fantasmée (c’est quoi ? on ne bouge pas, on ne joue pas…?). Anton, refusé dans un jeu par ses amis habituels (Luckas, Greta et Nina), décide qu’il est mort et se couche. Luckas le rejoint bientôt, fâché avec les filles à qui il a emprunté une pelle (pour enterrer Anton, bien sûr) ; puis vient le tour de Nina, fâchée et enfin de Greta qui n’a plus personne avec qui jouer puisqu’ils sont tous morts. Les quatre enfants, couchés ne bougent plus… mais la pluie, mais les fourmis… Au calme succède l’explosion finale et les rires. Le récit se referme sur lui-même et sur le gouter proposé par Anton à ses amis

 

Meurtres dans l’espace

Meurtres dans l’espace
Christophe Lambert
Syros (Mini Syros, « Soon »), 2017

Dagobert en robot

Par Anne-Marie Mercier

Publié dans un premier temps en 1998 chez Hachette jeunesse (« Vertiges SF »), ce roman trépidant paraît en petite collection de poche. Il est petit… mais concentré : de nombreux thèmes de la SF sont mêlés : le voyage interstellaire avec les contraintes qu’il suppose, le huis-clos, la biologie, les aliens, et surtout les robots, clin d’œil permanent aux livres d’Asimov. C’est l’originalité de cet ouvrage car PUCK (Personnalité unique à circuits kryptonisés) est l’ami, le confident et le compagnon de jeux d’Alexia, qui a embarqué avec ses parents à bord du Space Beagle 3, à destination d’Alpha du Centaure, et il joue un rôle déterminant. Les assassinats et sabotages se succèdent, qui est le coupable, le chef mécanicien ? le pilote ? le capitaine ? une chose est sûre (pour Alexia) : ce ne sont pas ses parents, et le lecteur le devine bien aussi.

On ne racontera pas l’intrigue, de peur de divulgâcher la surprise finale qui fait penser aux dénouements d’Agatha Christie.  Mais c’est aussi aux romans pour enfants d’Enid Blyton qu’on pense : Alexia et Puck valent bien à eux deux tout le groupe du Club des cinq, face à des adultes bornés et passifs, quand ils ne sont pas malveillants. Le fait que tout se passe dans l’espace, que Dagobert est un robot (énorme différence, Asimov n’avait pas prévu que les chiens sont plus fiables) et que les morts s’accumulent au fil du texte font la différence essentielle.

 

 

Le Royaume de Pierre d’Angle, t. 1 : l’art du naufrage

Le Royaume de Pierre d’Angle, t. 1 : l’art du naufrage
Pascale Quiviger
Rouergue, 2019

Pur délice par mer, terres, bois, jusqu’à La Forêt

Par Anne-Marie Mercier

Sous un titre assez banal (combien de royaumes imaginaires depuis ceux de George R. R. Martin (Le Trône de fer) ou même la Terre du milieu de Tolkien (au fait, sur ce dernier il se passe des choses : allez voir dans la page actualités de Li&je) se cache une œuvre très originale.

Cette originalité tient sans doute à son écriture, qui n’a rien de révolutionnaire mais est simplement belle, fluide, parfaite. Chaque image est juste et parlante, les mots sonnent comme des petits cailloux chargés de sens qu’on peut tenir dans sa main. Une évidence, direz-vous ? pas tant que cela. Les dialogues ne sont jamais creux, et ils portent la marque des locuteurs : chacun son style et son allant.

Quant à l’histoire, elle est palpitante, étrange ; elle reprend de vieux thèmes de contes et de romans d’aventure en leur donnant une allure toute neuve tant ils sont retravaillés et insérés de manière naturelle dans un monde autre. On devine assez vite que les amours longtemps différées des deux héros trop parfaits vont être entravées. Le Prince Thibault et la belle Ema, jeune femme noire, esclave en fuite, sont charmants.

Mais la plus agréable découverte, c’est celle des personnages secondaires. D’abord les marins et le capitaine de bateau, puis la cour du pays de Thibaut, sa marâtre, son frère sinistre, son précepteur lumineux, le chambellan (ici, on pense aux Vestiges du jour), les cochers, les boulangers, cuisinières, lingères, aubergistes… tout ce peuple plein d’espoirs et de rumeurs, de traditions et d’intrigues aussi. On n’apprend, comme Ema, que très progressivement, la terrible malédiction qui pèse sur le peuple.

L’autre charme du récit se trouve dans la poésie de la mer, des travaux à bord, du temps qui passe, lentement, et parfois des tempêtes, des monstres marins et des naufrages. On visite le monde autour de Pierre d’Angle, avec ses différents peuples, leurs différentes cultures : les uns sont esclavagistes ou guerriers (on pense beaucoup au Trône de fer), d’autres pas, surtout pas le beau pays de Pierre d’Angle qui apparaît comme un monde paisible et bien gouverné. Puis on visite ce pays de Pierre d’Angle, lors de la tournée qu’effectue Thibault devenu roi, avec la poésie des travaux ordinaires, de paysages contrastées, d’accueils différents selon les hôtes, de repas, de spectacles. Et puis l’hiver vient…

Les 483 pages du roman filent comme le bateau de Thibault pris dans une course contre la montre… trois autres tomes sont prévus.
Sur le site du Rouergue, on peut feuilleter le début.

 

Diane danse

Diane danse
Luciano Lozano
Traduit (espagnol) par Sébastien Cordin
Les éditions des éléphants, 2018

La danse (et les maths) pour toutes!

Par Anne-Marie Mercier

Diane, petite fille boulotte à lunette (on pense à la copine de Fantômette), n’a pas le profil d’une danseuse, et pourtant… elle s’y lance à corps perdu, cela donne du sens à sa vie, et l’aide même à réussir à l’école car elle arrive enfin à mémoriser ses tables de multiplication les apprenant en mouvement.

L’album est en partie à destination des parents : les problèmes d’attention de Diane et sa difficulté à percevoir l’intérêt des apprentissages scolaires parleront à certains. C’est aussi un album à la gloire des psychologues perspicaces puisque c’est dans le cabinet de l’un d’eux que Diane découvre (et sa mère avec elle) sa passion et son talent.
Quant aux dessins, ils sont charmants, avec la bouille ronde et toutes les autres rondeurs de Diane, l’énergie des petits danseurs et ils semblent dire que la danse est pour tous et pas seulement pour les filles filiformes. Un album manifeste ?

 

Inukshuk

Inukshuk
Camillelvis
Dyozol, 2017

Pleins et vides

Par Anne-Marie Mercier

Album graphique, comique, conceptuel, écologique… Inukshuk, étrange objet, est d’abord très drôle. Un inuit rencontre un ours farceur ; cette première étape, sur fonds blanc et gris, est tout en dynamisme, travail sur les formes, le vide et le plein, le dedans et le dehors.
Dans la deuxième partie, plus sombre, une baleine noire a pris la place de l’ours, et elle ne plaisante pas : Inukshuk est happé, retrouve l’ours, et d’autres,  le noir envahit le monde.