Le Poil

Le Poil
Emilie Chazerand – Sébastien Mourrain
La Martinière jeunesse 2026

Un cheveu dans la soupe

Par Michel Driol

Elle est femme d’habitude, Carole Mezzanine, guide au musée de l’Escalator, qui vient déjeuner tous les dimanches avec mari et chien dans le même restaurant. Mais lorsqu’elle découvre un poil dans le minestrone, ulcérée, elle mène l’enquête. Qui est le coupable ? On la suit, scrutant les cuisiniers, les autres clients, jusqu’au miroir qui lui montre l’origine de ses perturbations… Poil au menton !

 Voilà une enquête policière bien loufoque portée par un texte et des illustrations bien comiques. Comique des noms propres, comique du métier exercé, comique de caractère avec cette héroïne qui ne laisse pas marcher sur les pieds, comique de situation avec le renversement final. Comique des expressions, qui accompagnent la quête de l’héroïne en épousant son point de vue, ses interjections, ses silences, ses non-dits pleins de sous-entendus. Mais aussi comique des illustrations, qui multiplient les coupables potentiels, les représentant chauves, barbus, moustachus, vêtus de fourrures… Tout ceci propose une belle parodie des scènes de crimes, dans lesquelles les indices sont identifiés, numérotés. Bref, un album réjouissant qui ne se prend pas au sérieux et procure une belle distraction dans laquelle tel est pris qui croyait prendre. Avec une morale quand même, même si elle n’est pas l’essentiel du propos ici : avant de voir la paille dans les cheveux de son prochain, il faut voir la poutre sur son menton, et avant de se lancer dans des accusations sans fondement, il convient de s’interroger soi-même…

Parodiant avec esprit une enquête policière sur un sujet à la fois futile et contrariant, voici un album au poil, aux illustrations expressives et bien déjantées, un vrai album pour rire !

La Cascade sans issue

La Cascade sans issue
Guillaume Guéraud
Rouergue 2026

Disparition inquiétante

Par Michel Driol

Voilà huit mois que Lucie, la sœur ainée d’Arthur, le narrateur, a disparu près d’une cascade dans les Cévennes. Ce devaient être les dernières vacances qu’elle passait avec sa famille, et tout se déroulait bien, jusqu’à ce soir où elle n’est pas rentrée au bungalow. Arthur raconte ce qui a précédé la disparition de sa sœur, et ce qui a suivi.

S’inscrivant à la fois dans une géographie réelle – Valleraugue, le mont Aigoual, le sentier des 4000 marches – , et fictive, mais symbolique – la cascade de l’Envol, le lac du Minotaure, le ruisseau Icare – ce roman, noir et sombre, aborde un sujet rarement traité en littérature pour la jeunesse, la disparition d’un frère ou d’une sœur, les questions qui se posent, les inquiétudes, le sentiment d’abandon et de perte, et le deuil impossible à faire, dessinant dans l’écriture un véritable labyrinthe dans lequel nulle Ariane n’est là pour guider le héros.

Dans ce labyrinthe se mêlent les souvenirs de la relation à la fois conflictuelle et complice du narrateur avec la sœur ainée, les souvenirs de la vie d’avant, en particulier de son gout pour l’escalade, et la tentative minutieuse de reconstituer chaque moment de ces dernières vacances, jusqu’au soir fatidique. Le récit est âpre, au plus près des émotions du jeune garçon, ménageant le suspense jusqu’à la chute : est-ce une fugue ? une disparition inquiétante ? un assassinat ?

Le roman sait se resserrer autour d’un temps réduit et de quelques personnages : un groupe d’ados bien caractérisés rencontrés au camping, une petite famille russe en vacances dans les Cévennes – dont la fille  aurait pu être le premier amour d’Arthur… – et des gendarmes dont le chef est peu compétent, dépassé, tragiquement caricatural.  Il sait aussi faire alterner le récit d’Arthur avec des coupures de journaux, des échanges téléphoniques, de SMS… comme autant de traces de ce qui fut, d’une vie extérieure au cercle familial et aux souvenirs.

Construit autour de ce personnage touchant d’Arthur, du manque et du vide causé par la disparation d’une sœur, un roman noir puissant construit comme une enquête policière qui révèle avec force le poids écrasant du souvenir et la douleur de l’absence.

Nifle et Renifle : Les Manuscrits de Madame Patchouli

Nifle et Renifle : Les Manuscrits de Madame Patchouli
Aurélie Magnin
Rouergue Dacodac 2023

Superhéros canins

Par Michel Driol

Accompagnée de ses deux bassets, Joe, 8 ans, se veut détective privée dans la cabane au fond du jardin. Sa seule cliente, Madame Patchouli, vient déclarer le vol de précieux manuscrits. De la littérature pour les chiens, qui permet entre autres choses de leur donner de super pouvoirs. Et voilà que deux malfrats se sont emparés de ces ouvrages !

Voilà de la littérature légère et bien déjantée, où les péripéties s’enchainent dans une ville où l’on confond volontiers les adresses. Ne cherchez pas la vraisemblance, ni psychologique, ni logique, mais plutôt une série d’épisodes tous plus farfelus les uns que les autres. C’est divertissant et facile à lire.

Entre Ehpad et cour des grands, entre aéroport et cabane au fond du jardin, entre éditeur scolaire et escrocs de haut vol, une héroïne  bien déterminée à prouver que la valeur n’attend pas le nombre des années.

Détectives Grébor, de père en fille

Détectives Grébor, de père en fille
Yves Grevet et Carole Trébor, Benjamin Chaud

Little Urban, septembre 2024

Enquête dans les années 1980

Par Lidia Filippini

Au début de l’été 1984, l’agence du détective Grébor est au plus mal. L’enquêteur, qui vit seul avec sa fille, a bien du mal à boucler les fins de mois. Heureusement, un coup de fil du célèbre chanteur Franky François va relancer ses affaires. Franky a peur. Quelqu’un s’est introduit chez lui et semble en vouloir à Chantal, sa tortue domestique. Cette enquête dans le milieu du show-business exige la plus grande discrétion. Les suspects sont nombreux et Grébor joue de malchance. Heureusement, il peut compter sur sa fille Ombeline pour le seconder. Aidée de ses amis Karima, Rébecca et Luc, la jeune collégienne va de surprise en surprise jusqu’à découvrir le pot aux roses.
Après leur mémorable collaboration au cours du projet U4, Carole Trébor et Yves Grevet proposent ici un court roman policier écrit à quatre mains sur le mode de l’humour. L’enquête un peu loufoque du détective Grébor (dont le nom est un mélange de celui des deux auteurs) permettra aux plus jeunes de découvrir les invariants du genre (suspects variés, rebondissements, retournement de situation à la fin) sans croiser la moindre goutte de sang.
L’originalité du roman tient sans doute au fait qu’il se déroule dans une époque méconnue des jeunes lecteurs, celle de la naissance – ou peut-être de l’enfance – de leurs parents. L’histoire se passe en effet dans les années 1980. Elle a pour ambition de faire découvrir cette décennie aux plus jeunes – et sans doute aussi de séduire les adultes qui achètent le livre, mais c’est de bonne guerre. La couverture cartonnée sur fond argent évoque un hologramme. On y découvre les deux Grébor. Le père, vêtu d’une chemise à fleurs, porte les cheveux longs. Il semble avoir du mal à sortir de la mode hippie. La fille, elle, pure enfant des années 80, arbore un bandana rouge noué autour du cou, des Converses et un walkman. Tout au long du livre, les illustrations de Benjamin Chaud (qui avait neuf ans en 1984) mettent en lumière des jeux des eighties : un rubik’s cube, des lunettes à obturateurs, des patins à roulettes, autant d’objets probablement inconnus des jeunes lecteurs, mais qui éveilleront de nombreux souvenirs chez leurs parents. À la fin du roman, un glossaire revient sur des termes spécifiques ou des célébrités que les enfants pourraient ne pas connaître : Antenne 2, Columbo, Starsky et Hutch, les cartes Panini… Un roman à lire avec son enfant pour partager avec lui/elle ses propres souvenirs d’enfance.

 

 

 

 

La Vieille Dame, le chat volant et le débarquement

La Vieille Dame, le chat volant et le débarquement
Didier Daeninckx – Bruno Pilorget
Rue du Monde 2024

80 ans après

Par Michel Driol

Pour ce second opus du Musée secret de Sami et Lola, les deux héros profitent de la journée où se débarrasse des vieilles choses inutiles mais qui peuvent encore servir pour prendre un vieux cartable. Ils y trouvent un cahier, avec de drôles de poèmes Le chat volant a décollé à minuit ou la langouste a bu son café, une drôle de pierre et un plan des souterrains du château. Souterrains qu’ils explorent, remplis d’inscriptions en allemand, avant de rencontrer la vieille dame à qui appartenait le cahier, durant l’occupation, et qui fut la plus jeune résistante.

On retrouve avec plaisir Sami et Lola, leur curiosité pour l’histoire, ainsi que les personnages secondaire (le grand père et la grand-mère de Lola), et toujours le décor du château du Fil d’Or, dont le nom sonne comme une métaphore de l’Histoire. L’enquête, cette fois-ci, conduit à découvrir la période de la seconde guerre mondiale, la façon dont des enfants pouvaient résister, prendre des risques, être porteurs de messages, au grand étonnement et émerveillement des deux héros.  Là encore, Didier Daeninckx se fait passeur de mémoire, autour de la figure de cette petite fille devenue vieille dame dans un EHPAD, qui raconte son enfance et ses engagements.

Ce second volume tient les promesses du premier, et rend sensibles et proches des faits historiques au travers des questions, des investigations, des rencontres menées par les deux jeunes enfants, découvrant avec une certaine naïveté et candeur des épisodes bien troubles de notre histoire nationale.

Lire la chronique du tome 1

Le Garçon aux dents sculptées

Le Garçon aux dents sculptées
Didier Daeninckx – Bruno Pilorget
Rue du Monde 2024

Sur les traces de l’Exposition Universelle de 1904

Par Michel Driol

Voici une nouvelle série proposée chez Rue du Monde par Didier Daeninckx. Le lieu : un château en Normandie, où se sont réfugiés des électrosensibles, dont le grand père de l’héroïne, Lola. En vacance chez ses grands-parents, elle y fait la connaissance d’un garçon de son âge, Sami.  Explorant le château, ils découvrent une boite en fer, contenant un arc indien miniature et la photo d’un jeune homme et d’un petit homme aux dents sculptées. Et les voilà sur la trace de l’origine de cette photo, découvrant le racisme qui prévalait à l’exposition universelle de Saint Louis, en 1904.

On retrouve là aussi bien les valeurs défendues par Didier Daeninckx que ses procédés favoris d’écriture.  Comme dans Cannibale, c’est le regard sur les peuples colonisés, et la façon de les exhiber dans des expositions (universelles, coloniales) que dénonce l’auteur. On y apprend ainsi comment Geronimo a terminé sa vie. On y découvre aussi le prix d’un homme… 2 kg de sel… C’est, bien sûr, documenté, et situé à hauteur d’enfant.  Quant aux procédés, c’est bien sûr l’enquête, à partir de traces que l’on cherche à comprendre. Enquête aussi menée à hauteur d’enfants qui questionnent, interrogent, dans un lieu où Internet est banni. C’est une belle idée car cela oblige les personnages à en rencontrer d’autres, sans se contenter de  recherches virtuelles. Le roman vaut aussi par la galerie de personnages secondaires porteurs de solides valeurs humanistes : la solidarité, l’accueil, l’ouverture aux autres.

Rien de didactique dans ce livre qui lève le voile sur des épisodes souvent occultés de notre histoire : le massacre des peuples indigènes, le colonialisme. Au contraire, un roman d’aventures, avec comme moteur des mystères à percer, des héros attachants auxquels on peut s’identifier, une fille pleine de courage et de volonté, un garçon sympathique. Et l’idée de constituer un musée au fil des enquêtes, pour mieux connaitre le passé et comprendre le présent. Un mot sur les illustrations en pleine page de Bruno Pilorget, qui aèrent l’ouvrage et donnent à voir, en alternance, les faits objets de l’enquête et les deux enquêteurs dont il montre la relation peut-être plus complexe que le texte ne le dit…

Catastrophes

Catastrophes
Hubert Ben Kemoun
Flammarion Jeunesse 2024

L’effet papillon

Par Michel Driol

Si Fabien la Motte n’avait pas été le visage de la photo de la fête foraine, si Alexandre n’était pas monté sur le Loopy crazy full, s’il n’avait pas lancé une canette de soda, si elle n’était pas tombée sur le transformateur électrique, s’il n’avait pas pris feu, s’il n’y avait pas eu un camion-citerne en panne devant le musée, les urgences de l’Hôpital n’auraient pas accueilli tant de blessés, et Alexandre ne se retrouverait pas au commissariat, accusé de tous les maux de la ville par le brigadier-chef Saint-Lazare.

On se souvient des dessins animés dans lesquels le Coyote invente des pièges diaboliques et complexes pour piéger Bip-bip..  C’est exactement l’impression que donne ce roman-catastrophe rocambolesque plein d’humour et de rebondissements, dans lesquels le héros est coupable soit d’avoir jeté une canette hors d’une poubelle, soit d’avoir causé la destruction d’une grande partie de sa ville. C’est un face à face, un huis-clos déséquilibré dans un commissariat, entre un enfant de 6ème et un brigadier-chef persuadé de sa culpabilité, policier étroit d’esprit, sans empathie ni ménagement.  Belle caricature de policier bedonnant ! Récit d’interrogatoire à charge, où tout, bien sûr, se retourne contre le pauvre Alexandre, auteur involontaire des faits et narrateur avisé qui rythme le récit par l’alternance de deux types de chapitres : Ce qu’on dit – Ce qu’on ne dit pas, donnant à entendre les confidences d’Alexandre au lecteur, ce qu’il ne révèle pas – pour différentes raisons – au policier.

Ce qu’on dit dans cette chronique : un formidable roman noir dans la tradition de certains ouvrages humoristiques de la Série Noire ,  enlevé, jubilatoire, où l’on va de catastrophe en catastrophe, avec un arrière-plan pourtant d’attentats et de menaces sur la ville, avec aussi le regard critique de l’auteur sur la société, sur la police. Ce qu’on ne dit pas : ce qui s’est réellement passé ce jour-là, et ce que cache précieusement le héros au fond de sa poche. Comme une sorte de revanche sociale, immorale ? à vous de le lire et de le dire !

L’Agence Pendergast : Le Prince des ténèbres

L’Agence Pendergast : Le Prince des ténèbres
Christgophe Lambert
Didier Jeunesse 2019

Les mystères d’Ellis Island

Par Michel Driol

New York, 1893. Lorsque Sean, petit voleur à la tire sous les ordres de Bill le Boucher dérobe la montre de M. Pendergast, il ne sait pas où il a mis les pieds. Car M. Pendergast le retrouve, et lui propose, au vu de sa débrouillardise, de rejoindre son agence. Installée dans les sous-sols d’Ellis Island, doté de tout le matériel moderne (électricité, téléphone…), cette agence gouvernementale a pour charge de détecter les créatures paranormales qui transitent par Ellis Island. Dans le premier tome de cette série, c’est  Dracula lui-même que Sean devra combattre.

Ce récit plein de dynamisme plonge le lecteur dans un univers à la fois historique (le New York de la fin du XIXème siècle, avec ses taudis, ses immigrants…) et fantastique (avec des baguettes de sorcier et des monstres que l’on dirait sortis de la série Harry Potter). Les personnages sont bien dessinés : un orphelin débrouillard, un indien garde du corps, un inventeur que aurait tout à fait sa place dans les James Bond, une jeune métisse pour qui Sean ne se sent pas indifférent, et deux figures antagonistes, Bill le Boucher, roi sans scrupule de la pègre locale, et M. Pendergast, plein de sollicitude. Ce premier tome d’une série qui s’annonce prometteuse plante surtout le décor : visite des locaux de l’agence, de sa redoutable prison, mais il ne manque pas non plus d’action : courses poursuites dans les rues de New York mais aussi dans les airs. Bref, de la littérature populaire (on songe à Eugène Sue), au bon sens du terme, avec ses passages attendus, ses personnages et ses situations un peu stéréotypés (Sean à l’heure du choix entre le bien et le mal…), et cet élan narratif qui pousse à tourner les pages tant on attend la suite.

Une série bien inscrite dans son contexte historique qui deviendra sans doute addictive pour de nombreux jeunes lecteurs et lectrices.

Le mystère Orwitz

Le mystère Orwitz
Rachel Corenblit et Cécile Bonbon
Rouergue dacodac 2020

Pas plus haute qu’un pouce…

Par Michel Driol

Une nouvelle locataire bien mystérieuse vient de s’installer dans l’immeuble de Nola, Louis et Amadéo. Lors de la fête des voisins, la bande décide de visiter son appartement, Nola en tête. Un appareil étrange les miniaturise, et les voilà menacés par des gros rats. Retrouveront-ils leur taille normale ?

Un récit enlevé, avec des personnages hauts en couleurs, Nola qui sait parler à son chat Dago (clin d’œil au Club des Cinq ?), Louis, fils intelligent de parents anglais, et Amédeo, le garçon le plus gentil au monde. Le récit, dont la narratrice est l’héroïne, est construit à partir de la réduction de taille de Nola d’un retour en arrière qui explique comment on en est arrivé là, façon de plonger le lecteur dans le cœur de l’action. L’intégration des illustrations y est très poussée, puisque celles-ci contribuent à faire avancer l’action, et n’ont pas qu’une fonction illustrative. L’ensemble est plein d’humour, plein de vie, de rebondissements, de surprises. Ce court roman permet aux héros de côtoyer des animaux soit pleins de sollicitude, soit adversaires redoutables, des appareils de science-fiction, une savante en exil : autant d’éléments du récit d’aventure destiné aux plus jeunes qui sont des incitations à lire et à se plonger dans un univers à la fois étrange et familier, tout en se demandant si la curiosité est ou pas un vilain défaut, et si science sans conscience n’est que ruine de l’âme….

Une bande sympathique, des péripéties à la fois attendues et inattendues, le cadre d’un immeuble familier : de quoi procurer le plaisir d’avoir un peu peur, et de sourire !

Les Mots fantômes

Les Mots fantômes
David Moitet
Didier Jeunesse 2021

Enquête paranormale

Par Michel Driol

Oihana, la mère d’Eliott s’est suicidée, après avoir préparé des cookies pour ses enfants. Du coup, Eliott ne croit pas au suicide. Lilas, elle, a des apparitions qui la troublent. Tous les deux se retrouvent en maison de repos, où ils découvrent que Lilas voit la mère d’Eliott. Dès lors les deux adolescents font tout pour trouver le responsable de la mort d’Oihana.

 Voilà un roman qui croise l’enquête policière avec le roman de fantômes. C’est Oihana qui conduit les deux ados, par-delà la mort,  à découvrir la vérité. Un fois ce côté surnaturel accepté, et tout dans le roman pousse à l’accepter, on se laisse entrainer par une intrigue bien maitrisée. De fait, ce roman est un véritable page-turner, conduisant les deux héros – et les lecteurs – dans les méandres d’une enquête journalistique et sociétale qui explore des  aspects de notre société et du monde économique sombres, mais bien réels. Pourtant le roman vaut aussi par sa dimension psychologique : Lilas vient d’une famille où on a le don de communiquer avec les morts, mais ce don se heurte au rationnel de notre société et aux réalités convenues et convenables. C’est donc un secret de famille que Lilas, à la fois fragile et pleine de courage et de détermination,  va découvrir, pour finalement assumer sa différence, combattre la lâcheté de ses proches et réparer ce qui peut l’être. C’est enfin un roman qui plonge le lecteur dans une maison de repos où l’on croise un médecin sympathique et compétent, et des malades attachants, blessés, aux comportements parfois agressifs. Le regard de l’auteur est plein d’empathie pour ces personnages-là, qui joueront un rôle non négligeable, et symboliquement fort, dans le récit. En explorant les frontières entre le paranormal et le normal, la maladie et la santé, le roman aborde les questions du lien entre les vivants et les morts, celui du deuil souvent difficile à faire.

Un véritable thriller pour adolescents, qui séduira par sa façon de conjuguer l’enquête policière et le paranormal, tout en révélant de nombreux aspects de notre propre société.