Méchant Charles

Méchant Charles
Alex Cousseau, Philippe Henri Turin
Seuil (Seuillissime), 2026

Poémes en flammes

Par Anne-Marie Mercier

Paru en grand format en 2019, cette histoire méritait bien une réédition. Le format poche à couverture souple lui donnera sans doute une plus grande diffusion, au prix d’une perte en dimensions. C’est un épisode d’une série commencée en très grand format avec Charles à l’école des dragons (2010) – voir la critique excellente de Christine Moulin sur lietje. Dans le tome troisième on le voyait tomber amoureux d’une princesse (2015).
Charles est donc un dragon (les enfants adorent, bien sûr !) ; son amie la princesse Cornélia (non, pas Camilla, ha !) est une dragonne. Tout va bien jusqu’ici. Mais Charles est tout petit et elle, immense. Il est poète. Il porte un chapeau melon (normal, on est en 1833). Il a des allergies terribles au pollen.
Toute cette histoire est magnifiquement illustrée dans des couleurs éclatantes. Charles est d’un très beau jaune, sa dragonne en rose et noir fait une élégante cocotte, les fleurs sont écarlates, et l’océan bien bleu. Les points de vue et cadrages varient comme au cinéma : du grand et beau spectacle !
Cette aventure les montre atterrissant sur une île fleurie, d’où arrive le drame : Charles éternue, ils se disputent, Cornélia s’en va, Charles est menacé par une tribu sauvage, s’en pend à plus petit que lui… enfin les catastrophes s’enchainent jusqu’au happy end qui montre les deux dragons réconciliés, fuyant une bataille bien humaine qui se déroule tout en bas alors qu’eux frôlent les nuages. Les dragons sont pacifiques (quand ils ne souffrent pas d’allergie), les hommes non. Ils sont aussi poètes et l’aventure est ponctuée de belles créations de Charles, tantôt amoureuses, tantôt vengeresses, à la manière du Cyrano d’Edmond Rostand (mais en moins bien, ses vers étant souvent du genre mirliton). Charles conclut, voyant les hommes de deux continents s’entretuer : « Regardez-les
Oh qu’ils sont laids
A brandir leur fusil
Comme un second zizi »
Le fait que l’un des camps soit celui des anglais colonisateurs et l’autre celui d’une tribu native n’est pas évoqué : Charles pratique un pacifisme radical.