Les billes font la course

Les billes font la course
Frédérique Bertrand Michaël Leblond
Rouergue 2015

A toute vitesse !

Par Michel Driol

les-billes-font-la-course-454x600Dans la série « Le monde en Pyjamarama », voici un nouvel ouvrage. Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas la série, il s’agit de livres-animés par une vieille technique, l’ombro cinéma. En déplaçant une trame sur une image, on créé l’illusion du mouvement, par effet stroboscopique.

C’est à une parodie de course automobile que nous assistons, dans laquelle les voitures sont remplacées par des billes, rouges et bleues. Tout y est : garage, starter avec son revolver, contrôleurs avec leurs drapeaux, spectateurs, mécaniciens, engins de dépannage et de chantier, suspense et fin inattendue…  Course animée de rebondissements : les lacets emmêlent les billes, le circuit doit être réparé, les rouges doivent passer au stand pour refaire le plein avant de quitter le circuit, laissant la victoire aux bleues. Quant aux rouges, une pirouette langagière finale les fait disparaitre « dans le décor ».

Le texte, saturé de marques d’oralité, reprend les clichés des commentateurs sportifs : les répétitions « Ça roule…ça roule… ça roule », les exclamations (« Oh là ! »), les hypothèses (« On dirait que… ») et l’adresse finale au auditeurs (« Et ce sont, chers amis… »). Il est de surcroit truffé d’onomatopées, qui souvent font partie de l’image (Vroum, tap tap, bing…).

Le graphisme, simple et stylisé, dans les dominantes de rouge et de bleu est expressif et rempli de petits détails (attitudes des spectateurs, piles électriques pour représenter le plein d’énergie…), et nous emmène dans un décor à la fois campagnard et urbain.

Les billes sur le circuit sont, bien sûr, l’élément principal, personnages muets qui prennent vie sous les doigts du lecteur qui les anime en glissant la trame sur l’image.

Un livre magique et plein d’humour, qui montre que l’animation n’est pas réservée au cinéma.

Un jour à la mer

Un jour à la mer
Kimiko
L’école des loisirs, 2015

Pop-up subaquatique

Par Anne-Marie Mercier

Un jour à la merPlutôt qu’un jour, comme le laisse croire le titre, c’est un moment, où la jeune Lola  est à la plage puis très vite sous l’eau. Le dispositif du Pop-Up permet de superposer différents plans, algues, poissons, etc., mais est peu dynamique. Quant à l’histoire, elle est simplissime et peu originale.

Mais les dessins de Kimiko sont pleins d’humour et de couleurs, et ce côté paisible et sans surprise (la murène n’a pas l’air bien méchante et se plie facilement à l’autorité de l’enfant) a un petit charme particulier.

Au secours ! un ogre

Au secours ! un ogre
Au secours ! un loup

Au secours ! une sorcière
Oriane Lallemand, Clément Devaux
Nathan, 2013

Peurs tri-dimensionnelles

Par Yann Leblanc

Ces trois vAu secoursun ogreolumes partent d’un même principe, celui d’un grand album cartonné proposant des tirettes ou autres animations pour faire apparaître des choses qui font peur ou surprennent (le principe du « coucou » enfantin), ou des choses cachées qu’il faut chercher. La dernière page, faisant apparaître en gros plan et en trois dimensions le personnage qui fait peur, incite à fermer le livre et à partir en courant.

Belle idée, graphisme repoussant à souhait, cocasse, qui fera merveille sur les craintifs et les rieurs.

Au secoursunesorcièreAu secoursunloup

 

À Bord du bateau pirate

À Bord du bateau pirate
Jean-Michel Billioud et Ollivier Latyk

Gallimard Jeunesse (Le monde animé), 2014

C’est un fameux trois-mâts

Par Matthieu Freyheit

Le bateau aBorddubateaupiratepirate est devenu en peu de temps un classique des albums de jeunesse, sorte de sous-branche des albums consacrés plus généralement à la piraterie. De fait, à bord du bateau pirate, on trouve essentiellement…des pirates. L’idée n’est donc pas neuve, ni originale, mais ce volume a l’intérêt de se montrer plus précis et plus curieux d’un mode d’existence somme toute particulier, et dont nous ne savons pas tout. De l’embarquement à la capture par les soldats du roi, l’album revient sur les principaux épisodes traversés par le bateau pirate : l’enrôlement, la répartition des tâches, la position du capitaine, les escales, les abordages et les trésors remettent en perspective les étapes majeures d’un véritable roman de piraterie. L’aventure avant tout, donc, mais semée d’informations et d’anecdotes qui permettent à cet album de sortir un peu du lot.

Visuellement, le livre privilégie les tons simples qui ne mettent pas à mal la présentation des informations, tout en livrant des scènes animées et riches. Et comme toujours dans ces albums participatifs, le geste du lecteur est mis à contribution : des languettes à tirer, des éléments à soulever, des roulettes à tourner, faisant de chaque double-page un livre dans le livre. Une réussite, donc, qui n’hésite pas à mélanger avec intelligence l’enthousiasme de l’aventure et de la découverte à celui de la connaissance.

 

Versailles

Versailles
illustré par Nina Cosford
Casterman, 2013

Pour les touristes

Par Anne-Marie Mercier

VersaillesMini pop up, ce petit parcours en format carré de Versailles déçoit un peu : le texte est  un honnête descriptif des lieux et des événements marquants, mais la mise en images apporte peu de choses et est de facture très classique, un peu plate, ce qui pour un pop up est regrettable. Un souvenir à rapporter de voyage, guère plus.

Pierre lapin copié/copie

La Nouvelle Aventure de Pierre lapin
Emma Thompson, illustrations de Eleanor Taylor
Traduction (anglais) de Jean-François Ménard
Gallimard jeunesse, 2012

Pierre lapin petit facteur
Traduction (anglais) de Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard jeunesse, 2012

Lapin à vendre : du plagiat et de Beatrix Potter

Par Anne-Marie Mercier

nouvelleaventurepierrelapinQuand les acteurs ou autres vedettes du monde du spectacle se mettent à écrire pour les enfants, le résultat est rarement concluant. Dans La Nouvelle Aventure de Pierre lapin, le dessin imite le style de Beatrix Potter, la sobriété du texte et la simplicité de l’histoire sont proches de celles de ses histoires, tout cela est fort mignon, mais cela reste une imitation assez pâle.

Autre imitation et même imitation d’imitation, avec Pierre lapin petit facteur qui reprend (sans nom d’auteur !) le principe des  classiques que sont devenus les albums Pierrelapinpetitfacteurd’Allan et Janet Ahlberg : Le gentil facteur ou lettres à des gens célèbres (Jolly Postman, 1987) et Le facteur du Père Noël (1991). Comme dans ces ouvrages, on trouve à l’intérieur de l’album des enveloppes avec des fac simile de lettres, documents divers. Ici, les découvertes sont liées par une intrigue simple (simplette ?) mais efficace : Le jeune Pierre lapin envoyé faire des courses par sa mère découvre que le renard Tod qui a invité la cane à dîner veut facteur 1la manger. Comme les albums précédents, qui ont servi lieu à de nombreux travaux en CE1, cette nouvelle version qui propose non seulement des lettres mais d’autres documents variés (des « écrits sociaux »), Pierre lapin petit facteur devrait plaire à un large public en profitant de l’image des albums de B Potter et de l’affection que l’on a pour Peter Rabbit (qui dispose d’un « site officiel » facteur2100%commercial…).

Paris. Petit Pop up panoramique

Paris. Petit Pop up panoramique
Sarah McMenemy
Casterman, 2012

Voir Paris…

par Anne-Marie Mercier

Traduction d’un ouvrage édité en anglais par Walker Books, imprimé en Chine, ce petit pop up offre une vision hyper touristique de Paris, la ville étant conçue comme une collection de monuments « à voir », disséminés dans un espace inexistant ou du moins très théorique : les vélos, vespas et piétons peuplent les rues davantage que les rares voitures, lesquelles ont des allures d’années 50 acidulées. C’est donc un Paris mythique d’aquarelle qui se déplie dans ce tout petit format, exceptionnel pour un pop up.

Cela dit, c’est une bonne introduction pour un jeune enfant à qui on montrerait la ville ; certains détails indispensables pour cet âge amateur de précisions seront précieux : la tour Eiffel fait 324 m et accueille 7 millions de visiteurs/an ; le sarcophage de Napoléon est en porphyre rouge ; Toulouse Lautrec et Modigliani ont fréquenté Montmartre, la flamme du soldat inconnu est ravivée chaque soir sous l’Arc de triomphe…

Sade Up

Sade Up
Franck Secka, Philippe Huger (ingénierie papier)

Rouergue, 2011

La pensée Pop Up

par Anne-Marie Mercier

sadeUp.gifDisons-le d’emblée, même si la précaution peut sembler inutile vu le titre : cet album n’est pas pour les enfants, ni pour les âmes sensibles.  Pourtant c’est un Pop up, et il en déploie toutes les ressources : constructions qui se déploient en relief, rabats permettant de multiples permutations, tirettes dévoilant ou découpant des objets et des corps, roues faisant défiler les possibles…

Il ne s’agit pas d’illustrer une œuvre particulière de Sade mais de proposer dans chaque double page une petite scène de théâtre à sa manière. On y trouve de nombreux pastiches : une fausse Chapelle Sixtine, des tableaux revisités, des montages de peintures, gravures, photographies colorisés… L’objet est superbe et dérangeant.

Quant au propos, il a le mérite de faire réfléchir à ce que crée un pop up. Ainsi, ce qui, dans le domaine de l’enfance, sert le jeu, la curiosité et l’exploration de la limite des possibles peut être détourné (mais est-ce un détournement ?) vers d’autres domaines. Que ceci soit appliqué à une œuvre qui semble à beaucoup totalement étrangère au monde de l’enfance ne peut que faire réfléchir au désir de voir, commun à l’enfant et au personnage sadien. Dévoiler ce qui se passe dans la chambre des parents, ou sous les vêtements du grand duc, mettre en pièce des petits poissons… tout cela dira quelque chose aux spécialistes de l’enfance ; pour les rares spécialistes de Sade qui fréquenteraient ce site, ils méditeront également les propos de la préface de Michel Surya : il s’agit de « mettre la pensée elle-même en représentation, une représentation à laquelle c’est la machine qui commande ou à laquelle on commande par la machine » belle définition du pop up.

 

Bruit blanc

Bruit blanc
David A. Carter
Gallimard jeunesse, 2010

L’Art du Pop Up

Par Anne-Marie Mercier

Bruit blanc.gifSous une couverture cartonnée sobre, rouge, couverte en partie par des découpes blanches de carton ondulé, se cache une explosion de couleurs et  de formes. Ce livre est un Pop up tout à fait particulier et maîtrisé, l’art du Pop Up.

Au lieu de raconter une histoire et de proposer des constructions reconnaissables et plus ou moins réalistes, il joue librement sur les formes, les couleurs… et les sons. Car Bruit blanc est un livre qui émet des sons, non pas de ces vilains bruits enregistrés qu’on trouve ici ou là (du type « appuyez sur la touche », et voici un bruit de vache ou de moteur), mais de vrais bruits émis par des matériaux claqués, frottés, dépliés, ceux que font des languettes de papier lorsqu’on tourne des pages, actionne des leviers de carton, gratte des calques…

Chaque ouverture de page fait naître une structure proche du mobile de Calder par sa justesse et son côté aérien ou de la sculpture de Tinguely par sa fantaisie et ses couleurs. Sur les fonds monochromes de couleurs primaires ou blancs ou noirs s’élèvent des architectures dans lesquelles on reconnaît (ou croit reconnaître ?) des structures multicolores (toujours des couleurs primaires, ou noir et blanc), comme ici un chevalet, là une lettre… ou des formes de cônes, de cylindres… ou des empilements joyeux et aériens, des bulles d’arc en ciel. Au dos de l’album, une dédicace à Kerouac et Monk ouvre sur d’autres arts et y ajoute le nom de Massahiro Chatani, créateur d’« origamic architectures » (http://www.evermore.com/oa/exit.php3).

Un sommet de l’art du Pop Up.

On trouve sur le site de D. A. Carter toute une série de ressources pour créer ses propres pop up, de l’élément papier à imprimer et découper, au film indiquant la méthode de collage et de fabrication : http://www.popupbooks.com/surprise.html

Monstres et Dragons

Monstres et Dragons
Matthiew Reinhart, Robert Sabuda

Seuil 2011

pop-up monstre !

Par Anne-Marie Mercier

Monstres et Dragons.gifL’édition française de ce pop-up justement qualifié de « spectaculaire » en quatrième de couverture a été rapide puisqu’il a été publié la même année en Grande-Bretagne, et c’est tant mieux. On a rarement vu un pop-up aussi généreux, à tous points de vue : l’inventivité des montages la variété des papiers, l’humour, la présence d’images annexes dans les marges, cachés sous des rabats et enfin la quantité  et la qualité des textes.
Le livre convoque plusieurs mythologies, européennes ou asiatiques, anciennes et modernes. Dans ses pages sages au format carré, il propose de frémir devant le surgissement du calmar géant, l’éveil du vampire, le saut du yéti, et de réfléchir aux origines des croyances et à leur impact sur les civilisations. Ainsi, à propos du Dragon, se côtoient une légende, une réflexion sur le kung-fu et une évocation des fêtes du nouvel an chinois.