Versailles

Versailles
illustré par Nina Cosford
Casterman, 2013

Pour les touristes

Par Anne-Marie Mercier

VersaillesMini pop up, ce petit parcours en format carré de Versailles déçoit un peu : le texte est  un honnête descriptif des lieux et des événements marquants, mais la mise en images apporte peu de choses et est de facture très classique, un peu plate, ce qui pour un pop up est regrettable. Un souvenir à rapporter de voyage, guère plus.

Sabotages en série à Versailles

Sabotages en série à Versailles
Arthur Ténor

Seuil jeunesse, 2011

Versailles hélas

Par Anne-Marie Mercier

sabotages en série.jpgVoilà une tentative pour mêler roman historique (pâle copie des Colombes du roi soleil, version garçons), « collège novel » (il y aurait eu une « prestigieuse école » de pages sous Louis XIV…?) et roman policier. C’est souvent des mélanges que viennent les surprises et certains succès (l’exemple Harry Potter). Ici, le résultat est bien décevant, sur tous les points. Il faut noter tout de même une originalité : le cadre des jardins de Versailles est bien utilisé et les prouesses techniques des fontaines et grandes eaux bien documentées. Hors cela, l’imitation de langue ancienne dans les dialogues est artificielle et le récit sans allant.

 

Les Folles Aventures d’Eulalie de Potimaron, 1et 2

Les Folles Aventures d’Eulalie de Potimaron,
1 (Anous deux, Versailles !)
2 (Le serment amoureux)

Anne-Sophie Silvestre

Flammarion Père Castor, 2011

Versailles, Saint-Cloud, pour les filles (pas trop) et les garçons (un peu)

par Anne-Marie Mercier

Les Folles Aventures d’Eulalie 1,.gifNi roman historique ni série pour les jeunes filles qui rêvent d’intrigues de Cour et de succès mondains, cette nouvelle série est un feuilleton tout à fait réjouissant qui prouve qu’on peut ouvrir certaines portes savantes tout en s’amusant. Anne-Sophie Silvestre avait déjà donné un roman sur Marie Antoinette découvrant Versailles tout à fait convaincant (il vient de paraître en poche, on en redonnera prochainement l’analyse). Elle s’attaque au même lieu sous un autre règne et dans un autre esprit.

Le cadre est là, on est bien à Versailles puis à Saint-Cloud, et l’on croise de nombreux personnages connus de l’entourage du roi Louis XIV. Le roi et son fils jouent un rôle important mais la famille de Monsieur le frère du roi (Monsieur lui-même est ici bien réhabilité) est aussi au cœur de l’histoire, avec sa femme haute en couleurs, la Princesse Palatine, dont les merveilleuses lettres ont certainement inspiré l’auteure, et la fille de Monsieur, née d’un premier mariage, Mademoiselle ; dans le tome 2 on aperçoit le régent et l’abbé Dubois, jeunes et charmants tous deux…

On voit aussi, c’est un passage obligé, comment le souci de l’étiquette et des convenances peut être oppressant, surtout pour les femmes. Eulalie, entrée dans la « maison » de Mademoiselle doit se plier à de nouvelles règles, porter des robes élégantes… L’une des qualités majeures du récit est de ne pas trop s’appesantir sur ces détails, et de n’indiquer que quelques points significatifs, comme la première robe d’Eulalie, sans se perdre dans des « chiffons » comme c’est trop souvent le cas de romans historiques très visiblement écrits pour les filles. Ce roman pourra plaire aussi bien aux garçons car Eulalie est à l’aise avec les préoccupations de l’un et l’autre sexe.

Les Folles Aventures d’Eulalie 2.gifLa jeune héroïne traverse tout cela au grand galop, grâce à son éducation exceptionnelle: son père l’a élevée comme un garçon, elle a un peu de culture, sait monter à cheval et se battre à l’épée ; elle se déguise en garçon lorsqu’elle veut être libre de circuler et échapper ainsi à la surveillance des gouvernantes de toutes sortes. Arrivée à contrecœur à la cour avec son lapin pour seul confident, elle s’y fait une amie et quelques ennemies, et surtout des amis, une société de garçons de haute volée, le premier cercle des compagnons du Dauphin et le Dauphin lui-même.

Le premier tome est riche en péripéties, avec la découverte de la Cour et de ses rituels, les rencontres, les intrigues… une histoire d’amour court en parallèle avec un mystère qui introduit de la magie, un tableau qui « parle »… Le deuxième tome est moins dense et plus orienté sur l’amour, mais se « rattrape » à la fin avec une belle bataille.

Tout cela est mené avec beaucoup d’humour, un humour adressé à un lecteur plus âgé souvent. Par exemple, lorsque l’un des personnages, dans un grenier, s’arrête devant des meubles : « c’est vieux tout cela. Epoque Henri II, dirais-je. C’est la sorte de meubles qu’on trouve chez mes grands-parents ». Les couvertures des ouvrages jouent délibérément avec ces éléments et mettent en avant le plaisir du pastiche et du décalage.

Un personnage amusant et sympathique, un peu gaffeur, de belles amitiés, des aventures et de l’amour, un langage riche et jamais cuistre ni trop fabriqué, tout cela promet de belles et savoureuses aventures; le tome 3 est annoncé.

En résumé, on est dans une belle série mi-enfantine mi-épique qui ne se prend pas au sérieux et se met à hauteur d’enfance (ce qui ne veut pas dire en bas d’une quelconque échelle). Le nom du lapin d’Eulalie, Ti Tancred, encore une belle trouvaille, résume cette volonté.

Les Poisons de Versailles

Les Poisons de Versailles
Guillemette Resplandy-Taï

Gulf Stream éditeur (courants noirs), 2011

Sombres jardins

Par Anne-Marie Mercier

Les Poisons de Versailles.jpgLe titre pourrait faire croire que le roman s’inscrit dans la liste de ceux qui se passent à Versailles au cours de  » l’affaire des poisons  » dans laquelle madame de Montespan a été mise en cause (voir les romans d’Annie Jay, Complot à Versailles et d’Annie Pietri, Les Orangers de Versailles et leurs suites).

L’action se passe un peu plus tôt, en 1672, au moment où les rumeurs sur les poisons commencent. L’héroïne est, comme c’est souvent le cas dans les romans de ses devancières, guérisseuse et un peu rebouteuse et a été appelée pour ces talents au service de la reine. Qu’elle soit originaire de Catalogne, de Prats-de-Mollo où sa famille a été décimée par les dragons du roi et que son frère, seul autre survivant, ait pris le maquis avec l’intention de se venger ne fait pas peur au roi ni à son épouse.

Dans le cadre du château en construction, des jardins et du potager de la Quintinie, on voit évoluer la famille royale et les maîtresses, Bontemps le valet et La Reynie le policier, Vauban, Molière, Lenôtre, les savants Sydenham et Lémery… dans une affaire des poisons avant la lettre qui frappe les survivants du régiment de dragons.

Des annexes présentent un résumé d’événements historiques et traits anthropologiques de Catalogne et surtout quelques pages qui auraient mérité d’être placées en préface tant elles sont à la source du livre, sur les plantes et la médecine de l’époque, et sur l’introduction du quinquina, mais aussi sur le galéga, la mandragore, le pavot, la digitale… L’auteur est pharmacienne et s’est servie de ses connaissances pour ce roman, un peu plus noir que ceux qui ont paru sur ce sujet en édition jeunesse. Cette noirceur et cette précision lui donnent un peu d’originalité.