C’est moi la plus verte !

C’est moi la plus verte !
Nadia Roman, Bruno Robert
Les éditions du Ricochet, 2009

 Quand la volonté didactique gâche le plaisir 

par Sophie Genin

C'est moi la plus verte.gif L’histoire est plaisante et, s’il n’y avait cette volonté farouche de faire référence à d’autres textes célèbres de la littérature de jeunesse, nous serions sensible aux traits d’humour… mais, outre les illustrations qui ne font pas montre d’une originalité suffisante pour se démarquer de ce qui a déjà été édité avant, le texte est bien trop prétexte à aller lire ailleurs, ce que le lecteur finira par faire, faute de s’attacher aux personnages de cette histoire-ci !

 

Diapason

Diapason
Laëtitia Devernay

La joie de lire, 2010

Quand les images nous transportent…

par Frédérique MATTES

duvernay.jpgUne sobre couverture en noir et blanc à l’encre de chine, quelques portées vides… Quand on tourne la page, elles prennent de la verticalité, se transforment en arbres. Apparaît alors le chef d’orchestre, qui, du sommet du plus grand arbre, va orchestrer la symphonie. Les feuilles (métaphores des notes), au gré de sa baguette, vont délicatement s’envoler, tournoyer, se mêler et nous offrir un magnifique concert de silence. Point besoin de mots, tout est dit. On se laisse emporter, transporter. On referme le livre comme on sort d’un concert avec en tête une multitude de notes, de sensations, on a touché la plénitude.

Diapason est le premier livre de Laëtitia Devernay, il est parmi les 5 gagnants de la 3e CJ Picture Book Award (Fondation culturelle coréenne qui a pour but de favoriser la diffusion de livres illustrés de qualité auprès de lecteurs du monde entier). Le livre a été choisi par un jury de professionnels, parmi 447 titres de 29 pays.

Hyacinthe et Rose

Hyacinthe et Rose
Texte de François Morel
Peintures de Martin Jarrie

Thierry Magnier, 2010

Quand texte et images se répondent …

par Frédérique MATTES

hyacinthe.jpg D’abord, il y a les images ou plutôt les magnifiques tableaux de Martin Jarrie qui prennent toute leur puissance dans un album de très grand format. De délicates fleurs en très gros plan, saisissantes de beauté, de délicatesse…

Et puis il y a le texte. Le narrateur se présente comme le petit fils parisien d’un couple de personnes âgées que tout oppose. Lui, Hyacinthe, est « coco », elle, Rose, est « catho ». Il aime boire, elle aime manger. Il aime traîner, elle est toujours en activité… Le seul sujet qui les réunit est leur amour de fleurs. Quel bonheur !

Ce sera donc 29 souvenirs d’enfance auxquels se mêlent des anecdotes liées aux fleurs, au jardin. 29 tableaux qui dépeignent les sensations, les émotions de ce petit Parisien transporté dans un autre monde. Comme le narrateur on s’imprègne des odeurs, des couleurs ….

Quand le texte et l’image sonnent à l’unisson et résonnent dans nos cœurs.

Pour les amoureux de fleurs et du jardin de tous âges.

Paradiso

Paradiso
Texte de Franck Prévot
Illustrations de Carole Chaix

L’Edune, 2010

Quand texte et images se mêlent …

par Frédérique MATTES

 Paradiso.gifDes illustrations foisonnantes de mille détails, mille références…, mêlant traits au crayon, découpages, aplats de couleurs, variations autour de cadrages audacieux et mise en scène du texte… Des images qui invitent à la divagation personnelle mais qui sont d’abord, ou aussi, un accompagnement du texte de François Prévot. Une histoire d’amour entre deux ados qui ont du mal à s’avouer leurs sentiments. La poésie, les mots seront le point de passage entre les deux. Point de vieille poésie, la poésie actuelle bien vivante, celle qui peut s’écrire en SMS, sur des supports originaux : une lettre d’amour tricotée à l’aiguille sur support en carton… ou envoyée sur un avion en papier telle une bouteille à la mer… Un sujet universel porté par un support riche qui peut toucher un public de tous âges.

Quatre petits volumes cartonnés de 14 pages, intitulés « Arrêts sur image » écrits à partir de la plongée de Franck Prévot dans les images de Carole Chaix ont été édités en complément. Une expérience originale et novatrice. Ce n’est pas si souvent que l’on assiste à un réel travail de collaboration entre auteur et illustrateur.

La princesse de Bordeaux

La princesse de Bordeaux
Texte de Patacrua
Illustration de Javier Solchaga

OQO, 2010 (deuxième édition)

Devinettes …

par Frédérique MATTES

la princesse de bordeaux.gifQu’est -ce que c’est ? Cette phrase rythme le texte. De magnifiques photos montrent le détail en gros plan d’un objet que l’on découvre en tournant la page. Le procédé n’est pas nouveau mais ce qui est intéressant ici, c’est le parti pris d’utiliser des objets de récupération détournés de leur usage premier. Tout cela s’inscrivant dans un récit à accumulation et n’étant pas simplement la juxtaposition de devinettes, comme on le voit le plus souvent dans les productions jeunesse pour les tout jeunes enfants. C’est aussi un livre à chute heureuse : Le berger a gagné un baiser de la princesse de Bordeaux !

La mise en scène du texte et de l’image est particulièrement soignée. Le texte de Patacrùa est issu d’un conte traditionnel européen. Un beau livre pour les plus jeunes.

Nous les hommes

Nous les hommes
Christian Voltz

Rouergue, 2010

Humour toujours …

par Frédérique MATTES

Nous les hommes.gifC’est l’histoire de quatre mecs qui regardent un match de foot ensemble… L’un des quatre propose aux autres d’aller boire un coup mais aucun ne peut… L’un doit s’occuper du linge, l’autre du ménage, le troisième doit faire à manger… Vous n’êtes que des FEMMELETTES ! Nous les hommes on est faits pour vivre fort ! rétorque le quatrième.

Surprise ! Quand il arrive chez lui, on découvre qu’il doit lui aussi gérer la maison, sa femme partant à une soirée entre copines !

Christian Voltz ou comment traiter avec humour et délicatesse un sujet au centre des préoccupations de bon nombre d’entre nous : la place des hommes et des femmes dans la vie au quotidien. Un album où chaque lecteur du plus jeune à l’adulte pourra trouver un écho à son quotidien et aussi beaucoup de plaisir.

Le Doudou de Lola

Le Doudou de Lola
Irène Cohen-Janca, Natacha Sicaud
Rouergue, 2010

Doudou y es-tu ? 

Par Anne-Marie Mercier

Le Doudou de Lola.jpg Si les doudous n’existaient pas, il faudrait les inventer tant le thème du doudou perdu est présent aussi bien en littérature de jeunesse que dans les préoccupations quotidiennes des parents (et des enfants).

L’originalité de cet album tient à ses illustrations très colorées et dynamiques. Natacha Sicaud utilise les doubles pages de façon très variée, en plans larges, champ/contre-champ, plan d’ensemble/gros plan, etc. et les représentations de la maison de Lola se plient à toutes les circonstances.

Autre originalité : le doudou est un patchwork de 22 carrés qui seront retrouvés les uns après les autres (deux, puis quatre, cinq, sept…) , ce qui peut donner lieu à de savants calculs pour qui voudrait. Le défilé des personnes qui les rapportent, d’âges et de métiers différents s’achève avec l’arrivée de la petite Lili grâce à laquelle Lola comprendra qu’il y a plus grave dans la vie et qu’une amie vaut mieux qu’un doudou. En somme, il faut grandir, mais en attendant, le livre est tout un monde à explorer.

Mon P’tit Vieux

Mon P’tit Vieux
Jo Hoestland
Syros (Mini) , 2010 

Chute de vieux

Par Anne-Marie Mercier

Mon P’tit Vieux.jpgJo Hoestland fait parler le jeune Tim, en un langage populaire, imagé et gouailleur, une imitation d’oral un peu datée. Elle passe également par ses impressions pour évoquer sans trop de misérabilisme ni trop de condescendance une histoire bien misérable, celle d’un vieil homme, le voisin d’en face de Tim, solitaire, sale, méchant, radin et mystérieux.

Le regard de l’enfant est très juste : un mélange de crainte, de dégoût et de pitié, et quelque chose de plus, qui s’affirme à la fin : comme un remord. Le texte est très court mais efficace et traite avec pudeur un sujet sensible, celui de la solitude et de la misère de certains et de l’indifférence ou de l’ignorance des autres.

Le petit homme et Dieu

Le petit homme et Dieu
Kitty Crowther

Pastel, 2010

Le goût de l’omelette 

Par Anne-Marie Mercier

Le petit homme et Dieu.jpgPoursuivant son exploration philosophique, Kitty Crowther s’attaque à la question de la divinité. Non pas celle de son existence (Dieu existe, puisque Petit Homme le rencontre et lui parle), mais celle de sa nature, sa forme, ce qu’il peut et ce qu’il sait. Dieu affirme être un dieu parmi d’autres. A la demande de Petit homme, il est capable de prendre toutes les formes vivantes (on songe à l’ogre du Chat botté). Seule faiblesse, il ne sait pas grimper aux arbres, ni nager, et dit ne pas savoir ce qu’est une omelette.

Il accompagne le petit homme dans toutes ses activités  dans un décor aux allures de jardin d’Eden, rendant Théo heureux « pour l’éternité ». Cela dure jusqu’au moment où Dieu rentre chez lui, retrouver sa femme, pour lui faire une de ses fameuses… omelettes. Enfin, il se promène et se demande « si un jour il arrivera à grimper aux arbres comme Théo ». Le récit se retourne et on ne sait plus bien qui est le dieu de l’autre.

Si Dieu y perd sa barbe blanche, il y gagne en familiarité. Son allure ectoplasmique est fort sympathique. Petit Homme et Dieu, tous deux en majuscules (sauf dans le titre), sont à égalité, chacun dans son monde, mais avec en commun le goût de l’omelette.

Le secret de madame de Polichinelle

Le secret de madame de Polichinelle
Julie Lannes

Motus, 2010

C’est ludique, pas classique, sympathique …

par Frédérique MATTES

 

Madame polichinelle.gifFrancine Ourchette mène l’enquête, elle voudrait découvrir le secret de Madame de Polichinelle. Le lecteur la suit, pas à pas, équipé de sa loupe magique pour entrevoir ce qui se cache derrière les taches rouges qui jalonnent l’histoire. Il faudra de la persévérance pour deviner le secret de Madame de Polichinelle, un bien joli secret que l’on découvre, fait intéressant, uniquement dans la lecture de l’image.

Le dénouement est heureux et donne raison d’avoir confiance en les relations humaines.

Les deux dernières pages,« mode de fabrication » et « mode d’emploi », sont pleines de malice.

De nombreuses qualités pour ce premier album vraiment réussi et qui devrait beaucoup plaire à de jeunes lecteurs.