Son lac

Son lac
Marine Carteron
Rouergue (Epik) 2026

La Dame du Lac

Par Michel Driol

Elle, avec une majuscule, c’est ainsi qu’Elle est désignée dans ce roman fantastique et gothique. Elle, c’est une créature des temps anciens, immortelle, aussi bien à l’aise sur terre que dans l’eau, grâce à ses branchies.  Elle, on la retrouve au Moyen Age, où elle séduit un moinillon afin qu’il lui fasse un enfant. Elle, on la retrouve aussi au XIXème siècle, rôdant, épiant, et entrainant au fond de l’eau le frère de celle qui se méfie d’elle, et que l’on fait passer pour folle. Elle, c’est enfin celle qui, de nos jours, trouble la vie de deux frères, faisant disparaitre l’un, et mutilant l’autre…

Cette Dame du Lac, elle est sans doute plus proche de Mélusine que de Viviane : dangereuse, se méfiant des hommes, riche et puissante. Fée par certains côtés, sorcière par d’autres, à la fois monstre aquatique sans autre morale que celle de vouloir faire perdurer son espèce, mais aussi femme meurtrie par la cruauté des hommes, responsable de la mort de sa fille. Un beau personnage tout en ambiguïtés, à la fois attachant et repoussant, libre et sans attaches, meurtrie autant que meurtrière.

Une femme capable de se métamorphoser, au gré des siècles, en châtelaine des bords du lac, ou en sorcière-conteuse, racontant la légende d’une dame du lac, légende sans cesse remaniée au fil des époques, légende visant avant tout à éloigner les curieux de ses pouvoirs, de ses trésors, de son antre sous-marin.

Entre thriller contemporain, récit historique, et roman fantastique, le roman vaut par son écriture et son découpage, sa façon de briser l’ordre chronologique pour emmener le lecteur tantôt au XXème siècle, tantôt au moyen âge, laissant ainsi des bribes d’histoires en attente d’achèvement, achèvement qui viendra clore le récit en montrant les liens entre tous les personnages dans un final où se déchaine la violence lors d’une fête entre ados pour fêter la fin des épreuves du baccalauréat.  Le roman fait alterner les regards, suit les personnages ou la créature, prenant parfois, pour le XIXème siècle, la forme du roman épistolaire, recréant toujours les atmosphères particulières à chaque époque : l’importance de la religion et de la lutte contre les sorcières au moyen âge, la psychiatrie naissante au XIXème siècle. Mais ce sont toujours les femmes qui sont victimes, enfermées, pourchassées, condamnées…

Après cette lecture, vous ne verrez plus le lac d’Annecy de la même façon.

Un roman qui a aussi séduit Anne Marie Mercier. Voir sa chronique.

Son Lac

Son Lac
Marine Carteron
Rouergue (epik), 2026

Jeunes gens, méfiez-vous des rivages…

Par Anne-Marie Mercier

Si vous allez passer vos vacances au bord du Lac d’Annecy, ce livre est pour vous. Ou peut-être ne devriez-vous absolument pas le lire… La terreur risque de vous accompagner pendant tout le temps où vous fréquenterez ses rivages.
La dame du lac évoquée par le titre n’est pas celle du roman arthurien, mais celle qui hante ce lac même, la dame d’Angon, coupable d’avoir séduit un moine du prieuré de Talloires, et peut-être, après avoir échappé à ses bourreaux, d’avoir causé la mort de nombreux jeunes gens jusqu’à l’époque contemporaine.
Le récit se déroule donc sur plusieurs époques en parallèle. L’une est celle des origines de la créature qui deviendra cette Dame. Son peuple a été décimé par une catastrophe, un peu à la façon des dinosaures, et, elle est la seule survivante. Elle reste seule pour l’éternité, croit-elle, jusqu’au jour où l’espoir revient. Ainsi, au XIIIe siècle, sous l’identité d’une riche, noble et pieuse dame, elle a séduit un jeune moine et, à sa grande surprise, en a conçu un enfant. Elle suppose que ce moine, dont la famille est originaire d’un village proche a des gènes compatibles avec les siens. Avec cela, l’espoir de redonner une vie à sa race revient : elle traquera les jeunes hommes issus de certaines familles pour en faire ses amants et les emprisonner dans son domaine aquatique – les autres elle les dévore tout simplement. Un épisode qui se déroule au XIXe siècle comporte une partie sous forme de roman épistolaire pastichant les romans fantastique de l’époque : une jeune fille essaie de convaincre son frère de na jamais revenir chez eux, convaincue qu’il sera la prochaine victime. Elle passe pour folle, il. lui écrit à son tour… mais disparait et son corps, comme celui des autres ne sera jamais retrouvé… jusqu’à l’époque contemporaine qui dévoile tous les mystères macabres cachés dans les grottes souterraines du lac.
La question de la solitude du monstre, un thème que l’on retrouve dans bien des œuvres fantastiques, comme Frankenstein par exemple, est centrale dans ce roman. L’époque contemporaine la montre, attirant dans ses filets, un adolescent, puis son frère… puis leurs amis… Incompréhension, mystère, disparition de l’aîné, enquête policière, refus du surnaturel, de nombreuses étapes, se succèdent, alternant avec des retours sur les époques antérieures : ses amours avec le frère Jean, puis d’autres. Le groupe d’amis héros de la partie contemporaine du roman, composé de trois garçons et d’une fille finit par comprendre qu’il y a derrière tout cela une malédiction familiale, ou du moins un lien historique entre leurs familles et la Dame : il y a une histoire de sang entre eux…
Le suspense est très bien mené, la vérité se dévoilant peu à peu. Certaines descriptions sont glaçantes, et la fin prend l’allure de thriller. Le personnage de la Dame, un peu monstrueuse, un peu sorcière, et somme toute très humaine est fascinant. Elle rejoint les nombreux personnages de femmes aquatiques inquiétantes : les sirènes, Mélusine, la femme serpent, et enfin la figure un peu plus rassurante du la Dame du lac de Lancelot.