Le Noël du père Noël

Le Noël du père Noël
Camille von Rosenschild, Alice Gravier
De la Martinière jeunesse, 2020

Tuer le père (Noël) ?

Par Anne-Marie Mercier

Les illustrations réalistes d’ Alice Gravier ont un petit côté vintage, proche des images de Noël d’autrefois et sont réalisées dans un style « ligne claire », proche de la BD, et joliment colorées. Elles fournissent beaucoup de détails : on n’ignore rien des bretelles et des caleçons du Père Noël, de son intérieur où une mère Noël d’allure jeune lit au coin du feu. La nuit étoilée et la neige sont rendues avec poésie.
Le personnage du Père Noël est bien abimé dans cette histoire : il est représenté comme un gamin insupportable avec tous les mauvais côtés du cliché : capricieux, impatient, impossible à raisonner etc. Il y a de quoi s’inquiéter : pourra-t-on « sauver Noël » ? Heureusement, la mère Noël est là. Ca fera sans doute rire les enfants, mais on peut s’interroger sur l’intérêt qu’il y a à détrôner cette dernière figure masculine respectée : après les loups ridicules, les vampires gentils, les princes mous, que restera-t-il?
La plus grande originalité de cet album  réside dans sa forme : la couverture et les pages suivent une découpe qui imite la forme d’un paquet cadeau surmonté d’un gros ruban rouge.

Pour rappel : On peut aussi relire ou offrir le merveilleux Boréal express de Chris Van Allsburg, qui ne tourne pas le dos au mythe du père Noël tout en le revisitant, ou bien chercher une image moderne et drôle de celui-ci dans l’album récent de Nadja, Le Fils du Père Noël, où celui qui fait l’enfant est l’enfant, et non le père.

Bien rangés à l’école

Bien rangés à l’école
Elo
Sarbacane, 2020

Range ta classe !

Le petit théâtre de l’école, c’est aussi bien la cour que le couloir, le dortoir, la cantine, la classe. Tous ces lieux sont représentés très colorés et très pleins : pleins d’enfants-patates aux nez pointus, de sexe indéterminé, de diverses couleurs (bleus, rouges, rose, vert…), très actifs et coopérants, quand ils ne sont pas rêveurs et contemplatifs, et plein de meubles, de décorations, d’objets de toutes sortes (aquarium, crayons, ciseaux et colle, papier hygiénique, gâteaux, chaussons..).

Toute cette animation sans parole se combine avec celle que propose le dispositif : un disque à faire tourner sur lequel apparaissent toutes sortes d’objets lorsqu’ils se trouvent face aux découpes de la page. Ainsi, il faut chercher où placer la chaussette qui se promène dans un endroit incongru, sortir les biscuits de la table où l’on dessine, découpe et colle, remettre le serpent dans le vivarium, attribuer à chacun son doudou, et ne pas mélanger les bottes et les bonnets…
Il y en a des choses à ranger, désigner, commenter ! Cet album est un support drôle pour nommer les choses, les apprivoiser… et peut-être apprendre à ranger en comprenant la logique de chaque classement. Malin !

Écureuil

Écureuil
Géraldine Collet, Olivia Cosneau
Sarbacane, 2020

 Cachettes

Par Anne-Marie Mercier

Cet écureuil à l’œil rond nous est présenté à travers un jeu de questions-réponses dans un petit album carré et cartonné, bien adapté aux petits. Les rabats ont l’air solides et sont faciles à manipuler. Les questions trouvent leur réponse en soulevant les rabats, ce qui dévoile une autre image et un autre texte : on y voit l’écureuil dans son nid, courant, mangeant, etc. et de nombreux de détails sont à découvrir autour de lui.
Les dessins sont tout en rondeurs, avec de belles harmonies de couleurs où l’on sent l’expérience de design textile d’Olivia Cosneau.

Voir d’autres albums de ces deux autrices, autour des animaux, chez Sarbacane

1, 2, 3 bébés

1, 2, 3 bébés
Georgette
Amaterra, 2020

Jouons et comptons avec les bébés

Anne-Marie Mercier

Ce petit album cartonné propose un dispositif tout simple et efficace : chaque double page montre un animal et donne une même phrase avec des variations : dans le ventre de « Y « (l’éléphante, l’ourse, la lapine….) il y a « X » bébés.
Un rabat cache, dans le ventre de cet animal, un, deux, trois, quatre… jusqu’à 9 bébés ; la dixième double page est une surprise. Ces animaux tout ronds et souriants sont attachants, et leurs petits, représentés comme des adultes miniatures, ne respectent pas la distanciation et c’est joyeux.

Drôle d’oiseau

Drôle d’oiseau
Philippe Ug
(Les grandes personnes), 2011

Envol

Par Anne-Marie Mercier

Quand de nombreux albums Pop-up sont de purs exercices de virtuosité, ceux de Philippe Ug ont quelque chose en plus :  une. Histoire, une progression, un rythme. Ici, c’est une histoire simple, proche des intérêts de l’enfant : la naissance dans un nid, dans trois œufs, de petits oiseaux, et leur découverte du monde avec leur maman jusqu’au moment où l’un deux, déjà différent s’avère être vraiment un « drôle d’oiseau ».

C’est au regardeur de noter la différence de couleur et de taille des œufs, et de comprendre que le singulier du titre et de la dernière page désigne le poussin violet au milieu des jaunes. Rien n’est dit, chacun peut se faire son histoire. Et le tout dans une explosion de couleurs toniques et de formes aériennes, superbes.
Et c’est encore plus beau « en vrai » que sur le site de l’éditeur où vous pouvez en voir quelques pages.
Pour les amateurs de soucoupes volantes et de petits hommes verts, Philippe Ug a publié en 2020 De l’autre côté des étoiles.

 

La Tête dans les nuages

La Tête dans les nuages
Tom Schamp
Little Urban 2020

Le plus haut livre du monde ?

Par Michel Driol

Ce livre est à la fois une toise de 2 mètres à accrocher au mur, et un immeuble de huit étages, chaque page étant un étage. On suit trois personnages qui y pénètrent, un petit Chaperon rouge dont le panier se remplit d’étage en étage, un lapin blanc, et un enfant déguisé en léopard.  Au fil des étages, on rencontre une chapellerie, un couple dans une voiture de course, un marin qui arrose une sirène qui se baigne, des joueurs d’échecs dans une pièce surchargée d’horloges, un gentleman farmer qui arrose un arbre, un gros chat, une petite fille dans une immense bibliothèque, en train de lire le livre que l’on lit, à l’envers… Enfin, au dernier étage, un banquet réunit tous ces protagonistes.  Sans oublier la minuscule petite souris qui se promène aussi de page en page, et qu’on pourra chercher…

Dans un univers proche de Lewis Caroll, Tom Schamp propose ici un album coloré, sans texte, ludique et joyeux, qui offre un imaginaire riche à ses lecteurs. Foisonnant de détails, entre réalisme et surréalisme, c’est un régal pour les yeux : chaque nouvelle lecture est l’occasion de trouver de nouveaux éléments féériques ou oniriques, de nouvelles incongruités, de nouvelles sources de plaisir.

La tête dans les nuages est quelque part un éloge de la folie douce, de l’imagination qui entraine de plus en plus  haut, loin de la grisaille du quotidien.

La Promenade de Petit Bonhomme

La Promenade de Petit Bonhomme
Lucie Felix
(Les Grandes Personnes)

Livre vivre

Par Anne-Marie Mercier

Lietje a rendu compte des merveilleux Coucou et Hariki il y a peu. Leur auteure, Lucie Felix, proposait en 2015 un autre album (que nous avions recensé au moment de sa sortie mais qui mérite ici d’être mis en perspective avec les titres récents) dans lequel l’adulte qui lit ou l’enfant qui l’écoute (ou qui reprend le livre seul), sont actifs, parcourent le livre par le toucher et se promènent autant dans l’espace de la page que dans l’espace du récit.

Ce grand album cartonné propose un espace sobre, réduit à une bande colorée comportant parfois des aspérités et surmontée d’un grand espace blanc qui commence dès la page de couverture. L’espace – et donc la promenade – se complexifie peu à peu : du plat on passe à des reliefs, à un précipice qu’il faut franchir, à un toboggan… on rencontre des animaux, enfin on entre dans la maison : un goûter attend, mais avant il faut franchir les derniers obstacles…
Dans cet espace, pas de personnage inscrit : ce « petit bonhomme » est la main de celui qui raconte, suggérée en pointillés sur la première de couverture, puis absente de l’image : il s’agit de la placer et de l’animer soi-même. On va faire glisser le doigt sur le chemin bien lisse, le faire trébucher sur le caillou, sauter au-dessus du précipice.. et le replier en fin de parcours, tout tranquillement.
À chaque étape, la page doit être caressée pour faire ressentir ses reliefs. Les couleurs aquarellées sont superbes, évoquant tantôt des mousses, de l’eau, du bois, du marbre… Il est rare de voir autant de reliefs en tous genres sur une surface de papier apparemment plane,  et d’ouvrir un livre sans personnage apparent qui accueille autant de vie avec des moyens aussi simples.

Le Petit Chaperon rouge

Le Petit Chaperon rouge
Charles Perrault et Dominique Lagraula
(Les Grandes Personnes), 2019

                       Chaperon pop !

Par Anne-Marie Mercier

Album pop-up, récit en images composées de formes géométriques, ce Petit Chaperon Rouge semble au premier abord sans texte, mais ce n’est pas le cas : celui-ci se trouve caché sous des rabats. C’est bien d’avoir le texte intégral de Perrault, mais il n’est pas indispensable ici : on devine que la meilleure lecture qu’on puisse en faire serait de le « lire » à voix haute avec un enfant, ou, mieux, de lui demander de nous le raconter.

Solide, beau, raffiné, c’est un très bel objet, assez solide même s’il vaut meiux le m mettre dans des mains respectueuses. Pour le voir déplié, cliquer !

 

Voyage au pays des contes

Voyage au pays des contes
Alexandra Garibal – Camille Garoche
Casterman 2019

100 fenêtres sur les contes

Par Michel Driol

Suivons le guide, Ferdinand Croquette, assistant du vieux bibliothécaire. Il nous emmène successivement devant un château, dans une galerie de portraits, dans le potager des fées, à la rencontre de créatures fantastiques ou diaboliques, dans le repaire de la sorcière, dans un village, dans la boutique des sorcières, et enfin dans une salle de bal. A chaque double page, on retrouve le même dispositif : quelques mots de Ferdinand Croquette, à la façon d’un guide touristique, et des fenêtres à ouvrir qu’il commente, où qui servent de prétexte à questionner le lecteur.

L’album se présente comme une véritable encyclopédie amusante des contes, suscitant par l’ouverture des fenêtres cachées ici ou là la participation du lecteur. On croise, au fil des pages, des accessoires, des personnages, des situations tirées de nombreux contes populaires (de Raiponce au Chat Botté…) sans oublier d’autres « contes » plus contemporains (Peter Pan ou Pinocchio). Le monde représenté ne manque pas d’humour, et les rabats cachent bien des surprises.

Le jeune lecteur est confronté à toute la magie merveilleuse des contes, à leur univers, et il peut  ainsi soit retrouver des héros dont il connait déjà l’histoire, soit en découvrir d’autres.

Hariki

Hariki
Lucie Félix
(Les Grandes personnes), 2019

Jeu-Leçon de chose pour tout petits

Par Anne-Marie Mercier

Les albums de Lucie Félix publiés depuis 2012 chez (Les Grandes personnes) offrent chaque année un délice nouveau. Après Coucou publié l’an dernier, Hariki surprend encore par son inventivité, sa drôlerie et sa perfection graphique.
Après un incipit invitant ( « J’avais trois Harikos, harikos chéris, mais ils se sont sauvés. Aide-moi à les retrouver »), les doubles pages présentent un, puis deux, puis trois (on a donc un album à compter) harikos de couleurs différentes (on a donc un album qui présente les couleurs) ; ils ne veulent pas dormir : comment faire ? (on a donc une situation miroir) Un autre arrive, de forme différente, « molle, bizarre » (observation de formes). L’intrus est chassé (idée de tolérance ?) ; il revient avec un autre encore différent pour former avec des harikos de nouvelles formes : image de la symbiose des cellules (c’est donc un livre sur le vivant).

Mais c’est surtout un livre jeu, un livre objet en carton épais et aux bords arrondis à manipuler : il y a  des reliefs à caresser, des formes à faire glisser le long de rails, un texte drôle et rapide, des couleurs éclatantes.