Mes Petites Roues

Mes Petites Roues
Sébastien Pelon
Flammarion, Père castor, 2017

Sans les roues !

Par Anne-Marie Mercier

Que de douceur et de pertinence dans cet album tout en blancs et gris ! Quelques touches de rouge fluo tirant sur le rose le « réveillent », signalant l’irruption de l’étrange et de la fantaisie dans une situation bien quotidienne : un enfant part sur son vélo avec des « petites roues » qui l’équilibrent. Un personnage étrange, une sorte de nuage coiffé d’un bonnet rouge fluo surgit, l’accompagne, mange ses roues et l’aide dans ce nouvel exercice d’équilibre et d’indépendance.
Une étape importante pour l’enfant est ici décrite sous tous ses aspects : appréhension, chutes, redémarrages, et soudain, le miracle…

La chaise de Peter

La chaise de Peter

Ezra Jack Keats

Didier, 2013

D’un discret chef-d’œuvre

 

Par Dominique Perrin

chaiLa chaise de Peter se présente comme un récit classique d’appropriation par un jeune garçon de sa nouvelle condition d’aîné : Peter constate que son mobilier est en passe d’être intégralement repeint en rose, à destination de sa toute jeune petite sœur. Il opère à l’extérieur de la maison un mouvement de retrait et de contestation, mais aussi d’émancipation, qui le conduit finalement sans mélodrame à assumer pleinement l’évolution de son statut.

Il s’agit en fait là d’un classique au sens historique et génétique du terme, dont la création remonte à 1967. L’image y découpe des silhouettes nettes, agréablement stylisées sur des fonds jouant avec bonheur sur différents motifs de papiers peints. Esthétiquement fort, ce théâtre du quotidien revêt une portée que l’immense majorité de ses descendants n’ont pas : sans aucun effet d’emphase, il offre comme un évident universel littéraire la représentation d’une famille noire-américaine de condition modeste.

Retracer l’histoire de l’auteur – enfant comme un peu plus tard Maurice Sendak d’une famille polonaise juive émigrée à New-York – et des controverses suscitées par son engagement à mettre en scène des enfants noirs serait ici une autre histoire. Peut-être la présentation de l’éditeur français fait-elle bien de ne pas attirer l’attention sur ces aspects : les lecteurs pourront calmement constater, loin de douloureuses polémiques, qu’un chef-d’œuvre peut être infiniment discret, mais se laisse définir assez simplement comme « de la pensée engagée dans une forme ».