L’Ile

L’Ile
Lorenzo Palloni
Sarbacane, 2016

La liberté ou le crime

C’est bien connu, les lieux insulaires sont est un terreau fertile pour les utopies… ou pour les cauchemars (voir le film Shutter Island, par exemple, ou L’Ile du Dr Moreau…). Vu la couverture, on penche plutôt pour le deuxième : un soldat (si on regarde bien, on voit que c’est une femme) se tient debout au milieu d’un ruisseau, dans un décor de forêt tropicale où la lumière filtrée par les arbres répand une même couleur verte sur tous les éléments du paysage y compris l’uniforme, Kaki, du soldat.

Pourtant, le début de l’histoire fait croire à une utopie heureuse : cette ile est peuplée d’anciens prisonniers politiques qui ont pu se libérer de leurs geôliers. Ils les ont exterminés, fondant ainsi leur société par le sang. Pourtant, ils étaient pacifistes et avaient été emprisonnés et déportés sur l’île pour cela, parce qu’ils avaient refusé de participer à la guerre générale, sans doute mondiale, que se livraient le Nord et le Sud. Ils vivent en autarcie, en démocratie, depuis 40 ans ; deux nouvelles générations y ont grandi en paix et en ignorant la partie sanglante de l’histoire, développant les valeurs de paix, de tolérance.

Lorsqu’un soldat arrive sur l’île, c’est la panique : il se dit déserteur mais il pourrait être un espion des armées du Nord, il en sait trop, il cherche quelque chose. Très vite, l’île se divise entre ceux qui veulent suivre les valeurs de l’île et ceux qui ont peur d’une attaque. Une famille est au centre de l’intrigue et révèle les différentes façons d’accueillir ou non l’étranger.

Dans cette fable philosophique sur le poids de l’histoire, l’accueil et la cohésion sociale, le désir et l’amour jouent leur jeu. Mais c’est avant tout une belle BD où les couleurs paradisiaques du début virent au kaki et au noir ou à l’orangé dans les scènes violentes et où l’alternance des angles de vue mène la danse à un rythme endiablé. C’est un formidable récit plein de suspens et de rebondissements : les relations entre les êtres se dévoilent, en même temps que l’histoire cachée de l’île, faite de violence et de mensonge. Quant à la « morale », chaque lecteur se fera la sienne.

 

 

L’Ile au trésor

L’Ile au trésor
R. L. Stevenson
Traduit (anglais) par J. Papy
Gallimard jeunesse (Bibliothèque), 2014

Classiques « éternels »?

Par Anne-Marie Mercier

L’Ile au trésorGallimard jeunesse, au temps où le livre semble – à tort ou à raison – en passe de devenir un produit menacé et éphémère, a fait un beau projet, celui de proposer aux adolescents de grands textes à collectionner pour se monter une « bibliothèque », c’est le nom de cette collection. On y trouve Hemingwa, Gripari, Morpurgo, Dahl,

Le texte de Stevenson, traduit par Jacques Papy, est publié par Gallimard depuis 1974 en folio junior avec des illustrations de George Roux, mais a été présenté en 1994 sous forme d’album à couverture souple dans la collection « Chefs-d’œuvre Universels », avec des illustrations de François Place et des photos à usage documentaire (reprenant le principes de Gallimard découvertes). On retrouve François Place comme seul illustrateur, dans ce volume. Ses aquarelles sages évoquent les illustrations d’autrefois et intègrent dans le récit leurs touches de couleur et leur point de vue sur l’histoire..

Cette traduction de J. Papy, comme celle qu’il a faite d’Alice en tentant de rendre le texte plus accessible est un peu ancienne (une traduction s’use-t-elle ? la réponse est « oui », car le regard sur le texte set sur la traduction peut changer). Folio classique propose depuis 2000 une nouvelle traduction, de Marc Porée.

L’Ile au trésor

L’Ile au trésor
Robert Louis Stevenson
Illustré par Jean-François Dumont
Traduit (anglais) par Déodat Serval
Flammarion, 2013

Un classique  illustré

Par Anne-Marie Mercier

ileautresorRéédition d’un ouvrage publié en 2004, cette version de l’île au trésor a fait le choix de la  tradition : des illustrations à l’aquarelle fidèles et précises accompagnent tous les chapitres, soit pour mettre en valeur des détails, soit pour créer une atmosphère ou mettre en scène un épisode. La traduction est fidèle et maintient le ton un peu suranné du récit de Jim Hawkins. Tout cela est présenté dans une belle mise en page et sur du beau papier, un bel ouvrage… classique.

Capitaine Massacrabord

Capitaine Massacrabord
Mervyn Peake
Traduit (anglais) par Patrick Gyger
La Joie de lire, 2011

Comprenne qui pourra

Par Matthieu Freyheit

Le Capitaine Massacrabord aime les îles roses et les créatures grotesques. Ça tombe bien, moi aussi. Quant à vous expliquer pourquoi, c’est une autre paire de manches. Commençons par l’auteur. Mervin Peake n’est pas un inconnu. Décédé en 1968, atteint de la maladie de Parkinson, Peake a livré un héritage graphique important. Connu pour la série des Titus – une trilogie romanesque –, il a également illustré de nombreux classiques, de L’Île au trésor à Alice au Pays des Merveilles. C’est entre fantastique et absurde que se situe le Capitaine Massacrabord, un conte de pirate hors genre.

L’histoire ? Le Black Tiger, un sacré bateau pirate commandé par le très féroce Capitaine Massacrabord, navigue en des eaux mystérieuses. Lorsque l’équipage découvre une île rose peuplée de créatures extravagantes, le capitaine n’y résiste pas et ordonne à ses hommes de capturer l’une d’elles. Celle-ci ne portera d’autre nom que la Créature Jaune, je vous laisse deviner pourquoi. Une fois amenée à bord, le Capitaine noue avec cette dernière une relation de plus en plus étroite. Car n’en croyez rien : avant d’être un conte de pirate, Capitaine Massacrabord est avant tout une bien étrange histoire d’amour et, après quelques danses, c’est en jupette et chapeau à plume que la Créature Jaune prépare le repas sous l’œil un tantinet lubrique du Capitaine.

Ce n’est pourtant pas cette histoire somme toute discrète qui me fait me poser la question suivante : est-ce bien un album pour enfants ? L’éditeur propose une lecture dès 6 ans. Soit. Je ne garantis pas que je garde un souvenir parfait de mes facultés à cet âge-là, mais il me semble bien que je n’y aurais rien compris. Je n’ai même aucun doute là-dessus. Mais d’ailleurs : y a-t-il seulement quelque chose à comprendre ? Une lecture accompagnée me paraît elle-même difficile. D’autant plus que, malheureusement, le parti pris du style narratif ne retient pas longtemps l’attention, et le récit nous laisse finalement sur notre faim. C’est fort dommage, car l’album est d’une belle facture et les illustrations d’une grande qualité. La palette simple souligne un trait discontinu et souple, pour un ensemble de planches gracieux. Mais là encore, l’intérêt graphique, si grand soit-il, ne retiendra pas nécessairement l’attention des enfants. Ce qui n’empêche pas, après tout, d’en faire un très bel album pour nous, les plus grands. Et pour tous les amateurs de créatures jaunes en jupette, évidemment.