Au bout des pieds

Au bout des pieds
Marie Poirier
(Les Grandes Personnes) 2025

D’un chemin à l’autre

Par Michel Driol

Les enfants connaissent bien  la concaténation J’en ai marre/ marabout… ou encore la comptine Derrière chez moi, savez-vous quoi qu’y n’y a … Marie Poirier reprend ce principe, pour entrainer le lecteur au bout des pieds, puis au bout du chemin, au bout du caillou… au bout du livre où il y a toi, et on recommence avec au bout des pieds qui conduisent à un autre chemin.

Une proposition par page, qui se clôt sur au bout de…, la réponse étant donnée page suivante, un dispositif et une structure syntaxique répétitive rassurante destinée aux plus petits, dans un livre solidement cartonné. On accompagne ainsi une première découverte du monde, l’air, le caillou, la graine, le jardin, la maison dans laquelle se trouve le lecteur et le livre, comme pris entre deux chemins, celui qui conduit à la maison, celui qui en part, comme une invitation à continuer cette exploration infinie du monde.  Le graphisme est coloré, réduit au minimum pour donner à voir du concret, le jardin, la maison, mais aussi du  moins visuel, comme l’air. L’ensemble tient quelque part de l’imagier, un imaginer qui fonctionnerait par métonymies successives organisées autour du corps de l’enfant, présent au début, au milieu et à la fin, dans une sorte de mouvement perpétuel qui joue sur la répétition et la nouveauté. On peut lire là tout un programme éducatif, dans lequel se conjugue la découverte du monde environnant avec la stabilité rassurante.  C’est simple, plein de charme et de poésie, et donne envie de lire et de relire pour faire sien le texte tout en tournant les pages.

Un album destiné aux plus jeunes, pour stimuler la curiosité, l’envie de parcourir l’un après l’autre les chemins de la vie, et de s’intéresser à ce qui est plus loin que le bout de ses pieds… ou de son nez !

Poèmes pour les bébés – Haïkus d’automne

Poèmes pour les bébés – Haïkus d’automne
Thierry Dedieu

Seuil Jeunesse 2020

Poèmes en noir et blanc

Par Michel Driol

Ecrire des haïkus pour des enfants de 0 à 3 ans ? Beau défi que relève ici Thierry Dedieu, qui en propose 6 dans un album grand format qu’il illustre lui-même. Comme le jeune enfant perçoit mieux les forts contrastes, les illustrations sont en noir profond et blanc absolu, utilisant tout l’espace de la double page, avec des formes faciles à percevoir.

Six haïkus donc, pour dire l’automne, à travers ses animaux (les grues, les oiseaux, les lapins, les canards), les végétaux (les feuilles, les champignons), les phénomènes météorologiques (la pluie, le vent). Six évocations de l’automne, minimalistes comme doivent l’être les haïkus, disant des instants à saisir, dans un lexique que Dedieu n’hésite pas à vouloir précis (grues, garrigue, chavirer), hors de l’expérience des enfants auxquels il s’adresse. C’est que les mots ici valent autant par le sens que par les sonorités et la musicalité et ils font entendre une langue différente de la langue de tous les jours, une langue qui ouvre la voie à un imaginaire qui s’inscrit dans la nature et le réel. On le voit, on est très loin ici des propositions que ferait un imagier : il s’agit ici moins de nommer le monde que d’en dire la poésie et les mystères. Destinés aux plus jeunes enfants, ces haïkus sont loin d’être bêtifiants, et ils ne manquent pas de profondeur et de sensibilité pour le public adulte qui les lira.

Un bel essai, réussi, pour s’adresser dans une langue poétique aux bébés.

On se fâche, Ce sera une fille, On dort

On se fâche, Ce sera une fille, On dort
Malika Doray

L’école des loisirs, « Loulou et compagnie », 2011

Des livres marionnettes

Par Sophie Genin

9782211207591_1_mUn crocodile aux sourcils froncés, une sorte de chat blanc qui regarde son ventre sur lequel on peut lire « ce sera une fille » et un ourson les yeux fermés au recto, tous de dos au verso, trois petits livres cartonnés proposent très courts récits à chute.

On reconnaît immédiatement les illustrations de Malika Doray matérialisées par des personnages-animaux cartonnés, comme des marionnettes, faciles à manipuler pour de très jeunes enfants. L’auteure illustratrice a réussi à trouver des chutes qui feront sourire les parents puis, petit à petit, les enfants, grâce à des fins surprenantes !

Encore une belle création de cette auteure prolixe et si efficace avec de très jeunes lecteurs !