C’est moi la plus verte !
Nadia Roman, Bruno Robert
Les éditions du Ricochet, 2009
Quand la volonté didactique gâche le plaisir
par Sophie Genin
L’histoire est plaisante et, s’il n’y avait cette volonté farouche de faire référence à d’autres textes célèbres de la littérature de jeunesse, nous serions sensible aux traits d’humour… mais, outre les illustrations qui ne font pas montre d’une originalité suffisante pour se démarquer de ce qui a déjà été édité avant, le texte est bien trop prétexte à aller lire ailleurs, ce que le lecteur finira par faire, faute de s’attacher aux personnages de cette histoire-ci !
Une sobre couverture en noir et blanc à l’encre de chine, quelques portées vides… Quand on tourne la page, elles prennent de la verticalité, se transforment en arbres. Apparaît alors le chef d’orchestre, qui, du sommet du plus grand arbre, va orchestrer la symphonie. Les feuilles (métaphores des notes), au gré de sa baguette, vont délicatement s’envoler, tournoyer, se mêler et nous offrir un magnifique concert de silence. Point besoin de mots, tout est dit. On se laisse emporter, transporter. On referme le livre comme on sort d’un concert avec en tête une multitude de notes, de sensations, on a touché la plénitude.
D’abord, il y a les images ou plutôt les magnifiques tableaux de Martin Jarrie qui prennent toute leur puissance dans un album de très grand format. De délicates fleurs en très gros plan, saisissantes de beauté, de délicatesse…
Des illustrations foisonnantes de mille détails, mille références…, mêlant traits au crayon, découpages, aplats de couleurs, variations autour de cadrages audacieux et mise en scène du texte… Des images qui invitent à la divagation personnelle mais qui sont d’abord, ou aussi, un accompagnement du texte de François Prévot. Une histoire d’amour entre deux ados qui ont du mal à s’avouer leurs sentiments. La poésie, les mots seront le point de passage entre les deux. Point de vieille poésie, la poésie actuelle bien vivante, celle qui peut s’écrire en SMS, sur des supports originaux : une lettre d’amour tricotée à l’aiguille sur support en carton… ou envoyée sur un avion en papier telle une bouteille à la mer… Un sujet universel porté par un support riche qui peut toucher un public de tous âges.
Qu’est -ce que c’est ? Cette phrase rythme le texte. De magnifiques photos montrent le détail en gros plan d’un objet que l’on découvre en tournant la page. Le procédé n’est pas nouveau mais ce qui est intéressant ici, c’est le parti pris d’utiliser des objets de récupération détournés de leur usage premier. Tout cela s’inscrivant dans un récit à accumulation et n’étant pas simplement la juxtaposition de devinettes, comme on le voit le plus souvent dans les productions jeunesse pour les tout jeunes enfants. C’est aussi un livre à chute heureuse : Le berger a gagné un baiser de la princesse de Bordeaux !
C’est l’histoire de quatre mecs qui regardent un match de foot ensemble… L’un des quatre propose aux autres d’aller boire un coup mais aucun ne peut… L’un doit s’occuper du linge, l’autre du ménage, le troisième doit faire à manger… Vous n’êtes que des FEMMELETTES ! Nous les hommes on est faits pour vivre fort ! rétorque le quatrième.
Si les doudous n’existaient pas, il faudrait les inventer tant le thème du doudou perdu est présent aussi bien en littérature de jeunesse que dans les préoccupations quotidiennes des parents (et des enfants).
Jo Hoestland fait parler le jeune Tim, en un langage populaire, imagé et gouailleur, une imitation d’oral un peu datée. Elle passe également par ses impressions pour évoquer sans trop de misérabilisme ni trop de condescendance une histoire bien misérable, celle d’un vieil homme, le voisin d’en face de Tim, solitaire, sale, méchant, radin et mystérieux.
Poursuivant son exploration philosophique, Kitty Crowther s’attaque à la question de la divinité. Non pas celle de son existence (Dieu existe, puisque Petit Homme le rencontre et lui parle), mais celle de sa nature, sa forme, ce qu’il peut et ce qu’il sait. Dieu affirme être un dieu parmi d’autres. A la demande de Petit homme, il est capable de prendre toutes les formes vivantes (on songe à l’ogre du Chat botté). Seule faiblesse, il ne sait pas grimper aux arbres, ni nager, et dit ne pas savoir ce qu’est une omelette.
Francine Ourchette mène l’enquête, elle voudrait découvrir le secret de Madame de Polichinelle. Le lecteur la suit, pas à pas, équipé de sa loupe magique pour entrevoir ce qui se cache derrière les taches rouges qui jalonnent l’histoire. Il faudra de la persévérance pour deviner le secret de Madame de Polichinelle, un bien joli secret que l’on découvre, fait intéressant, uniquement dans la lecture de l’image.