Le grand Voyage du petit nuage

Le grand Voyage du petit nuage
Bernard Villiot – Anja Klauss
L’élan vert 2026

Trouver sa place

Par Michel Driol

Le héros est un tout petit nuage émotif que ses frères, méprisants, ont surnommé Cumulominus et qui décide de trouver sa place dans le monde. Il se retrouve frigorifié dans les pays froids, pourchassé par les indiens, menacé par des pêcheurs, effrayé par un vendeur de barbe à papa jusqu’à trouver une sympathique vieille dame dont il arrose, chaque jour, avec bonheur, les fleurs.

Voilà un récit poétique et initiatique. Récit poétique d’abord, par la figure de ce petit nuage fragile et sa quête d’un lieu qui lui serait adapté. Poésie des mots avec lesquels le texte joue, poésie des rencontres pleines d’imprévu et de charme : un vieux couple belle époque, des oies sauvages, une sirène, c’est tout un imaginaire qui se déploie ici, un imaginaire qui mélange allègrement les lieux et les époques. Voyage initiatique ensuite, car le petit nuage se voit confronté à une série d’épreuves qu’il surmonte soit seul, soit avec quelques adjuvants come la sirène. A chaque étape, il est attiré par ce qui lui ressemble : la fumée, l’écume, la toison des moutons, jusqu’aux cheveux blancs de la dernière dame.  Qui se ressemble s’assemble.  Qui suis-je ? Avec qui suis-je apparenté ? Voilà quelques-unes des questions que pose cet album qui interroge sur le sentiment d’appartenance et la quête de soi. Cette quête d’une place dans le monde, au-delà des obstacles, des dangers, le petit nuage la réussit, invitant les lecteurs à ne pas se décourager, à son image. Personnage à la fois fragile et vulnérable, il sait se révéler plein de gentillesse et de persévérance et trouver une place absolument inattendue, mais tellement à son image ! Des illustrations aux couleurs lumineuses, pleines de détails et de vie, remplies d’oiseaux  participent de l’atmosphère tendre et douce de cet album.

Reprenant tout l’imaginaire lié aux nuages, vaporeux, insaisissables, cet album fait le portrait d’un personnage fragile et tendre, en quête de lui-même, à l’image de nombreux enfants qui ne demandent qu’à trouver quelqu’un qui les aimera et les aidera à être utiles au seuil de ce grand voyage de la vie.

Menthe aux grands pieds

Menthe aux grands pieds
Masini Béatrice

Hachette jeunesse, La Bibliothèque rose, Belle intelligente et courageuse, 2012

Par Caroline Scandale

Du côté des petites filles

La Bibliothèque rose propose une série à destination des filles de 6-8 ans, « Belle intelligente et courageuse ». Une énième collection stéréotypée « girly » où l’héroïne aime le cheval ou la danse? Perdu! A contrario, les personnages féminins principaux sont plutôt iconoclastes et rebelles.

Menthe, l’héroïne de cet ouvrage, a des grands pieds et ses parents ne l’acceptent pas telle qu’elle est. Ils voudraient les lui faire raccourcir alors qu’elle-même apprécie cette spécificité anatomique qui la rend unique… D’ailleurs elle se fait faire un paire de bottes rouges sur mesure qu’elle porte fièrement comme un drapeau! Un jour, fatiguée par ses géniteurs intolérants, elle décide de fuir pour parcourir le monde à la découverte des autres. Durant ce périple, elle vit de nombreuses aventures avec brio et panache et comprend rapidement que sa différence est une force.

L’intitulé de cette série aurait juste pu se passer de l’adjectif belle, raccoleur et inutile. Les petites filles n’ont vraiment pas besoin d’entendre encore et toujours qu’elles doivent être jolies… Les héroïnes de ces histoires ne sont pas centrées sur leur image mais veulent plutôt se réaliser à travers le mérite. Et si nous attendions autre chose des filles, notamment qu’elles soient ce qu’elles désirent être? C’est justement ce que Menthe nous enseigne à travers ce conte fantastique.