Qu’y a-t-il derrière cette porte ?

Qu’y a-t-il derrière cette porte ?
Nicola O’Byrne
Traduit anglais) par Rose-Marie Vassallo
Flammarion (Père Castor), 2018

Action !

Par Anne-Marie Mercier

Sur le modèle des livres interactifs de Hervé Tullet ou de Cédric Ramadier et Vincent Bourgeau, cet album invite le lecteur à agir physiquement sur le livre pour faire avancer l’action, ou la faire dévier, l’orienter vers une étape plus satisfaisante…
A ce modèle, il ajoute un système de livre à découpes : celle de la couverture, en carton fort, inaugure la série ; les suivantes sont autant de portes que le lecteur aura « activées » dans la page précédente en traçant leur forme avec le doigt (carré, rond, losange, rectangle…). Chaque porte conduit le crocodile dans un milieu différent (mer, désert, neige…). De la sorte, le jeune lecteur peut aussi apprendre tout en s’amusant… beaucoup.

Pour feuilleter...

À l’intérieur des gentils (pas si gentils…)

À l’intérieur des gentils (pas si gentils…)
Clotilde Perrin
Seuil Jeunesse, 2017

Construction d’un personnage

Par Anne-Marie Mercier

Sur le même principe que l’album en très grand format intitulé « À l’intérieur des méchants » dans lequel Clotilde Perrin explorait l’âme (et les poches) du loup, de la sorcière et de l’ogre, on nous propose de creuser un peu les personnages du petit enfant, de la fée, du prince et de la princesse: chacun a droit à un portrait en pied, revêtu de tous ses attributs. Un système de rabats divers permet d’explorer ce qu’ils ont sous leurs vêtements, dans leur poche, derrière la tête… Chaque portrait est issu d’une bibliothèque de 5 ou 6 contes, ce qui permet de donner au personnage de multiples aspects tout en soulignant les traits récurrents.

Un conte est donné en entier (plus ou moins) pour chaque personnage : « les fées » de Perrault, « Le Roi Grenouille » des Grimm, et « Volétrouvé », des Grimm également, un joli conte moins connu qui mériterait de l’être davantage. Sous ses dehors faciles et joueurs, cet album est une bonne mini encyclopédie des contes.

 

Giselle

Giselle
D’après Théophile Gautier et J.H. de Saint-Georges
Illustrations de Charlotte Gastaut
Amaterra, 2017

 

Bal masqué

Par Anne-Marie Mercier

Représenté pour la première fois en 1841, le célèbre ballet de Giselle est l’un des plus connus de la période romantique. Romantique, il l’est avec son livret de Théophile Gautier, ses amours contrariées, ses spectres, son inspiration folklorique… Giselle aime un prince sans le savoir. Un rival éconduit le lui apprend et elle meurt de désespoir, sachant que jamais les princes n’épousent des villageoises. Mais selon une légende slave, les fantômes des jeunes filles mortes avant leurs noces reviennent sur leur tombe : ce sont les Wilis qui attirent les jeunes gens et les font mourir.

Après le Lac des cygnes, Charlotte Gastaut reprend le même format exceptionnel d’un grand album presque carré (29 x 32 cm.), composé de doubles pages comportant de nombreuses découpes, parfois des calques, produisant des effets de dentelle superbes. Les coloris, les formes simples imitent le folklore dont le conte s’inspire. Rien de morbide malgré le tème, tout cela est très dansant.

On peut consulter les premières pages sur le site de l’éditeur. Dans la même série des ballets illustrés, et avec la même illustratrice, on trouve également L’Oiseau de feu.

 

Popville

Popville
Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Hélium, (2009), 2017

Pop up culte !

Par Anne-Marie Mercier

Si vous avez manqué la parution de Popville en 2009 et regrettez régulièrement qu’il soit devenu introuvable, ou si votre exemplaire est en miettes à force d’avoir été manipulé pendant 7 ans et 77 jours par de petites mains maladroites, réjouissez-vous : les éditions Hélium l’ont réédité. On le retrouve avec plaisir, tout neuf, avec ses formes de bâtiments qui ressemblent à un jeu de construction en bois peint, qui en ont les couleurs et la géométrie.
Une ville c’est d’abord, selon la première page, une route, une église peut-être, et une maison, des arbres autour. Puis les routes se multiplient, des bâtiments de plus en plus hauts remplacent les maisonnettes, tandis que la végétation se réduit, disparaît… Mais tout reste beau. La poésie de la ville est célébrée dans le texte qui clôt le livre : une ville ce n’est pas, seulement, comme une certaine doxa nous le répète, des miasmes et du bruit, c’est aussi le rassemblement volontaire d’humains venus d’horizons divers, l’animation, la variation des couleurs et des formes à l’infini.

Dessus dessous. Les animaux

Dessus dessous. Les animaux
Anne-Sophie Baumann, Clémence Dupont
Seuil, 2017

Leçon de « choses »

Par Anne-Marie Mercier

Qu’y a-t-il sous la peau des animaux ?
Des organes vitaux, un appareil digestif, un appareil reproducteur, des curiosités…
Ce qu’une petite encyclopédie pourrait expliquer en quelques pages, cet album le montre en une seule : de grands rabats et de petits « flaps » découvrent le dessous des choses et l’on voit, en parcourant le dessus et le dessous de chaque page à la fois un animal dans un paysage et les détails cachés avec des explications : la poule (qui a trois paupières), l’escargot (qui pond ses œufs par le cou), la vache (qui ne distingue pas le rouge), le serpent et le requin… ils n’ont alors plus de secrets pour nous !

Poils, plumes et mots

 Poils, plumes et mots
Virginia Arraga de Malherbe
Editions Amaterra, 2013

 Expressions cachées

Par  Chantal Magne-Ville

Ce bel album s’ouvre à rebours, pour signifier d’entrée au lecteur qu’il va devoir être actif et partir à la découverte. Le titre Poils, plumes et mots, n’est en effet pas vraiment explicite.
Le principe du livre est simple : il s’agit de terminer des expressions  dont le dernier élément se dissimule derrière des caches, magnifiquement découpés.  Trois couleurs seulement sont utilisées : orange fluo, blanc mat et noir lustré. Les superpositions créent des effets de matières absolument splendides. Il apparaît vite que le mot à trouver est le nom d’un animal,  dont le dessin stylisé contraste vivement avec le fond. Chaque fois, on n’aperçoit qu’un œil, toujours de la même taille ; en revanche les caches représentent  superbement la végétation dans laquelle vit l’animal : jungle, forêt, fleurs, feuillages. La quête se termine en apothéose,  par une manière de récapitulation, avec un paon dont la roue cache les réponses sous chaque ocelle. Le double rang de plumage permet même l’ajout d’autres expressions avec des animaux. Une très belle manière d’apprendre très jeune  les subtilités de la langue en en ayant plein les yeux !

Le Havre en pyjamarama

Le Havre en pyjamarama
Michaël Leblond – Frédérique Bertrand
Rouergue

Pour les 500 ans du Havre

Par Michel Driol

Comme dans chaque ouvrage de la série « en pyjamarama », un petit garçon enfile son pyjama à rayures et rêve. Il arrive au Havre par la mer, la plage et ses cabines de bain, le port de commerce et ses conteneurs, puis visite la ville, avec un détour par l’église Saint Joseph, le funiculaire, un feu d’artifice géant affichant 500 – les 500 ans du Havre -, avant le départ en bateau, et , bien sûr, le réveil du « moussaillon ».

Chaque image est animée par la technique de l’ombro-cinéma : en passant une grille sur l’image, celle-ci semble s’animer : vagues, mouvement des piétons, des roues, façades, lumière de l’église… Cet album se situe entre le dépliant touristique et le guide de voyage à destination des enfants. Il s’agit de montrer tous les aspects du port, de son animation, mais aussi de célébrer la vibration de la lumière : car, ce qui frappe, c’est l’utilisation des couleurs, particulièrement vives et éclatantes, qui semblent scintiller dans l’église, rayonner à partir du phare, et miroiter sur l’eau.

Ouvrage de commande, mais qui reflète une vision personnelle d’une ville, en soulignant son animation, ses beautés architecturales qui forment une espèce de décor presque abstrait. Les hommes n’y sont présents que comme baigneurs ou dockers. On regrette toutefois que l’église Saint Joseph ne soit pas identifiée comme telle, désignée comme “un endroit plus tranquille”, et que le nom d’Auguste Perret, l’architecte qui reconstruisit la ville détruite dans les années 45 – 50 ne soit pas cité, alors que les lignes géométriques caractéristiques de son urbanisme figurent bien dans l’album.

 

La Chasse au loup

La Chasse au loup
Sally Grindley, Peter Utton
Traduit (anglais par Maurice Lomré
L’école des loisirs (Pastel), 2015

Au loup (encore) !

Par Anne-Marie Mercier

la-chasse-au-loupAprès la fameuse Chasse à l’ours de Michael Rosen et Helen Oxenbury, voici une chasse au loup. Celle-ci ne joue pas comme la précédente sur les sons mais sur les images. Tout d’abord les lieux : une troupe de cochons (absolument pas vêtus, mais marchant sur leurs pattes arrières et portant qui des armes, qui des paniers à provisions) part en groupe serré et passe successivement devant une maison de paille (détruite), une maison de bois (détruite) et une maison en pierre (intacte), où l’on trouve le loup caché sous le lit. Rien de très original.

Par ailleurs, c’est un livre à rabats qui invite le lecteur à ouvrir des portes, soulever des couvercles, regarder à travers un trou… Le loup apparaît à plusieurs reprises sans être repéré car il est déguisé, il s’agit donc de revenir en arrière pour trouver les indices. Enfin, les pages fourmillent de détails cocasses et ces cochons sont attendrissants de maladresse, et inquiétants par leur nombre. Quant au  loup, il joue fort bien son rôle et les jeunes enfants pourront jouer à se faire peur page après page et recommencer.

 

Le corbeau et le fromage, fable à ma fontaine

Le Corbeau et le fromage, fable à ma fontaine
Dominique Descamps
(Les grandes personnes), 2015

Fable revue

 Par Yann Leblanc

Le corbeau et le fromageOn ne compte plus les versions illustrées des fables de La Fontaine (voir plus bas le bel album de Dedieu Le Corbeau et le renard), ni les parodies qui s’en inspirent. Ici, le propos est original car il imagine un scénario autre et radicalise la fantaisie de la fable : le fromage devient un personnage de l’histoire, et c’est lui qui dupe un corbeau désireux de prendre sa revanche et de venger son espèce du ridicule infligé par la fable célèbre. Enfin, si le renard apparaît à la fin, c’est pour remettre l’histoire dans une forme de réalisme : loin de discourir avec l’oiseau, il le croque et l’histoire est faite.

Si le scénario ne manque pas de sel et fera rire les enfants (le fromage puant plait !), le texte est parfois à la traîne : hésitant entre versification et forme libre, retours de rythmes et déséquilibre, il nous laisse parfois sur notre faim et nous fait regretter que les moments vraiment musicaux soient souvent abandonnés au profit d’un rythme plus flou.

Mais l’illustration est de page en page superbe, jouant sur les effets de couleur, de motifs, impressions, surimpressions, papiers découpés. Quelques pages offrent des effets en pop up très réussis, des découpes gracieuses. C’est à la fois très beau et plein d’humour irrévérencieux.

Le Lac des cygnes

Le Lac des cygnes
d’après Tchaikovsky, illustré ar Charlotte Gastaut
amaterra, 2013

 

le-lac-des-cygnesLa plus grande modernité s’allie parfaitement à la tradition dans ce superbe album au format exceptionnel (grand, pas tout à fait carré) et aux teintes précieuses, où l’or s’oppose au bleu nuit et au blanc. Les découpes au laser ont permis de créer des pages aux subtiles ouvertures : dentelles d’une robe, arbres dans le forêt, décor d’arrière plan…

Plus que des discours, les images vous en donneront une idée : allez les voir sur le site de l’artiste !