Nuit de chance

Nuit de chance
Sarah Cheveau
La Partie, 2023

Cent nuances de beige

Par Anne-Marie Mercier

Dès la couverture, la « couleur » est annoncée : fusain noir sur brouillards bistres, dégradés de bruns… et la première page nous fait entrer dans ce monde : « Un soir à la nuit tombée, je suis entrée dans la forêt. Et j’ai vu… »
Pages sans texte, présentant un décor de bois dans des tons de beige ou de fusain noir d’encre sur fond blanc, branches, futs… ou pages montrant un animal qui fuit, en plein mouvement, saisi sur fond blanc : un écureuil, un renard plus loin, une horde de cerfs, et enfin une rencontre, avec un sanglier. Attente, approche, magie pour finir avec le retour du texte : la chance d’un miracle.
La beauté de l’album n’est pas seulement dans son histoire, son rythme, ses traits épurés et ses couleurs aux cent nuances de beige, gris, noir mais aussi dans la révélation du secret de sa fabrication à la fin : la couleur a été posée avec des bâtons écorcés et brulés. Différentes essences ont donné différentes couleurs, presque cent, dont on a le nuancier à la fin avec les noms des arbres qui les ont fournis. Deux autres doubles pages sont consacrées aux feuilles des arbres, cette fois dessinées avec des fusains achetés, chacune avec son nom.

Ce bel album est une école de l’attention, attention à ce qu’il nous montre, à son rythme, à sa retenue, à l’émerveillement de la découverte, à la suspension du temps de la rencontre animale – un peu effrayante mais heureuse finalement. C’est aussi un éveil de l’attention à la diversité des arbres et à l’infinie variété des couleurs, des couleurs proches avec chacune leur vibration.

 

Neuf couleurs de peur

Neuf couleurs de peur
Annie Agopian et Marc Daniau

Édition de l’Edune, 2011

 Par Justine Vincenot (MESFC Lyon 1)

« C’est vrai qu’il y a une peur pour tout ». Dans cet ouvrage, chaque peur a sa couleur. La peur bleue, bien sûr, mais aussi la peur grise, la plus sournoise, ou celle de Violette, qui a peur d’attraper des arcs-en-ciel… Annie Agopian et Marc Daniau nous racontent neuf histoires. Neuf histoires différentes, qui montrent, chacune à leur manière, que la peur a de multiples facettes et peut tous nous attraper.

Le jeu subtil des illustrations, dans lesquelles les différentes tonalités des couleurs et les sens que portent celles-ci sont mis en écho, évoque avec profondeur les nuances de cette émotion. La variété du graphisme et des textes renforce l’expression de ce phénomène protéiforme. Pas de recette miracle dans cet ouvrage, mais peut-être une invitation à nous déculpabiliser face à nos peurs.