Portée absente

Portée absente
De Françoise Grard
Belin, 2010

Absences multiples

Par Anne-Marie Mercier

Le titre est mystérieux et prometteur. Le contenu déçoit. Romain, élève au collège George Sand, est bon en français. Il adore sa prof. Elle est absente à cause d’un drame dans sa famille. Romain s’en émeut, veut l’aider, tente de la trouver, de se rapprocher d’elle.
Le point de vue adopté est celui de Romain et cela sonne souvent faux. Tout est peu crédible, le langage, les sentiments, les événements, les cours mêmes,  et tout tend vers le drame et le pathos. On imagine mal comment des adolescents pourraient se retrouver dans ce texte… à moins de nourrir une passion cachée pour un professeur et de souhaiter qu’il lui arrive malheur pour le/la secourir. Autant dire qu’on n’en recommandera pas la lecture.

Collection Mini Syros Soon

Collection Mini Syros Soon
Syros, 2010
Petite SF

par Anne-Marie Mercier

Les éditions Syros proposent une collection de petits (mini) récits d’anticipation sous le mot anglais « soon », bientôt. Trente à quarante pages très aérées, un format de nouvelle plutôt que de roman, un petit prix (2, 95 €) et des thématiques variées, il y en a pour tous les goûts : les mutants (A la poursuite des Humutes, L’enfaon), les robots (Robots mais pas trop), les manipulations génétiques (L’enfant satellite), les découvertes spatiales (Le très grand vaisseau), etc.

Dicotoro 2. Le nouveau dictionnaire des contraires.

Dicotoro 2. Le nouveau dictionnaire des contraires.
Sebastián García Schnetzer
Rue du monde, 2010

Premières comparaisons trilingues

par Dominique Perrin

Dicotoro est un « premier dictionnaire » trilingue, dont voici le tome 2. Pour un  même signifié représenté en langue « taureau », c’est-à-dire de façon figurative, il donne l’occasion de constater tantôt la diversité, tantôt la similarité des signifiants et de leurs racines en français, anglais et espagnol. Les quelques cas de parfaite similarité écrite entre les trois langues fonctionnent comme de beaux exemples de la diversité irréductible des prononciations.
Mais le caractère attractif de ce dico-album réside dans le caractère humoristique de son système. C’est en effet plus précisément d’un dictionnaire des contraires qu’il s’agit, notion dont la définition problématique ne peut manquer de donner à songer au jeune lecteur et à ses accompagnateurs. La première difficulté apparaît au plan figuratif : les adjectifs « horizontal », « libre », « silencieux », « éveillé », « inconnu » sont tous associés au même taureau canonique vu de profil. La seconde difficulté se surimpose à la première : « solide », « discret », « terrestre », « réaliste » (l’ouvrage présentant principalement des adjectifs) sont opposés à « fondu » – et non « mou » ou « liquide » –, « voyant » – et non « indiscret » –, « aquatique » – et non « céleste » –, et enfin « surréaliste ». Une réflexion grammaticale, morphologique et sémantique est donc irrésistiblement mise en route, selon des possibilités de lecture ludique démultipliées ici par rapport à des imagiers au fonctionnement plus simple. Enfin notons que l’ordre d’apparition des langues n’est pas constant : il faut quelques instants au lecteur francophone pour admettre que le mot « papa » inscrit en haut à gauche d’un dessin de bateau mérite bien cette place, pourvu qu’on repère son opposition avec le terme « proa », et qu’on admette ainsi son intégration aux paradigmes de l’espagnol et du vocabulaire maritime.
Pourquoi le français, l’anglais et l’espagnol, pourquoi, en matière de figuration, le « taureau » ? Sans doute parce qu’il faut bien choisir, et tenir compte des options actuelles dominantes de l’école et de la société françaises ; et, pour ce qui est du « taureau », sans doute parce que le projet général, qui rappelle – loin des figures imposées de la corrida –, la richesse de la symbolique animale, est de fait tourné vers la culture hispanique.

Animalamour

Animalamour
Corinne Lovera Vitali et Mathis
Thierry Magnier 2010

Animots-valises pour esacapades linguistiques

par Dominique Perrin

Ce petit album offre des retrouvailles avec l’étrange plaisir des mots-valises. Tous sont dédiés à des couples d’animaux : « Baleinorme et taupetite » pour commencer, puis – prélevés par nous au fil d’une sorte de progression en complexité grammaticale –, « Hyennemmie et Ratonlaveureusement » et « Marmôttoidlà et Castordonner tout le terrier », et pour finir « Ouistitimoré plus froid aux yeux quand Eléphantôme revient ». On voit (contrairement à ce que suggère la présentation éditoriale en ligne, mais ce n’est justement pas un défaut), que ce n’est pas prioritairement de connaissance éthologique qu’il s’agit : l’art de l’enchâssement verbal est exploré dans sa logique propre, pour la plaisante confusion mentale du lecteur. Si le dessin de Mathis se caractérise par une bonhomie illustrative au premier abord limpide, on n’accède pas aisément, semble-t-il, au fin mot des élaborations phono-morphologiques de Corinne Lovera Vitali : c’est un juste équilibre entre texte et image pour le lecteur, qui se voit en tous cas mis en situation de réveiller ses méninges à chaque nouvelle double-page.

Clovis, le roi du tournevis

Clovis, le roi du tournevis
Florence Balligand
Sandrine Lhomme
Balivernes, 2010

De la magie du tournevis

par Dominique Perrin

Cet album a manifestement un beau projet : écrire le conte, la fable, le poème sensible qui rendraient compte des charmes du bricolage, reconnaître en cette pratique un objet de narration et de rêveries, au même titre que tant d’autres activités fondamentales de l’humanité. Au-delà du dynamisme en soi attachant de cette intention, le pari ne semble pas gagné ici. L’album hésite, à la fois sans réussir et sans trancher, entre une logique de jeu sur les mots et les choses aux moyens un peu courts, et une logique narrative centrée sur la geste d’un jeune bricoleur, devenu maître en tournevis, captivant les enfants des villages, et finalement, sans trouver de consistance autre que bien convenue, campé en chef de famille. Projet à suivre, donc : la présente réalisation ne parvient pas à convaincre que le détachement du nom du protagoniste (« Et comme il a bon cœur, Clovis,… », « ça lui a donné des ailes, à Clovis,… ») soit un moyen stylistique apte à rendre compte des charmes singuliers du bricolage ; de même le lecteur mis en appétit se réjouirait peut-être de voir radicaliser la recherche plastique en matière de télescopages de matériaux, d’images, et de mots.

Caulfield, sortie interdite

Caulfield, sortie interdite
Harald Rosenloweeg
Thierry Magnier, 2009

Un malaise qui nous vient du froid

par Christine Moulin

En Norvège, un adolescent, Klaus, arrive dans un nouveau collège, où sa mère vient d’être affectée comme conseillère d’éducation. Dès son arrivée, il entend une conversation qu’il ne devrait pas entendre et il rencontre Sturla, qui va très vite mourir, écrasé par un métro. Accident qui va l’obséder et le lancer dans une quête de la vérité mortifère (meurtre ou suicide ?).L’histoire débute par une chute dans le vide, celle-là même que l’on redoute tout au long de l’œuvre qui sert de référence structurante au roman, L’attrape-cœurs de J.-D. Salinger (1953), déjà présente dans le titre qui évoque le nom du héros (Holden Caulfield) de ce roman culte. Mais la référence ne s’arrête pas là.Les similitudes sont nombreuses : la narration, à la première personne, ne livre que le point de vue du narrateur, isolé, et entraîne le lecteur dans un cauchemar qui va crescendo. A la suite du héros, on a l’impression de perdre pied et de vivre une véritable descente aux Enfers (on pense aussi, parfois, à Rome l’Enfer, de Malika Ferdjoukh), pris dans l’enchaînement des rencontres et des évènements.La vision du monde rappelle également celle de Salinger : une ville-labyrinthe sert de cadre aux déambulations du héros ; les adultes et les adolescents sont tous aussi perdus et menacés les uns que les autres ; personne n’est en sécurité ; personne n’aide personne ; aucune valeur n’est assez solide pour assurer la survie des individus. Les relations sont dominées par l’hypocrisie et la machination (« phoniness », fausseté, selon le mot de Salinger). La figure maternelle elle-même n’est pas épargnée, même si les héros des deux romans essayent, maladroitement, de protéger leur mère, de ne pas l’inquiéter, ce qui les précipite plus sûrement dans l’errance et les dangers. L’amour, qui pourrait être synonyme de pureté salvatrice, de repos, (l’amour pour Live, dans Caulfield, pour Jane dans L’attrape-cœurs) semble à la fois décevant et inaccessible : « Tu souhaiterais certainement croire que l’amour est si authentique, si beau et tout et tout… Mais ce n’est qu’un jeu. Et une dose de biologie ». Même l’affection pour une petite sœur (Vilje dans Caulfield, Phoebé dans L’attrape-cœurs) ne peut pas grand-chose… Si bien qu’on en arrive à la tentation du suicide (menée à son terme par un personnage secondaire dans L’attrape-cœurs, point central de l’ « enquête » entreprise par Klaus).Mais l’hommage le plus subtil à Salinger réside dans la construction de la narration : même enchâssement entre un prologue et un épilogue qui donnent toute leur signification aux péripéties intermédiaires ; même accélération du rythme : on commence par un quotidien relativement banal. Certes, les deux héros subissent l’un et l’autre une situation de rupture (renvoi de l’école pour Holden Caulfield, inscription dans un nouveau lycée pour Klaus) pour arriver à être pris dans une suite d’événements de plus en plus perturbants, curieux, dérangeants, présentés pourtant d’une façon linéaire, qui amènent le lecteur à douter de tout, même de la fiabilité du narrateur.Les différences, toutefois, marquent l’originalité de l’écriture de Harold Rosenlow Eeg et peut-être aussi l’écart temporel entre les deux œuvres (plus de cinquante ans). Dans le choix du genre, tout d’abord : d’un roman initiatique, il a fait un thriller, plus désespéré (« sortie interdite », dit le titre) ; c’est d’ailleurs ce que constate Klaus, qui lit le roman préféré de Sturla : « Je commence par la fin, histoire de savoir qui est le meurtrier. Mais l’histoire ne semble pas contenir de meurtre quelconque ». Différences dans les caractéristiques du héros : Klaus est rendu fou, sa fragilité vient de ce qu’il affronte, de la société, de sa situation familiale, du phénomène d’identification avec Sturla, tandis que les failles de Holden Caulfield sont plus intérieures (L’attrape-cœurs débute dans un hôpital psychiatrique). Dans les thèmes : l’homosexualité est plus centrale, l’alcool est remplacé par la drogue, les scènes de sexe plus explicites. Dans le ton : pas trace d’argot. Cette fausse similitude est d’ailleurs annoncée dès l’incipit : les enfants que Holden Caulfield voudrait sauver dans le roman américain sont devenus des flocons de neige dans le roman norvégien (« J’ai soudain l’impression d’apercevoir, tout là-haut, un flocon de neige. Un ticket gagnant. Qui tout en lenteur virevolte vers le bas. Je me figure que je dois absolument le sauver avant qu’il n’atteigne le sol »). La lecture de ce livre obsède, bien après qu’on l’a refermé, à cause du désespoir qui le fonde. Pour la jeunesse, vraiment ?

L’enfaon

L’enfaon
Eric Simard
Mini Syros

L’avenir de l’amour

par Christine  Moulin

« Ses yeux… Je me souviens qu’ils étaient larges, très larges,…». C’est sur ce portrait quasi verlainien (« Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore… », Mon rêve familier) que débute ce court roman, destiné aux plus jeunes. Deux atouts : c’est une histoire d’amour. C’est un livre de science-fiction. Ce qui fait de cet ouvrage une rareté, dans cette tranche d’âge (7-8 ans).

Leïla, donc, tombe amoureuse de l’enfaon, qui « conçu quelque part en France dans une couveuse artificielle », est un Humain Génétiquement Modifié, mélange d’enfant et de faon. L’enfaon, poète, a du mal à suivre en classe. Il subit les moqueries de ses camarades, ce qui brise le cœur de l’héroïne.

L’intrigue est mince et le dénouement rapide. Mais la lecture est facile et le propos, sans être très original, initie bien au genre. Ce roman constitue également un bon exemple d’histoire conçue à partir d’un mot-valise (d’ailleurs, la tante de Leïla ne s’occupe-t-elle pas d’un élevage de « chienchats », « chimères [qui ont] le devant du corps « chiens » et le l’arrière du corps « chats » ») ? Avis aux écrivains en herbe…

Le site d’Eric Simard : http://www.ericsimard.net/bio.htm

Le garçon bientôt oublié

Le garçon bientôt oublié
Jean-Noël Sciarini
L’école des loisirs (medium), 2010

« Quand je serai grand je serai une fille ».

par Anne-Marie Mercier

Ce livre courageux présente le point de vue d’un garçon mal dans sa peau, et surtout – on ne le comprend que petit à petit et de façon allusive – mal dans sa peau de garçon. Il a tout pour être heureux, des parents aimants, des amis, mais n’arrive pas à communiquer vraiment avec eux, à se passionner comme eux pour les mêmes choses. Ce malaise va jusqu’à des idées de suicide. Il se demande qui il est, jusqu’à ce qu’une chanson change sa vie, une chanson d’Anthony et les Johnsons qui dit : « quand je serai grand je serai une fille ».

Les pages consacrée à l’importance de la musique dans les amitiés adolescentes sont intéressantes. Mais ailleurs le récit est tâtonnant, hésitant ; le style également semble chercher sa voie, tantôt plat, tantôt travaillé. Le roman ne séduit pas, ennuie souvent, ne cherche pas à raconter une histoire. C’est plutôt un portrait qui se construit. Le résultat est un texte étrange, fait de vide et de trop plein, hérissé de souffrances et explosant parfois de jubilation ; d’avoir osé, sans doute ?

Après avoir été l’une des premières maisons d’édition pour la jeunesse à proposer des romans évoquant l’homosexualité (Tout contre Léo de C. Honoré, Lettres de mon petit frère de C. Donner, devenus des « classiques »), voici que l’Ecole des loisirs ouvre encore un peu plus la question des identités sexuelles. De quoi faire frémir dans les chaumières et surtout dans les bibliothèques, CDI et librairies. On imagine la perplexité de ceux et celles qui auraient offert le livre en se fiant au titre seul, ou à la 4e de couverture, peu explicite. Sans doute aurait-il été plus sage d’annoncer plus franchement la couleur : on sait combien ces sujets sont traités avec précaution et même réticence par la plupart des prescripteurs.

Le Crime parfait

Le Crime parfait
Frank Cottrell Boyce
Gallimard (Folio junior), 2010

L’humour anglais est-il soluble dans l’eau de pluie ?
Assurément, la réponse est non…

par Michel Driol

Voilà un roman très britannique se passant au pays de Galles, dans un village perdu au pied d’une montagne. Village tellement perdu que même le panneau l’indiquant sur l’autoroute n’a pas été replacé ! Village qui détient des records de pluviométrie… mais aussi le plus bas taux de délinquance. Mais aussi village frappé par la fuite de sa population…

Comment y vivre – ou y survivre ? Quand on y est le dernier garçon inscrit à l’école et que donc, on n’a plus personne avec qui jouer au foot ? Quand on y est persuadé que Donatello et Raphael ne sont que des noms de tortues Ninja ?

Les situations cocasses s’enchainent les unes aux autres, suite à quelques quiproquos entre un londonien cultivé, représentant la National Gallery, chargé de protéger les tableaux de cette institution dans une grotte en pleine montagne et Dylan.

L’humour est la politesse du désespoir : il faut survivre, à tout prix. Et si le lecteur perçoit le tragique de la situation (le village condamné, la famille en passe de se disloquer), le personnage-narrateur ne le comprend pas, et fait preuve de ressources pour tenter de sauver le garage familial (de l’achat d’un percolateur à l’invention de tartes et gâteaux aux noms dignes des restaurants de musées !). L’intrique nous embarque dans des situations cocasses, entre arnaques à l’assurance et vol de tableau, exploration de la montagne… Elle nous fait croiser des personnages hauts en couleur : Quentin le londonien d’apparence snob, Tom Demeuré , le roi des cambrioleurs maladroits, les sœurs Sellwood, dangers au volant, le boucher, qui refuse de vendre du foie, persuadé qu’il reste vivant…

C’est aussi un roman sur la nécessité de l’art, et la façon dont la rencontre avec l’art peut transformer le regard que l’on porte sur la vie. Suite à la découverte du tableau de Renoir,  les Parapluies, les écoliers de Manod – la ville la plus grise du Royaume Uni – se rendent munis d’un parapluie de couleur à l’école en une véritable procession colorée qu’on pourrait qualifier de performance. C’est aussi Tom qui entreprend de refaire toutes les vitrines.

Un roman émouvant et optimiste…

(à partir de 9 ans)

Picasso ou rien

Picasso ou rien
Sylvaine Jaoui
Rageot (romans), 2010

Copie conforme ?

par Michel Driol

Voilà un beau roman sur les relations humaines et sur les relations entre l’art et la réalité. Sur la mort et le deuil aussi.

C’est d’abord le beau portrait d’un ado (Jimi est collégien) saisi dans sa famille et ses relations avec quelques ami-e-s de son âge. Relations familiales parfois pénibles : son père –musicien de talent – est décédé d’un cancer, mais Jimi refuse d’une certaine façon d’accepter cette mort, parle à son père qui lui répond à travers ses dessins.  Sa mère tente de le réconcilier avec son grand-père paternel, qui s’est opposé en son temps à la vocation musicale de son fils, et s’est brouillé avec lui. Comment lui pardonner ? C’est aussi l’âge de la découverte de l’amour pour Lilas. C’est l’âge de l’amitié pour Roméo. C’est enfin l’âge où l’on se construit en s’opposant avec d’autres ados du même âge (une belle figure de brute – Solal).

Jimi est globalement entouré d’adultes bienveillants : sa mère, qui l’élève seule. Léo, qui lui apprendra le dessin. Les figures d’enseignants sont – loi du genre – plus diversifiées voire stéréotypées : le prof de maths est un homme, modèle de sadisme, la prof de français est une femme, compréhensive et fine… Reste l’absence de la figure paternelle, compensée dans l’imaginaire par Jimi… et la figure du grand père, statue du commandeur, ayant interdit à son fils de se lancer dans la musique, ayant rompu avec lui, et  dont la mère impose la présence à Jimi un soir par semaine.

Si le père de Jimi était musicien, Jimi est un dessinateur déjà talentueux pour son jeune âge. Ce talent, reconnu et accepté par son père de son vivant, Jimi le fait fructifier avec Léo, qui lui sert de guide. Masi, comme tous les artistes, il a sa période de doute, lorsqu’il s’agit de s’inscrire à un concours de mangas. Qui être ? Picasso ou rien ? ou soi-même ?

Et, de ce fait, le roman est traversé par l’exploration des relations entre l’art et la réalité. C’est dans les dessins de Jimi que vit son père. C’est Lila qui sert de modèle féminin à Jimi. Ce sont de nombreuses allusions à la nouvelle de Marguerite Yourcenar, Comment Wang-fo fut sauvé. Mais c’est surtout, à fin, la façon dont Jimi réutilise des éléments de son propre vécu pour l’interpréter dans les différentes épreuves du concours de mangas. Rien de didactique dans ce roman, mais l’illustration, à travers un récit bien conduit, de certaines conceptions des rapports entre l’art et la réalité.

(à partir de 11 ans)