Gabriela
Cécile Roumiguière
Thierry Magnier Petite poche 2026
Mater dolor rosa
Par Michel Driol
Au début du XXème siècle, Gabriela, qui va fêter ses dix ans, vit chichement avec sa grand-mère et attend la venue de sa mère, ouvrière décoratrice dans une faïencerie. Mais cette dernière ne pourra pas venir, car l’usine a reçu une importante commande. Désespérée, la petite fille n’ouvre pas le cadeau envoyé et enterre la poupée reçue l’année précédente. C’est alors que, comme répondant à la lettre muette envoyée par sa propre mère, sa mère revient, avec une promesse d’emploi plus proche.
En quelques mot,s et c’est là la force de la collection Petite poche, Cécile Roumiguière évoque le destin de familles italiennes immigrées en Lorraine. Jouant de la multiplication des points de vue, celui de la fillette, de sa mère, de sa grand-mère, elle raconte le destin de trois femmes qui se battent pour survivre, mais aussi pour leurs droits. Le récit raconte aussi une promesse d’ascenseur social : une grand-mère illettrée, une mère qui sera peut-être employée au bureau de poste, une petite fille bonne élève qui pourrait devenir institutrice, ou architecte… Mais il parle aussi des liens invisibles entre mère et fille : témoin la prière silencieuse en forme de lettre de la grand-mère à la mère, la priant de revenir, témoin le souci qu’a la mère de sa fille, sa façon de l’imaginer grandir loin d’elle. Il s’inscrit enfin autour d’une thématique, celle des fleurs, de l’herbier que compose la fillette à celles que peint la mère sur les assiettes, tandis que la bande son évoque Bella Ciao et les chansons populaires italiennes du début du siècle, introduisant dans le texte une autre forme de poésie, celle d’une langue étrangère qui évoque aussi la grande douleur…
Un texte pur et épuré, pour dire avec empathie trois personnages féminins, trois générations. Qu’on me permette ici d’évoquer la chanson de Francesca Solleville, Sous le marronnier du jardin, pour cette façon de transmettre avec douceur et tendresse une mémoire et une histoire féminines de génération en génération, et l’espoir d’un monde plus humain.