Paradiso

Paradiso
Texte de Franck Prévot
Illustrations de Carole Chaix

L’Edune, 2010

Quand texte et images se mêlent …

par Frédérique MATTES

 Paradiso.gifDes illustrations foisonnantes de mille détails, mille références…, mêlant traits au crayon, découpages, aplats de couleurs, variations autour de cadrages audacieux et mise en scène du texte… Des images qui invitent à la divagation personnelle mais qui sont d’abord, ou aussi, un accompagnement du texte de François Prévot. Une histoire d’amour entre deux ados qui ont du mal à s’avouer leurs sentiments. La poésie, les mots seront le point de passage entre les deux. Point de vieille poésie, la poésie actuelle bien vivante, celle qui peut s’écrire en SMS, sur des supports originaux : une lettre d’amour tricotée à l’aiguille sur support en carton… ou envoyée sur un avion en papier telle une bouteille à la mer… Un sujet universel porté par un support riche qui peut toucher un public de tous âges.

Quatre petits volumes cartonnés de 14 pages, intitulés « Arrêts sur image » écrits à partir de la plongée de Franck Prévot dans les images de Carole Chaix ont été édités en complément. Une expérience originale et novatrice. Ce n’est pas si souvent que l’on assiste à un réel travail de collaboration entre auteur et illustrateur.

La princesse de Bordeaux

La princesse de Bordeaux
Texte de Patacrua
Illustration de Javier Solchaga

OQO, 2010 (deuxième édition)

Devinettes …

par Frédérique MATTES

la princesse de bordeaux.gifQu’est -ce que c’est ? Cette phrase rythme le texte. De magnifiques photos montrent le détail en gros plan d’un objet que l’on découvre en tournant la page. Le procédé n’est pas nouveau mais ce qui est intéressant ici, c’est le parti pris d’utiliser des objets de récupération détournés de leur usage premier. Tout cela s’inscrivant dans un récit à accumulation et n’étant pas simplement la juxtaposition de devinettes, comme on le voit le plus souvent dans les productions jeunesse pour les tout jeunes enfants. C’est aussi un livre à chute heureuse : Le berger a gagné un baiser de la princesse de Bordeaux !

La mise en scène du texte et de l’image est particulièrement soignée. Le texte de Patacrùa est issu d’un conte traditionnel européen. Un beau livre pour les plus jeunes.

Nous les hommes

Nous les hommes
Christian Voltz

Rouergue, 2010

Humour toujours …

par Frédérique MATTES

Nous les hommes.gifC’est l’histoire de quatre mecs qui regardent un match de foot ensemble… L’un des quatre propose aux autres d’aller boire un coup mais aucun ne peut… L’un doit s’occuper du linge, l’autre du ménage, le troisième doit faire à manger… Vous n’êtes que des FEMMELETTES ! Nous les hommes on est faits pour vivre fort ! rétorque le quatrième.

Surprise ! Quand il arrive chez lui, on découvre qu’il doit lui aussi gérer la maison, sa femme partant à une soirée entre copines !

Christian Voltz ou comment traiter avec humour et délicatesse un sujet au centre des préoccupations de bon nombre d’entre nous : la place des hommes et des femmes dans la vie au quotidien. Un album où chaque lecteur du plus jeune à l’adulte pourra trouver un écho à son quotidien et aussi beaucoup de plaisir.

Le Doudou de Lola

Le Doudou de Lola
Irène Cohen-Janca, Natacha Sicaud
Rouergue, 2010

Doudou y es-tu ? 

Par Anne-Marie Mercier

Le Doudou de Lola.jpg Si les doudous n’existaient pas, il faudrait les inventer tant le thème du doudou perdu est présent aussi bien en littérature de jeunesse que dans les préoccupations quotidiennes des parents (et des enfants).

L’originalité de cet album tient à ses illustrations très colorées et dynamiques. Natacha Sicaud utilise les doubles pages de façon très variée, en plans larges, champ/contre-champ, plan d’ensemble/gros plan, etc. et les représentations de la maison de Lola se plient à toutes les circonstances.

Autre originalité : le doudou est un patchwork de 22 carrés qui seront retrouvés les uns après les autres (deux, puis quatre, cinq, sept…) , ce qui peut donner lieu à de savants calculs pour qui voudrait. Le défilé des personnes qui les rapportent, d’âges et de métiers différents s’achève avec l’arrivée de la petite Lili grâce à laquelle Lola comprendra qu’il y a plus grave dans la vie et qu’une amie vaut mieux qu’un doudou. En somme, il faut grandir, mais en attendant, le livre est tout un monde à explorer.

Mon P’tit Vieux

Mon P’tit Vieux
Jo Hoestland
Syros (Mini) , 2010 

Chute de vieux

Par Anne-Marie Mercier

Mon P’tit Vieux.jpgJo Hoestland fait parler le jeune Tim, en un langage populaire, imagé et gouailleur, une imitation d’oral un peu datée. Elle passe également par ses impressions pour évoquer sans trop de misérabilisme ni trop de condescendance une histoire bien misérable, celle d’un vieil homme, le voisin d’en face de Tim, solitaire, sale, méchant, radin et mystérieux.

Le regard de l’enfant est très juste : un mélange de crainte, de dégoût et de pitié, et quelque chose de plus, qui s’affirme à la fin : comme un remord. Le texte est très court mais efficace et traite avec pudeur un sujet sensible, celui de la solitude et de la misère de certains et de l’indifférence ou de l’ignorance des autres.

Le petit homme et Dieu

Le petit homme et Dieu
Kitty Crowther

Pastel, 2010

Le goût de l’omelette 

Par Anne-Marie Mercier

Le petit homme et Dieu.jpgPoursuivant son exploration philosophique, Kitty Crowther s’attaque à la question de la divinité. Non pas celle de son existence (Dieu existe, puisque Petit Homme le rencontre et lui parle), mais celle de sa nature, sa forme, ce qu’il peut et ce qu’il sait. Dieu affirme être un dieu parmi d’autres. A la demande de Petit homme, il est capable de prendre toutes les formes vivantes (on songe à l’ogre du Chat botté). Seule faiblesse, il ne sait pas grimper aux arbres, ni nager, et dit ne pas savoir ce qu’est une omelette.

Il accompagne le petit homme dans toutes ses activités  dans un décor aux allures de jardin d’Eden, rendant Théo heureux « pour l’éternité ». Cela dure jusqu’au moment où Dieu rentre chez lui, retrouver sa femme, pour lui faire une de ses fameuses… omelettes. Enfin, il se promène et se demande « si un jour il arrivera à grimper aux arbres comme Théo ». Le récit se retourne et on ne sait plus bien qui est le dieu de l’autre.

Si Dieu y perd sa barbe blanche, il y gagne en familiarité. Son allure ectoplasmique est fort sympathique. Petit Homme et Dieu, tous deux en majuscules (sauf dans le titre), sont à égalité, chacun dans son monde, mais avec en commun le goût de l’omelette.

Le secret de madame de Polichinelle

Le secret de madame de Polichinelle
Julie Lannes

Motus, 2010

C’est ludique, pas classique, sympathique …

par Frédérique MATTES

 

Madame polichinelle.gifFrancine Ourchette mène l’enquête, elle voudrait découvrir le secret de Madame de Polichinelle. Le lecteur la suit, pas à pas, équipé de sa loupe magique pour entrevoir ce qui se cache derrière les taches rouges qui jalonnent l’histoire. Il faudra de la persévérance pour deviner le secret de Madame de Polichinelle, un bien joli secret que l’on découvre, fait intéressant, uniquement dans la lecture de l’image.

Le dénouement est heureux et donne raison d’avoir confiance en les relations humaines.

Les deux dernières pages,« mode de fabrication » et « mode d’emploi », sont pleines de malice.

De nombreuses qualités pour ce premier album vraiment réussi et qui devrait beaucoup plaire à de jeunes lecteurs.

Etiquette toi même !

Etiquette toi même !
Virginie Monfroy
Motus, 2010 

Besoin d’étiquette?

Par Anne-Marie Mercier

etiquette.jpgCe petit livret d’un très beau noir brillant propose une histoire énigmatique, celle d’un être tombé dans un pré qui ne sait pas qui il est. Il rencontre plusieurs animaux qui savent, eux, qui ils sont, car ils sont munis d’étiquettes qui les désignent. La fin a une allure de mini conte philosophique.

Les dessins, blancs et noirs, schématiques, sont faits d’images reproduisant des d’étiquettes de diverses formes et en plusieurs langues, ou sont très astucieusement formés de boutons, cordons, attaches. La typographie fait parler différentes voix. L’ensemble est très joyeux.

Entrez !

Entrez !
Sébastien Joanniez et Joanna Concejo

Rouergue, 2010

Papa, maman, et moi, et moi, et toi…

Par Anne-Marie Mercier

entrez.gifPoésie, théâtre, roman pour adolescents, et maintenant album pour les plus jeunes, Sébastien Joanniez aura tout exploré en peu de temps. Ici, il propose un texte qui se cherche, se reprend et construit peu à peu une totalité, un monde chaleureux dans lequel, en dernière page, le lecteur est invité à entrer.

Il est bien sûr déjà entré dans le livre, mais progressivement cette entrée distante se fait plus intense. Première étape : « Mon père… » (une double page) et « ma mère. » (une autre double page). Le point placé après le mot marque une première totalité, à laquelle s’ajoute celle que présente la troisième double page : « Moi ». Mais cette apparente totalité est  éclatée immédiatement par la formule « j’ai oublié quelque chose. Je recommence ». Plusieurs recommencements sont nécessaires pour ajouter ce qui est important : ce qui existe entre ces trois personnes : sourire, amour, chemin…  Jusqu’à la présence nécessaire des autres sans lesquels rien ne serait.

Les illustrations de Joanna Concejo (Fumée, Monsieur Personne…) qui dans un premier temps font la part belle aux membres de la famille puis les animent dans une belle énergie, remplissent progressivement la page de toutes sortes d’objets et de personnages, jusqu’au moment où l’image s’évide pour faire la place à celui qui est invité à entrer dans le cercle, à s’y installer et à refaire le parcours du livre à l’envers, dans tous les sens, pour s’y loger.

Bonne chance

Bonne chance  
Ole Könnecke

traduit (allemand) par Florence Seyvos
L’école des loisirs, 2010

Il en faut 

Par Anne-Marie Mercier

Bonne chance.gifOle Könnecke, l’auteur du savoureux Mauvaise caisse ! et du délicieux Jop est toujours surprenant, pour notre grand plaisir. Ici, méditation sur la chance : il en faut dans certaines circonstances, « car il y a des choses qu’on ne peut tout simplement pas régler en faisant comme si elle n’existaient pas » … « et qui sait si ça va bien se passer. Tant de choses peuvent arriver »… « tout n’est pas toujours facile et personne ne sait ce que le futur nous réserve ».

C’est ce que semble dire un petit oiseau en traversant bravement d’un pas décidé les pages, l’une après l’autre, jusqu’à disparaître, laissant tous ceux qu’il a croisés perplexes. Ceux-ci, successivement, lui ont souhaité bonne chance sur tous les tons. L’autruche coquette, les chats amoureux,  l’éléphant dans son hamac lui font un joyeux cortège et applaudissent à la fin son exploit, qui surprend autant le lecteur qu’eux -mêmes. Succès, amour, fortune, tout est décroché par ce petit être décidé et chanceux. L’album pétille de toutes ses bulles et parlera à toux ceux qui ont un jour eu envie de tenter quelque chose, de 3 à 133 ans.