Le Bondivore géant


Le Bondivore géant
Julia Donaldson, Helen Oxenbury
Kaléidoscope, 2017

Les effets de la peur

Par Anne-Marie Mercier

Un lapin rentrant chez lui entend une voix sortir de son terrier qui s’exclame : « Je suis le Bondivore géant, aussi horrible que méchant ! il appelle à l’aide un chat, un ours, un éléphant, qui tous sont terrorisé par la même voix, qui décline toutes ses qualités : horrible, terrifiant, dangereux, haut… jusqu’à ce qu’une petite grenouille intervienne pour faire cesser la contagion de la panique et rappelle son petit bébé farceur qui fait la grosse voix.

Le texte joue sur des variations sur les mots qui désignent la peur, sur les comparaisons qui permettent de faire comprendre l’extraordinaire, tant au niveau des actions que des formes, tandis que le dessin met en scène les émotions (effroi, honte, inquiétude, surprise, hilarité) et le comique de la situation. Un joli classique à lire et relire.

De cape & de mots

De cape & de mots
Flore Vesco
Didier Jeunesse 2015

Entre le Bossu et Fantômette

Par Michel Driol

decapeSerine, jeune demoiselle noble sue’une famille désargentée, la quitte clandestinement à la mort de son père pour devenir demoiselle de compagnie de la reine. Une reine tyrannique, capricieuse, qui adore humilier et châtier. A la cour, Serine découvre l’étrange comportement du secrétaire du roi, atteint d’une maladie bizarre. Elle découvre aussi de drôles de bourreaux – plus humains que certains des courtisans. Disgraciée, elle se fera passer pour le fou du roi, ce qui lui permet de tout dire, avant d’épouser le fils du roi à l’issue d’un procès mémorable.

Ce roman est un excellent pastiche féminin des romans de cape et d’épée, dans lequel la parole s’avère être une arme redoutable. Le personnage de Serine, à la fois drôle et touchant, incarne avec fougue l’impertinence d’une ado de 17 ans. Elle invente des mots – et comme dans le roi est nu, les puissants font semblant de les connaitre. Elle enquête, découvre un complot, et échoue près du but, faute à une malice du destin. La narration est enjouée, pleine d’humour décalé, et créé un univers carnavalesque dans lequel on se moque des puissants et de leurs travers, en les caricaturant. Le rire, la langue bien pendue, l’irrévérence deviennent alors des armes redoutables pour dire le monde.  Ce royaume imaginaire ressemble finalement, par bien des côtés, à notre société.

Un premier roman qui augure d’une longue carrière, on l’espère pour l’auteure !