La Vraie Couleur de la vanille

La Vraie Couleur de la vanille
Sophie Chérer
L’école des loisirs (médium), 2012

 Noire vanille

Par Anne-Marie Mercier

VraievanilleSi tout le monde connaît à La Réunion le nom d’Edmond Albius, ce n’est pas le cas en France métropolitaine et le livre de Sophie Chérer a le mérite de faire connaître cette histoire étonnante : Edmond, fils d’esclave élevé par un propriétaire terrien amateur de botanique, est celui qui a découvert le procédé de fécondation des vanilliers et fait ainsi la fortune de l’île. Mais ceci n’est pas un conte de fées et la fin de l’enfant choyé et génial est aussi triste qu’inévitable.

Sophie Chérer centre son récit sur les belles années d’enfance. Avec la découverte des plantes, des formes et des odeurs par Edmond, elle mène le lecteur dans de merveilleux jardins et son écriture fait lever les images et les odeurs. Le personnage fantaisiste de son tuteur, Ferréol, est complexe et marquant. Enfin, le portrait de la « bonne » société des planteurs est cruel à souhait, sans que le trait soit forcé. C’est un beau récit, sensible, parfumé et poignant, autant qu’un réquisitoire contre l’esclavage.

 

La Buse, pirate de l’île de la Réunion

La Buse, pirate de l’île de la Réunion
François Vincent, Maryse Lamigeon

L’Ecole des loisirs (Archimède)

La Buse ou la vie !

Par Mathieu Freyheit

La Buse, pirate de l’île de la Réunion.gifLa Buse est un pirate, un vrai. Né en 1680 à Calais d’un père corsaire, il plonge dans la piraterie et hante les eaux de Madagascar et de Bourbon (aujourd’hui la Réunion) autour des années 1720. Navires, batailles, naufrages, trésors et pendaison : tout dans la vie d’Olivier Levasseur, dit La Buse, dévoile de la piraterie ce que…nous en savons déjà. Et, heureusement pour nous, Maryse Lamigeon n’a pas l’intention d’y revenir.

Au détriment d’un titre qui se révèle inopérant, l’histoire est celle d’un jeune garçon, Paul, habitant de la petite île Bourbon. Un drame familial conduit Paul à travailler dans une plantation, accompagné de la belle Malgache Flora, dont il est épris. Contraint à la fuite, il prend la décision de s’embraquer en mer. Sur son chemin, il croise, à plusieurs reprises, le tristement célèbre pirate La Buse.

Le pirate ne fait donc pas figure de héros, loin s’en faut, mais demeure au fil du récit ce qu’il fut en réalité pour ses contemporains : une ombre planant le long des côtes, un danger permanent, une rumeur. Un livre d’ambiance, pourrait-on croire, n’était l’irrésistible tentation de verser dans le récit d’aventure. On pourrait reprocher à l’histoire cet entre-deux, dont découle un certain manque de dynamisme : l’auteure ne ménage que peu de place au suspens – et au plaisir –, les évènements s’enchaînent parfois sans vie ; et sans grande émotion. A défaut de cela, Maryse Lamigeon parvient à conter les choses avec une simplicité qui n’est pas si courante.

D’autant plus que les manques de l’histoire sont parfaitement comblés par le travail de François Vincent. Finalement, La Buse, pirate de l’île de la Réunion est avant tout un livre à regarder. François Vincent a réalisé des planches d’une merveilleuse harmonie, confirmant son talent non seulement d’illustrateur, mais aussi de passeur de sensations. La maîtrise des motifs maritimes comme des scènes de nuit, dans une simplicité de tons, en font un superbe ensemble sur le plan esthétique.

Enfin, l’ouvrage se complète d’un intéressant dossier historique et pictural, d’un glossaire, ainsi que d’une efficace bibliographie.