Bansky, Marseille et moi

Bansky, Marseille et moi
Elise Fontenaille
Rouergue 2026

Total zaatar

Par Michel Driol

Darwin, qui s’est séparé d’Eva, part à Marseille car son idole, Bansky, y a réalisé un nouveau graff. Il s’y rend en covoiturage avec  Fiona, bloggeuse et voyageuse, qui le présente à ses amis Yasmina et Yakoub, qui tiennent un restaurant avec leur fille Massilia. Cette dernière fait découvrir à Darwin une ville cosmopolite, regorgeant de saveurs, et des histoires multiculturelles de tous ceux qui y vivent et proviennent de toute la méditerranée.

On retrouve avec plaisir Darwin, le héros de Bansky et moi, de la même autrice. Il a vieilli, est devenu cuisinier. Alors qu’il est à la recherche d’un graff de Bansky, il va trouver une famille, en particulier un père en la personne de Yakoub.  Il découvre aussi le couple plein d’amour formé par Yasmina, née à Gaza, et Yakoub, juif. C’est la tragédie de Gaza qui plane sur tout le roman, tragédie hélas d’actualité. Les uns y ont perdu un hôtel, Nour. D’autres se souviennent, avec nostalgie, d’une enfance heureuse à Gaza. Les personnages suivent l’actualité, celle de Fatem Hassona, assassinée avant d’aller à Cannes. Pour autant tout le roman parle d’un vivre ensemble possible, de générosité, de partage, de culture – et de cuisine – partagée. Certains reprocheront peut-être à ce roman sa structure répétitive, Massilia montrant à Darwin sa ville, ses recoins secrets, ses bars, ses restaurants, dans une exploration urbaine qui met surtout en évidence une ville loin des clichés que l’on peut avoir d’elle, mafia et trafics de drogue. Cette forme libre permet en fait d’illustrer une certaine façon de vivre ensemble, dans une ville monde où se croisent des gens de toutes origines, de toutes cultures. Une ville qui est à l’image du zaatar, ce mélange d’épices oriental, que Darwin apprend à constituer.

Se dégage de ce roman qui croise les figures des exilés palestiniens, de Bansky, de Missak Manouchian et de Tomas Elek, de Marine Vlahovic  ou de Hiam Abbass une grande impression d’espoir. En dépit des tragédies passées et présentes qu’il évoque, il montre des personnages qui résistent, qui gardent foi en un futur meilleur. Des personnages comme Yakoub, qui conduit son restaurant à la ruine par sa grande générosité. Des personnages comme Massilia, qui veut devenir architecte pour construire des immeubles qui ne s’effondreront pas et ne seront pas l’objet  de spéculation foncière. Des personnages simples, auxquels chacun et chacune pourra s’identifier, qui manifestent surtout leur curiosité, leur ouverture aux autres, leur refus des discriminations.  Elise Fontenaille réussit ce tour de force de proposer ici un roman réjouissant, optimiste, positif, sans rien omettre des violences, des guerres, des tragédies qui endeuillent le pourtour de la Méditerranée.

Même si Jean Claude Izzo n’est pas cité par l’autrice dans ses sources ou ses remerciements, on ne peut s’empêcher de songer à lui en lisant ce roman, tant les images de Marseille qu’ils proposent tous les deux se rejoignent. C’est la même générosité dont il est question, le même attachement à cette ville si particulière, ce même rapport à la mer, mais aussi cette même gourmandise. Et ce n’est pas pour rien que Bansky, Marseille et moi se termine, comme le premier opus, par une série de recettes.

Un récit vivifiant qui inscrit pleinement des personnages positifs, attachants, aux origines diverses,  dans l’histoire contemporaine, pour affirmer, comme l’une de ses personnages, que le vrai combat, c’est la bonté.

Nos chroniques sur le premier opus : celle de Maryse Vuillermet et la mienne