Ma petite maison ronde

Ma petite maison ronde
Bolormaa Baasansuren
Rue du monde 2013

Avoir un an en Mongolie

Par Michel Driol

Entre documentaire et fiction, cet album raconte la première année de la vie de Jilu, fils de nomades mongols. Porté par la voix de Jilu lui-même, de façon naïve et enfantine,  le récit évoque la naissance,  le premier jouet, la rencontre avec le grand père, les quatre  campements, au fil des saisons, et l’enfant qui grandit.

A la façon de Jilu, le jeune lecteur occidental découvre, à travers le texte et les illustrations, ce mode de vie rude et tellement éloigné du nôtre. L’album se tient sur une ligne de crête entre la poésie du texte (qui reprend souvent le symbole du cercle protecteur et le lien avec la nature environnante) et une dimension ethnographique réaliste, portée en particulier par les illustrations qui, tout en s’inspirant fortement de l’art populaire, donnent à voir de nombreux détails de la vie quotidienne (objets, rites, coutumes, vêtements).

Une belle façon de faire découvrir d’autres façons de vivre et l’amour familial, la bienveillance comme valeurs universelles.

Je suis le chat

Je suis le chat
Jackie Morris
Gautier Languereau, 2012

A tout seigneur…

par Christine Moulin

46050L’album frappe d’abord et avant tout par sa taille: immense, il propulse sur sa couverture une magnifique tête de chat roux, aux yeux verts obsédants, à la moustache conquérante. Le titre, en lettres dorées, est tranquillement dominateur car, comme dit Jacques Roubaud, « Quand on est chat/ On est chat ». Sur la page de garde, c’est la lune qui envahit l’espace mais c’est pour mieux mettre en valeur l’animal vedette qui se détache en ombre chinoise. La page de la dédicace se fait plus tendre, abritant une multitude de chats, ceux que l’auteur a aimés, tous différents mais tous surmontés d’une auréole, qui laisse à penser qu’ils ont rejoint le Paradis qui leur est réservé. La page de titre montre à nouveau l’animal de la couverture, toujours en gros plan, qui s’avance vers le lecteur de sa démarche chaloupée. On se dit alors que cela va être un festival pour félinophile!

Et de fait, sur la première double page, s’étale, roulé en boule, celui qui a fièrement proclamé: « Je suis le chat » et il nous livre la clé de ses songes… Qui ne s’est demandé à quoi rêvait son chat, justement, quand il agite ses moustaches ou grogne doucement? La réponse qu’imagine l’album nous emporte sur d’autres continents et laisse place à de grands félins, auxquels s’identifie le chat narrateur, dont la part sauvage n’a donc pas totalement disparu. Successivement, le tigre, le guépard, le lynx, le puma, le léopard des neiges, le jaguar, le lion, le chat sauvage d’Ecosse et le léopard de l’Amour envahissent les pages, à fond perdu : touche amusante, ils sont décrits comme des chats, à quelques détails près… (par exemple, le lynx est un chat.. « élancé, aux yeux perçants, tacheté, luisant et élégant »). Le vrai nom de chaque animal est révélé à la fin de l’album car au fond, c’est bien d’un documentaire qu’il s’agit.

L’idée est belle, qui nous rappelle que, selon les mots de Victor Hugo, « Dieu a inventé le chat pour que l’homme ait un tigre à caresser à la maison »… et l’objet est superbe!